Actualité à la Hune

ILE MAURICE

Votre voilier sur mesure... en maquette !

La fabrication de maquettes de bateaux est l’un des seuls artisanats de Maurice. Chez Historic Marine, l’atelier de maquettes le plus connu de l’île, on peut admirer l’étonnante diversité des modèles proposés à la vente et construits sous vos yeux. Quant aux propriétaires, ils peuvent directement commander par Internet une maquette personnalisée ! Visite de ce chantier très particulier.
  • Publié le : 11/02/2017 - 00:01

Fabrication Pen DuickLes Pen Duick sont parmi les stars du "chantier naval" mauricien. Deux ouvrières s'affairent autour de la réplique du premier du nom.Photo @ Marie Dufay

Goodlands est sans aucun doute la localité la plus indienne de Maurice. Située au Nord de l’île, à l’écart des circuits touristiques, la petite ville semble une réplique exacte d’un quartier de Delhi : on se régale de dholl puri dans les échoppes au milieu de femmes en saris colorés et les temples tamouls poussent à chaque coin de rue. C’est ici que Serge Piat dirige Historic Marine, créée par son père il y a trente-cinq ans. Cette entreprise familiale, qui fait travailler 40 employés, fabrique chaque année des centaines de maquettes de bateaux, réputées dans le monde entier pour leur qualité d’exécution.

Dès la porte d’entrée poussée, un imposant showroom dévoile 150 bateaux de toutes tailles exposés sous des vitrines : caravelles de Christophe Colomb, bolides de la Coupe de l’America, le fameux Saint-Géran (indissociable du roman Paul et Virginie, grand classique de la littérature mauricienne), le Titanic, le Cutty Sark, l’Askøy de Jacques Brel, les Bounty, Endeavour, Tuiga, Shamrock… mais aussi des bateaux traditionnels (comme le sinagot, le pointu marseillais, la pirogue mauricienne, la pinasse, le thonier…), les grandes séries de la plaisance (Tofinou, Sun Odyssey, RM, Requin, Muscadet, Oceanis, X-One Design, Grand Soleil, Dufour…), des bateaux à moteur (comme le Riva, le Vanquish ou le Grand Banks), des cargos, navires de guerre et d’exploration (comme le Liberty Ship, le Floréal, la Calypso).

maquette Gorch FockLa maquette du Gorch Fock trône dans le showroom de l'entreprise.Photo @ Marie Dufay

Les bateaux les plus célèbres de l’histoire maritime sont tous là ! Et pour cause : Serge dispose en stock de plus de 350 plans et 200 modèles sont disponibles en catalogue. Au total, près de 30 000 maquettes sont nées depuis trois décennies sous les doigts agiles et patients des artisans du lieu. Ces maquettes, garanties à vie, sont toutes dotées d’un certificat d’authenticité ; on les retrouve aux quatre coins du monde et la perfection de leur réalisation les rend facilement identifiables.

Serge Piat Serge Piat dirige Historic Marine, créée par son père il y a 35 ans. Il emploie 40 personnes qui fabriquent chaque année des centaines de maquettes.Photo @ Marie DufayCe souci du détail et du travail bien fait, c’est la marque d’Historic Marine. Après son service militaire dans la marine, le père de Serge, passionné de navigation, monte cet atelier avec trois amis ; le deuxième de Maurice à l’époque, l’autre se situant à Curepipe sous la direction de José Ramar. Ils n’ont, pour débuter, que six plans de bateaux… «L’ambassadeur de France a emmené les maquettes des deux ateliers pour les montrer à Paris : les commandes ont immédiatement affluées, explique Serge. Dans les années 1990, les maquettes - tout comme le mobilier maritime - étaient très à la mode : tout le monde en voulait, et il y avait près de 200 boutiques spécialisées à Maurice ! Cette période faste s’est achevée avec la crise de 2008.» A l’époque, Serge est skipper en Europe et dans les Caraïbes ; il décide de revenir pour épauler son père.
Plans et gabarits350 plans et des centaines de gabarits représentent le trésor de la société mais aussi sa capacité à reproduire le plus fidèlement possible les bateaux commandés.Photo @ Marie Dufay

