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Peinture et Internet

Le nouveau vocabulaire de Gildas Flahault

  • Publié le : 04/01/2014 - 00:29

Gildas Flahault-Carte marine : De Bayonne à St Sébastien«De Bayonne à Saint-Sébastien», sérigraphie sur carte marine, format grand aigle du SHOM. «Le personnage central est une femme vue de dos : on sent qu’il y a du vent… Elle tient par la main ses enfants qui regardent le large, attendant le retour du père parti à la pêche. La carte est superbe en elle-même avec son tracé en diagonale, ses traits de sonde et ses gravures des reliefs de la côte...» Photo @ Gildas Flahault

A l’orée d’une nouvelle saison, le peintre navigateur Gildas Flahault présente des huiles, des aquarelles et une série de cartes marines sérigraphiées, qui se combinent pour raconter des histoires transportant le spectateur dans un périple onirique. Un nouveau vocabulaire imagé pour voyager du bout du monde au bout de la baie, que l’artiste propose depuis le 1er janvier sur son site Internet (www.gildas-flahault.com) et qu’il explique en avant-première pour voilesetvoiliers.com !


Gildas FlahaultA 57 ans, Gildas Flahault navigue et voyage toujours par plaisir – et vit de sa peinture depuis ses 18 ans.Photo @ coll. Gildas FlahaultJe n'ai jamais été très doué pour la communication et pour ma promotion mais là, j’ai un tel stock d’images, avec tellement de styles différents, que je trouve sympa d’en faire profiter tout le monde : ce site Internet permet d’accéder à un certain nombre d’images. Il y a celles qui ont été photographiées correctement (ce qui n’est pas souvent le cas…) et qui peuvent être «digigraphiées», c’est-à-dire reproduites selon un label qui garantit une qualité d’impression et de résistance aux UV de plus de cent ans.

Sur ce site, je présente aussi le travail que je réalise en sérigraphie : cela fait très longtemps que j’ai envie de faire de la sérigraphie parce que c’est un système «archaïque», artisanal, très intéressant pour imprimer des images. Et l’imprimerie, c’est un métier super ! Je me suis donc équipé d’un atelier complet pour être autonome afin de fabriquer des «écrans» que j’imprime ensuite sur un support.

Je peux donc le faire sur du papier blanc, mais j’utilise pour l'instant un important stock de cartes marines que je récupère à droite-à gauche, et dont certaines sont de petites merveilles ! J’imprime mes différents écrans dessus, je les combine et ça me permet de raconter des histoires : sur chaque écran, il y a un personnage, une action, un élément naturel, un bateau… et, en les associant sur un même support, cela me permet d’avoir une technique narrative qui induit des sentiments, des événements.

Dans mes archives, il y a des images qui ont été correctement photographiées et celles qui ont été mal traitées : il faut pouvoir les re-photographier avant de les reproduire. Cela va être rigolo, ça, de retrouver ces images ! Il reste aussi quelques carnets de voyage, sur les Kerguelen (il en reste une centaine), sur la Mongolie, sur le Mali (épuisé et jamais réédité alors qu’il est très beau, sous prétexte que les carnets de voyage, c’est fini !), et mon dernier livre «Images» (épuisé, mais je pourrais le rééditer avec de nouvelles images…). Mais ici, je présente une nouvelle série de cartes marines, d’aquarelles, d’huiles… Certaines ont été faites il y a deux ans, quand j’étais au Groenland pour le passage du Nord-Ouest. D’autres sont une représentation de la région bretonne.

Les cartes marines proviennent des stocks que des amis m’ont donné, des anciens trimarans, de la Marchande, des pêcheurs, des ports de commerce, des plaisanciers : il en traîne des centaines ! De Turquie, de Russie en cyrillique, d’Angleterre, du Pacifique, des projections orthodromiques… Et puis cela se sait et d’autres personnes me donnent leurs cartes, venues de tous les pays du monde. Les cartes sur lesquelles je sérigraphie sont donc des originaux, il n’y en a pas deux pareilles.

