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Sail In Festival

Le bel hommage à Mike Birch

Depuis quatre éditions ce très réussi festival du film de voile - agrémenté d’expositions de photos et de masterclass – honore un marin de légende. Après Eric Tabarly, Peter Blake et Robin Knox-Johnston, le Sail In Festival de Bilbao 2017 a rendu un hommage appuyé à une personnalité qui se fait rare : Mike Birch.
  • Publié le : 05/03/2017 - 18:04

BirchL'auditoire basque fut sous le charme de Mike Birch lors de la soirée de gala dont il était la vedette.Photo @ Sail In Festival

Agé de 85 ans, le Canadien est venu spécialement d’outre-Atlantique au pays Basque. Manifestement fatigué mais l’esprit toujours aussi vif, Birch se plia de bonnes grâces à une remise de trophée comme aux sollicitations et au jeu de l’interview, sur la scène de la belle salle BBK en plein centre-ville, après la projection d’un film canadien consacré à sa carrière : Mike Birch, le cow-boy des mers.
«Je suis un peu gêné par cet hommage, expliqua-t-il d’emblée tout de modestie. Je suis un peu surpris. J’arrive de Floride où j’étais à Miami avec des amis et me voilà au centre de cette soirée. Je me demande bien ce que je fais là et pourquoi je mérite tout cela !»
Le public espagnol était ravi de rencontrer l’homme qui a changé la face de la course au large avec sa victoire en 1978 de la Route du Rhum à bord d’un multicoque, une première. «Cela m’a fait quelque chose de revoir ce film sur mon parcours. J’ai fait tellement de boulots avant de mener des bateaux de course : employé dans une mine d’or, marin sur des bâtiments de commerce, cow-boy, mécanicien de voiture. Et c’est de ce métier-là que j’ai fait ensuite celui de skipper en tant que convoyeur. J’ai dû convoyer quelque 200 bateaux, parfois avec des équipiers vraiment pas bons et il fallait donc que je fasse tout. Et le type avec qui je travaillais alors a fait 550 convoyages. J’ai tout appris de la mer et des bateaux avec lui.»
Hasard des rencontres, avant de se rendre au théâtre, Birch fut emmené par les organisateurs dans le port de Bilbao voir un voilier, sur plans Sparkman & Stephens, qu’il avait convoyé dans les années 1970 de la Méditerranée jusqu’à Santander.

Mike BirchImage emblématique de Mike Birch à la barre de son Olympus Photo avec lequel il gagna la première Route du Rhum. Photo @ Christian Février

«Maintenant, je suis surtout connu pour cette victoire dans la première Route du Rhum. J’imagine que c’est grâce à elle d’ailleurs que je suis avec vous ce soir (sourire) car ensuite je n’ai jamais fait aussi bien sur cette course, qui me tient tant à cœur, avec mes différents bateaux. Une chose est sûre, je suis incapable de dire combien j’ai fait de transats en course. Une vingtaine ? Plus ? Et les résultats furent de pire en pire (rires). J’ai tellement aimé ça. (…) Mais peut-être que la course qui me rend le plus fier est la Transat anglaise de 1976. Je naviguais à bord d’un tout petit bateau (le trimaran Third Turtle de 32 pieds avec lequel il termina deuxième, ndlr) et nous avons connu les pires tempêtes. Et quand tu apprends par la radio qu’un marin comme Eric Tabarly fit un moment demi-tour avec son Pen Duick VI, cela avait de quoi impressionner. J’ai fait le dos rond en attendant que la tempête passe. Mais je n’avais pas peur. Si le bateau s’était cassé, j’aurais été ennuyé, c’est certain…»
A cette soirée de gala avait été associé notre confrère Christian Février, lui aussi sujet d’un très beau film projeté en ouverture, réalisé par Nicolas Raynaud. Un Février qui eut le culot de réaliser une couverture de Voiles et Voiliers en 1978 sur Mike Birch avant sa victoire dans le Rhum, alors qu’il était directeur artistique du magazine. Personne ne croyait en ce skipper inconnu ; Février si, et une profonde amitié unit les deux hommes depuis ces années-là.
«En 1978, la victoire de Mike était très importante, expliqua-t-il à l’assistance. Certes la fin du règne des monocoques en course au large allait arriver tôt ou tard. Aujourd’hui, comme Mike l’a dit, les performances des monocoques ont terriblement progressé et un petit Olympus ne pourrait plus battre des monocoques plus grands ; mais ce n’était pas le cas en 1978. N’oublions pas que les multi étaient interdits par tous les yacht-clubs. Entre le moment où je naviguais sur des petits multi au Maroc en 1954 et la Route du Rhum 1978 où l’on vit apparaître des trimarans qui venaient des Etats-Unis ou de Grande-Bretagne, ce fut une longue période où les architectes et les chantiers de multicoques n’avaient pas de travail ! Et puis il y a eu cette explosion dans le sillage de la victoire de Mike.»

Birch et FévrierChristian Février et Mike Birch : notre confrère reporter-photographe indissociable de Voiles et Voiliers et le skipper, très liés dans la vie, étaient les vedettes de la soirée de gala qui se déroula samedi soir.Photo @ DR

Et qui lança l’incroyable carrière du skipper canadien jusqu’au début des années 2000 où à 71 ans en 2002 il participa encore à la Route du Rhum – mais en monocoque ! – puis à Québec Saint-Malo à la barre du trimaran Nootka deux ans plus tard.
Et s’il est retiré de la course il ne l’est pas de la voile, continuant à participer la construction de plusieurs bateaux à l’image de Dolly, son actuel monocoque de 31 pieds qu’il lança en 2010 au chantier de son ami Walter Greene, dans le Maine, concepteur d’Olympus Photo.
«La passion est toujours là. Je navigue toujours en fait je renaviguerais plus tard car actuellement mon bateau est sous la neige (à Gaspé au Canada). J’avoue que je regarde de loin ce qu’il se passe sur la course au large désormais. J’ai suivi de près toutefois la course d’Alex Thomson lors du dernier Vendée Globe et sa bagarre avec Armel Le Cléac’h. C’était magnifique. Mais pour le reste plus vraiment… »
Et le vieux monsieur s’en est allé sous les applaudissements après avoir conquis un auditoire qui ce soir-là croisa une légende, une vraie.

Février et BirchChristian Février et Mike Birch sur la scène du théâtre BBK de Bilbao lors du débat organisé samedi soir après les projections de films.Photo @ Sail In Festival