A son initiative, la société développe la construction de maquettes de voiliers modernes et de bateaux à moteur, ce qui relance la production. Le concept de «My Boat Replica» séduit instantanément les armateurs de tous poils. Le principe est simple : il suffit de lui envoyer des plans (ou à défaut le nom du chantier ainsi que le modèle) et des photos de son bateau (voile ou moteur) et, quelques semaines plus tard, les clients reçoivent chez eux une réplique absolument identique, à la taille de leur choix. Si nécessaire, Serge complète par des recherches auprès de musées ou d’associations de propriétaires. Les bourses les plus légères peuvent opter pour la demi-coque en lamellé-collé.

Maxi 1050Reproduction d'un Maxi 10.50, voilier de course-croisière construit par le chantier Maxi Yacht.Photo @ My Boat Replica/Historic Marine

Le bois précieux - importé d’Asie - utilisé pour les maquettes provient de chutes des chantiers de construction des grands hôtels. La première coque est en meranti, léger comme le balsa et facile à travailler. La première couche est collée et clouée, puis on enlève les clous, on ponce et on applique la deuxième couche d’acajou, de teck ou d’ébène selon la teinte que l’on souhaite donner. Ces deux couches de bois superposées permettent de solidifier la maquette, ce qui est d’autant plus essentiel dans un pays au climat tropical humide. Le vernis est réalisé au tampon. Puis on pose les pièces : gréement, mâts en pin souple, voiles - trempées dans du thé pour leur donner un aspect vieilli -, canons… Les haubans sont réalisés dans un bas de ligne de pêche peint ; quant aux cordages, on les passe à la cire d’abeille pour qu’ils restent bien tendus et ne s’effilochent pas dans les poulies. Les balcons avant sont passés dans un bain de cuivre chez un bijoutier de Goodlands.

maquette Sovereign of the SeasLe Sovereign of the Seas en cours de construction.Photo @ Marie Dufay
Faire un thonier peut prendre une semaine mais, pour la réplique du vaisseau le Boulogne il faut compter jusqu’à un an ; ces petits chefs-d’œuvre sont rigoureusement contrôlés à chaque étape de leur construction. L’excellence a un prix : à Maurice, on trouve sans problème des maquettes vietnamiennes ou chinoises, moulées en plastique pour 50 à 60 €, réalisées sans plan, d’après photos ou dessins, et qui souffrent souvent d’un problème d’échelle. Celles d’Historic Marine coûtent dix fois plus cher, mais le travail effectué est sans comparaison possible. L’atmosphère de l’atelier en est la preuve indéniable : on se croirait en train d’observer des orfèvres ou des luthiers tant la concentration et le silence imprègnent les lieux ! On comprend mieux alors qu’Historic Marine puisse produire quarante maquettes et cinq bateaux "My Boat Replica" chaque mois. «Nous sommes comme une famille, solidaires, ajoute Serge. Certains employés sont là depuis trente ans ; en moyenne, ils ont dix-sept ans d’ancienneté. Je les aide autant que possible financièrement… Je forme aussi les jeunes ; s’ils ont l’œil, la minutie, la dextérité, ils restent ; sinon ils partent d’eux-mêmes au bout de deux jours car ce métier est difficile !»

maquette Le SuperbeDeux ouvrières d'Historic Marine travaillent à la maquette du Superbe.Photo @ Marie Dufay

Historic Marine


Tél. : 283 9304/283 9405
Route de Saint-Antoine en direction de Poudre d’Or.

Entrée libre, du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 heures, samedi et dimanche de 9 heures à midi.
Côté tarifs, comptez entre 20 et 20 000 euros suivant la finition, le modèle (les plus compliqués demandent jusqu’à six mois de travail ; le Boulogne étant une exception) et les matériaux utilisés. Pour la demi-coque, comptez environ 250 euros.
Délai de livraison : de quatre à six semaines.

Sites Internet : http://www.historic-marine.com/ et http://www.myboatreplica.com/