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Tempêtes sur France 3

  • Publié le : 11/12/2010 - 00:12

"Tempêtes"... Calme plat "Tempêtes" est diffusé samedi 11 décembre, en prime time sur France 3. Photo © D.R. (Western Prod) Un téléfilm de mer programmé en prime time sur une chaîne nationale, ça devrait nous changer pour un samedi soir (à moins qu'il ne s'avère pas terrible) : Tempêtes, dont le rôle principal est tenu par un Philippe Torreton égal à lui-même, est l'épisode pilote d'une série dédiée à la SNSM, un thème original pour la TV et chers au coeur des marins... Attention, c'est l'exercice de la corde raide.

Le héros de Tempêtes, Patrick Cloaguen - interprété par Philippe Torreton donc -, est ce que l'on appelle un héros de la vie ordinaire. Ex sélectionné en quillard des Jeux de Montréal (ce ne sont pas Patrick Haegeli, Patrick Oeuvrard et Bruno Troublé qui ont terminé 7e en Soling qui s'en plaindront, car on est dans une fiction), il travaille aujourd'hui sur l'un des bateaux pilote de Saint-Malo, aide à l'occasion sa compagne (Valérie Vogt) au bar dont elle est la tenancière (le bar est situé juste sous les remparts) et, surtout, il est l'un des patrons du canot de la SNSM (le Pourquoi Pas ? a été rebaptisé Solidor pour l'occasion).

Cloaguen est un homme de mer, genre pur. Un taiseux qui sait néanmoins l'ouvrir quand il s'agit de solidarité des gens de mer : à cet Anglais naïf qui s'obstine à prendre la mer sur un Kelt 8 m custom, il conseille de se méfier de l'avis de coup de vent en cours, au phare du Grand Jardin, c'est-à-dire à 2 milles de là, grosso modo. (S'il s'était douté que l'Anglais ne sait ni faire un noeud, ni barrer dans de la mer, il aurait probablement été plus ferme.) Cloaguen est un bon marin.

Mais Cloaguen est humain. S'il est engagé et dévoué, il est parfois autoritaire, bougon, rancunier... Son principal défaut est de souffrir d'un stress post-traumatique : quelques années plus tôt, son canot s'est planté sur un rocher de la baie et, le temps qu'un hélicoptère vienne secourir l'équipage, Cloaguen était le seul rescapé. Depuis, dès qu'il entend le bruit des pales (et les hélicoptères de la Sécurité Civile et de la Marine Nationale interviennent souvent pour seconder la SNSM), Cloaguen entre dans un état second, se ruant à la poupe du canot avant d'être tétanisé par l'angoisse (situation qui peut, à la longue, être perçue comme ridicule), alors qu'il revit ledit naufrage (les flashbacks ne sont d'ailleurs pas les passages les mieux réussis du téléfilm).
Nous sommes là au coeur du scénario de Tempêtes, puisque l'un des hommes d'équipage, Tanguy (Nicky Marbot), aux abois financièrement, prend ce prétexte pour accuser Cloaguen auprès de la direction de la SNSM de compromettre les missions du canot. Un inspecteur (Pierre-Arnaud Juin) est dépêché depuis Paris et, entre l'évacuation d'un forcené depuis un cargo en feu et la récupération de deux gamins inconsciemment aventureux (et qui ne savent pas naviguer en Opti), tout l'équipage (y compris le traitre) se mobilise (dissimulation du cahier de bord, tentative de séduction de l'inspecteur, vol du dossier) pour faire éclater la lumineuse vérité et blanchir l'honneur de Cloaguen... Voilà. (Voir la bande-annonce de Tempêtes sur Dailymotion, ici.)

Tempêtes, c'est aussi l'occasion de nous rappeler que les événements dramatiques peuvent se produire même lorsqu'il n'y a pas un pet d'air (les scènes de tempête ne sont pas non plus les passages les plus réussis du téléfilm), un coulisseau de GV qui casse en direct, des dialogues d'un réalisme cru - <Allez, fais péter, c'est marée basse !>-, des personnages plus bretons que nature, des gestes techniques réalisés par des professionnels (un lancé d'amarre par minute), une possibilité de voir le bar de l'Univers désert, une connaissance précise des côtes malouines...

L'avis de notre consoeur de Télérama

Hélène Rochette : <Philippe Torreton se cuirasse dans une virile impassibilité — son côté Gabin. Plus crédible dans les manoeuvres sur le pont, il s'applique à faire couler la sueur dans les embruns — son côté Belmondo. Hélas, ni Belmondo, ni Gabin ne saurait maintenir à flot un tel rafiot. Vouée à la gloire des sauveteurs de la SNSM — consultants sur le film — la fiction s'encalmine, amoncelant clichés (marins tendres et grossiers) et scènes musclées. Faute de scénario, de dialogue et d'invention narrative, le téléfilm verse dans la grossière propagande louant le savoir-faire de la SNSM et le la Marine Nationale.>

Bien, bien, bien... Soyons sérieux. Le travail de Dominique Baron, Marc Rivière et Michel Sibra n'est hélas pas tout à fait à la hauteur. Surtout si l'on espère que cet épisode de Tempêtes soit le premier d'une série. Le monde de la mer est pourtant un cadre dramatique idéal et les marins de la SNSM constituent des personnages géniaux pour une bonne histoire. Encore faut-il se motiver pour filmer une vraie tempête, plutôt que de montrer une mer lississime avec incrustation numérique des paquets de mer. Encore faut-il éviter de caricaturer les situations et les personnages.

Sur sa grille TV, France 3 a annoncé Tempêtes comme un téléfilm dramatique.
Il l'est, n'en doutez pas. Mais face à Koh-Lanta (TF1) et Les années bonheur (France 2), on pourrait malgré tout se laisser tenter... Non, non, non, allez sur Arte qui propose au même moment (et non sans un certain cynisme) Sur les traces de Sindbad le marin, un documentaire prometteur. Sinon, louez le DVD de Plein Soleil.

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Tempêtes
est diffusé à 20h35, ce soir, sur France 3 (95 min). Réalisateurs : Dominique Baron, Marc Rivière, Michel Sibra. Acteurs : Alexia Barlier (Josiane), Arno Chevrier (Montfort), Agathe Dronne (Valérie), Damien Jouillerot (Rubens), Pierre-Arnaud Juin (L'inspecteur SNSM), Nicky Marbot (Tanguy), Philippe Torreton (Patrick Cloaguen), Valérie Vogt (Rita).