En fait, je continue à créer des dessins que je transforme en «écran» de sérigraphie : quand j’aurai 200 dessins, j’aurai un vocabulaire très riche ! Que je pourrai combiner à l’infini avec d’autres dessins, peintures ou supports… Je trouve ça assez magique : chaque image exprime quelque chose et on obtient un panel de symboles, de représentations. C’est pour cela que je l’appelle «vocabulaire».

 

Sardinia (encres sur carte marine)

Gildas Flahault-Carte marine : Sardinia«Sardinia», encres sur carte marine, format grand aigle de la Royal Navy d’après des relevés français et italiens (1880).Photo @ Gildas Flahault
Ce sont des îles italiennes – et une très jolie carte noir et blanc. Dessiner sur des cartes, c’est formidable ! J’ai commencé à dessiner sur les tables à cartes des bateaux… dans les marges, à l’intérieur des côtes… Les cartes sont déjà des œuvres destinées à faire voyager par l’esprit, comme en plus les anciennes cartes sont merveilleusement réalisées en gravure, que le papier est patiné, que la carte a vécu, que parfois il y a encore des routes qui ont été tracées, les calculs… C’est déjà formidable alors arriver à faire un beau dessin dessus, ça emporte encore plus !

Là, il est question d’une espèce de jeune femme, une sorte de sirène, dont on ne voit que le visage, mais ses cheveux sont tout un paysage, rempli d’arabesques, d’oiseaux, de poissons, de sardines - puisqu’il est question de Sardinia ! Cette image est une encre : j’ai directement dessiné sur la carte et évidemment, ça peut aussi être raté ! Celle-ci est réussie, tant mieux… Il y a du déchet, mais je récupère les petits bouts pour en faire autre chose. On ne va pas gâcher du papier !


Groenland (huile sur panneau de bois)

Gildas Flahault-Huile : Groenland«Groenland», huile sur panneau de bois, format 2,30 mètres x 40 centimètres.Photo @ Gildas Flahault

Ce format panoramique évoque des cartouches qui étaient imprimées sur les cartes marines dans le temps. C’étaient des vues de tel secteur du compas pour aider le navigateur à se repérer quand il atterrissait sur la côte, pour représenter le relief – j’ai toujours trouvé ça formidable et j’ai navigué souvent en dessinant la côte.

J’aime beaucoup ce tableau parce que je retrouve là-dedans une sensibilité de peinture «classique». Cela me fait penser aux peintures de voyage, aux lithographies faites par les dessinateurs embarqués pour ces expéditions du XVIIIe siècle. Ici, c’est une côte complétement imaginaire : j’adore faire ça ! C’est un truc de démiurge, tu crées le monde. Ce paysage est tout à fait plausible, mais c’est une mystification… Je crois que je vais la récupérer (elle est dans une galerie), car je l’aime énormément et je vais me la garder : je serais très fier avec ça. Parce que c’est ce type d’images qui me fait partir ! tu peux très bien t’imaginer sur un bateau en train de longer la côte, et tu vois une montagne là-bas, et une pointe au fond. Et tu sais que derrière ce caillou, il y a peut-être une anse avec peut-être des Inuits sur leurs kayaks…


Lancaster (aquarelle)

Gildas Flahault-Aquarelle : Lancaster«Lancaster», aquarelle, petit format de 15 cm x 10 cm.Photo @ Gildas Flahault
Cela représente un coup de vent que j’ai vécu il y a deux ans et demi dans le détroit de Lancaster, situé entre le Groenland et le Nord de l’île Baffin : le passage ne fait qu’une trentaine de milles de large, entouré de montagnes et on s’est pris une belle branlée à la fin de l’été 2011 !

C’était absolument magnifique. Un peu angoissant parce qu’il avait pas mal de glaçons et la mer était aussi blanche que la neige… J’étais sur un petit bateau, un Espace 1000 pas vraiment conçu pour le passage du Nord-Ouest, plutôt prévu pour les calanques marseillaises ! A la barre pendant quatre heures, à se faire rincer. J’ai réalisé cette aquarelle quelques jours plus tard.


Beagle (aquarelle)

Gildas Flahault-Aquarelle : canal de Beagle«Beagle», aquarelle.Photo @ Gildas Flahault
C’est dans le canal de Beagle, en Patagonie argentine. J’aime bien cette image où il y a un glacier qui tombe dans la mer avec un voilier qui navigue au loin… La végétation et la roche sont très sombres et cela crée un contraste avec cette mer, ces bras de mer des canaux, très moutonneuse avec ces couleurs très puissantes qui n’existent que là-bas. C’est la fin des Andes qui vient mourir dans la mer : ce sont de sacrés morceaux de caillou !



