Actualité à la Hune

SAIL IN FESTIVAL

La voile dans tous ses états

La troisième édition du Sail In Festival s'est tenue de jeudi à dimanche à Bilbao au pays basque espagnol. Projections de films, expositions photos, master class, rencontres : cet événement original a permis d’appréhender la voile de multiple manières et de façon réjouissante et réussie.
  • Publié le : 06/03/2016 - 16:26


Affiche Sail In Festival 2016Photo @ Sail In Festival

C’est avec les projections successives de deux films consacrés au tour du monde en équipage que s’est ouvert jeudi soir la troisième édition du Sail In Festival à Bilbao. Un événement original, créé par le dynamique Urtzi Sagarribay et son équipe et qui bénéficie du soutien des pouvoirs publics basques. Si les projections de films sont le corps de cet édifice, Sagarribay ne voulait pas en faire uniquement un festival consacré au grand écran mais un lieu de rencontres alliant art, voile, marins, navigations et pratiquants ou non, ouverts au plus grand nombre. C’est ainsi que les trois expositions de photos (l’une consacrée au concours Mirabaud des plus beaux clichés de l’année ; l’autre retraçant 24 heures de la vie à bord d’un voilier en course sur la Volvo Ocean Race et la troisième aux travaux de Christophe Launay) étaient ouvertes à tous, gratuites et dispersées en trois endroits de la ville : dans le hall du théâtre BBK, au Musée Maritime et, pour les photos de Launay, dans le métro aux installations magnifiques dues à l’architecte britannique Norma Foster.

Il en va de même des master-class, tenues par des experts et ouvertes au plus grand nombre où l’échange est privilégié autour de thèmes aussi variés que « la navigation astronomique appliquée à la navigation actuelle » ou « préparation à la navigation océanique en équipage réduit comme en solitaire », celle-ci étant donnée par l’expérimenté Alex Pella, vainqueur de la Route du Rhum 2014 en Class40, entre autres faits d’armes.


Exposition Christophe LaunayC"est dans le métro de Bilbao que les photos de Christope Launay sont exposées.Photo @ Sail In Festival

Reste que les projections de film qui se déroulent en fin d’après-midi et le soir demeurent le cœur du festival. La programmation, assez hétérogène, alternait entre l’excellent et le moyen et faisait la part belle à la voile dans tous ses états : croisière, exploration, tradition, grande croisière, course...

Parmi l'excellent, il y eut l'avant-première de l’incroyable film consacré à Sayula II, ce Swan 65 mexicain, mené par un équipage d’amateurs peu expérimenté et qui, à la surprise générale, gagna la première édition de la Whitbread en 1973 devant les Chay Blyth, Eric Tabarly et autres vedettes de l’époque. 

Baptisé « The week-end sailor » (« le marin du week-end » en référence au peu d'expérience du skipper du bateau) ce documentaire de 73 minutes permet non seulement de découvrir des images embarquées absolument incroyables datant de cette course mais aussi de suivre avec passion cette odyssée grâce aux témoignages de tous les équipiers de l’époque que le réalisateur Bernardo Arsuaga a non seulement retrouvé mais en plus réuni en un même lieu au Mexique le temps de recueillir leurs témoignages. Et c’est un festival de magnifiques anecdotes émanant d’une époque pas si lointaine où l’aventure et la voile faisaient bon ménage dans l’ambiance décontractée et permissive des années 70 habilement mise en perspective. Même le vénérable ‘’capitan’’ Ramon Carlin, âgé de 92 ans et son épouse, Paquita (à bord lors de la première étape) témoignent avec truculence et émotion. Comme à l’issue de chaque projection, un débat se tenait autour du film avec, en l’occurrence le réalisateur et l’un des anciens équipiers de Sayula II, Butch Dalrymple-Smith, un des ‘’mercenaires’’ enrôlés par Carlin pour encadrer alors son équipage très amateur.

Bernardo Arsuaga et Butch Dalrymple-SmithBernardo Arsuaga (au centre) était venu présenter son film "The week-end sailor" en compagnie de Butch Dalrymple-Smith (à droite), ancien équipier de Sayula II.Photo @ Sail In Festival

Pour l’instant Arsuaga, qui a auto-financé son travail, est à la recherche de diffuseurs pour un documentaire, imparfait (avec quelques trop longues interviews ou des éléments didactiques indispensables pour le profane et parfois un brin lourds), mais au final absolument épatant.

A retenir aussi dans cette programmation le film « Under 30 » consacré aux deux équipiers de moins de 30 ans embarqués à bord de Team Brunel lors de la dernière Volvo Ocean Race (née Whitbread Round The World Race) et qui permet du coup de mettre en perspective tout ce qui sépare cette épreuve mais aussi la conception même de la voile à 42 ans d’intervalle !

On s’est aussi régalé du réjouissant court métrage « Sailing conductors : soundwave2Berlin » le périple atlantique de deux musiciens allemands déjantés. Et « L’incroyable traversée », le 52’ consacré au Vendée Globe 2012 de Tanguy de Lamotte s’est taillé un franc succès avant que le skipper revienne sur scène en détail sur sa première circumnavigation et le Vendée Globe 2016.

Tanguy de Lamotte Sail In FestivalLe film de 52 minutes consacré au Vendée Globe de Tanguy de Lamotte en 2012 a obtenu un franc succès avant que le skipper (à droite) vienne sur scène parler de son expérience.Photo @ Sail In Festival

Chaque année, Sail In Festival rend hommage à un marin d’exception. Ce fut Eric Tabarly en 2013, Peter Blake en 2014 ; c’était le tour cette année de Sir Robin Knox Johnston. La journée de samedi était consacrée au vainqueur du Golden Globe 1969 et organisateur de la Clipper Round the World Race qui se déroule actuellement. Trois films étaient projetés dès 19 heures avant une rencontre entre Sir Robin et le public.
Auparavant, à 17 heures, les spectateurs avaient pu découvrir la deuxième saison des tribulations de la famille Fabbri dans une version longue de Kids For Sea, voyage familial dans le grand nord en Figaro Bénéteau que les lecteurs de Voiles et Voiliers connaissent bien puisqu’il fut publié dans notre numéro 535 de septembre 2015 et que les petits épisodes de cette saga connurent un succès mérité sur voilesetvoiliers.com. Une projection qui fut un vrai succès avant que Fabbri vienne à son tour témoigner sur scène.

Projection Sail In FestivalLa salle du théâtre BBK en plein centre de la ville accueille les projections de films (ici "Go around again" consacré à l'américain Rich Wilson) et les débats qui les suivent.Photo @ Sail In Festival

Le Sail In Festival se clôturera ce dimanche soir au terme d'une journée dominicale démarrée par une master class au Musée Maritime à midi avant des films consacrés à l’expédition Shackleton, au Fastnet, à Sydney-Hobart, à la passion de la voile du milliardaire américain Ted Turner, à la voile et l’art… (début des projections à 17 puis 19 heures).
A trois euros la projection ; quinze pour les quatre jours, c'était là un excellent moyen de passer son week-end, Bilbao étant à un jet de pierre de la frontière. Ce réjouissant Sail In Festival – où quelques 4 000 visiteurs se rendirent en 2014 - offre en tous cas une manière inédite encore en France de vivre un peu plus la passion de la voile.