La Courageuse (huile sur toile)

Gildas Flahault-Huile : La Courageuse«La Courageuse», huile sur toile.Photo @ Gildas Flahault
C’est une chaloupe sardinière de Douarnenez. C’est une vision imaginaire, encore une fois, avec une immatriculation du bateau du Guilvinec (GV 451) qui est totalement fantaisiste, mais qui représente une typographie liée à ces voiliers de travail, qui est très charmante, noir et blanc, très bretonne. Je trouve qu’elle a pas mal de caractère avec ce bateau au bon plein qui va vite, avec le patron qui tire sur sa barre : ça a l’air d’envoyer pas mal !



Sauzon (huile sur bois)

Gildas Flahault-Huile : Sauzon«Sauzon», huile sur bois, format de 1,20 mètre x 90 centimètresPhoto @ Gildas Flahault
L’horizon a complétement disparu, comme dans un monde «spatial» dans ce port à marée basse… On est hors du temps, comme si ce petit havre se trouvait sur une planète étrange quelque part dans le cosmos. Je la trouve très paisible : ça me rappelle mon enfance quand on allait à Sauzon faire les régates de la semaine de Belle-Île, avec le Muscadet. On mouillait dans le port pour passer une partie de l’été, le bateau béquillé. C’est extraordinaire comme endroit ! Il a changé un peu maintenant avec ses mouillages organisés…



Rade de Brest (sérigraphies sur carte marine)

Gildas Flahault-Carte marine : Rade de Brest«Rade de Brest», sérigraphies sur carte marine, format grand aigle du SHOM.Photo @ Gildas Flahault
Le fond de carte est déjà colorié et j’ai ajouté trois écrans sérigraphiques : une mer un peu chinoise, une représentation de la mer qui est complétement intégrée dans la culture asiatique, qui évoque aussi la gravure, une mer onirique ! Il y a une jolie étoile, façon rose des vents jaune, et dessus, une espèce de sirène. Elle a des jambes et un corps de femme, avec ses seins et ses cheveu,x mais un buste et tête de poisson. Elle est en train de nager une sorte de crawl : un personnage un peu inquiétant, mais pas si dérangeant que ça… C’est une sirène «à l’envers» : généralement, elles ont des têtes de femme et des corps de poisson.



Sac d'étoiles (sérigraphies sur carte marine)

Gildas Flahault-Carte marine : Sac d"étoiles«Sac d’étoiles», sérigraphies sur carte marine, format grand aigle du SHOM, projection polaire.Photo @ Gildas Flahault
Encore un marin qui trimbale un sac ! C’est un peu un personnage de bande dessinée, qui fait penser à Corto Maltese, en moins chic… Il transporte un sac absolument énorme et rempli d’étoiles ! Cela fait partie du bagage des marins au long cours, ce contact qu’ils ont avec l’univers. C’est une sérigraphie sur une tâche jaune qui semble jaillir du sac. Dessous, il y a une carte peu commune de l’Atlantique Nord, puisqu’elle est destinée à la navigation orthodromique, du pôle Nord jusqu’à l’équateur.



Bassin Ouest de la Méditerranée (encre et sérigraphie sur carte marine)

Gildas Flahault-Carte marine : Bassin Ouest de la Méditerranée«Bassin Ouest de la Méditerranée», encre et sérigraphie sur carte marine, format grand aigle du SHOM.Photo @ Gildas Flahault

Il est question du golfe du Lion, des Baléares, de la Corse et de la Sardaigne… J’ai peint directement sur la carte un marin un peu mythologique avec son gros sac sur l’épaule. Et sur ce sac, j’ai appliqué une sérigraphie qui représente le buste d’un jeune garçon breton avec son béret à partir d’une photographie qui doit dater des années 1920. Ce gamin en rouge crée une histoire : c’est le marin dans sa jeunesse, c’est son fils… Il y a un côté affectif qui s’impose immédiatement.

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