Actualité à la Hune

Equipement

Comment naissent les vestes

Dans les bureaux de Tribord, à Hendaye, nous avons pu retracer le parcours du nouveau modèle de veste «Ozean 900», qui devrait être dans les magasins l’été prochain avec un certain nombre d’évolutions intéressantes. Un processus de conception qui aura tout de même duré près de deux ans !
  • Publié le : 28/04/2017 - 00:01

Tanguy de LamotteTanguy de Lamotte, skipper de l'IMOCA Initiatives Cœur, avec la version définitive de la veste Ozean 900, qu’il a beaucoup contribué à mettre au point.Photo @ Sébastien Mainguet

Vous en avez rêvé, d’un col qui se ferme et s’ajuste automatiquement, grâce à des aimants intégrés dans le tissu ? Belle idée non ? Eh bien ils ne l’ont pas fait, mais au moins ils ont essayé de le faire. Simplement, cela ne fonctionnait pas… “On a passé beaucoup de temps là-dessus, on garde l’idée en réserve, mais au bout d’un moment il fallait passer à autre chose” nous explique un ingénieur qui a participé à la conception de cette nouvelle veste.
Ce concept novateur avait été imaginé pour la nouvelle version de la veste “Ozean 900” qui va remplacer celle que l’on trouve aujourd’hui dans les magasins Decathlon. Ce nouveau vêtement (qui sera disponible cet été) a bénéficié comme le précédent modèle de l’expertise technique du coureur Tanguy de Lamotte (skipper d’Initiatives Cœur qui vient de racheter le monocoque 60 pieds Maître CoQ auparavant mené par Jérémie Beyou et disputera pour commencer la transat en double Jacques Vabre avec Samantha Davies). L’histoire commence en octobre 2015 avec un cahier des charges auquel Tanguy apporte sa contribution.

CroquisA l’origine, de simples croquis à main levée… Ici le col de la veste Ozean 900 version 2017, avec une petite pièce métallique intégrée dans le tissu et qui permet un ajustement plus facile sur le nez.Photo @ Sébastien Mainguet

C’est la première étape.
Parmi les exigences essentielles, il y a bien sûr le prix, qui devait rester le même, à savoir 200 € - “50 % moins cher que la concurrence, essentiellement grâce à des frais de marketing très réduits”, nous affirme-t-on chez Tribord. Suit ce que les concepteurs appellent une “analyse fonctionnelle” qui consiste à creuser les sujets définis comme prioritaires, à savoir l’ensemble col/capuche d’une part et le système de serrage des manchons aux poignets d’autre part. Sur ce dernier point, la nouvelle veste présente une particularité intéressante : on peut en effet serrer en même temps, d’un seul geste, le manchon interne et la partie extérieure de la manche. 

EssaisEssais divers sur les «volumes de base» du col, réalisés avant même de dessiner le patron qui permettra de fabriquer le prototype du vêtement.Photo @ Sébastien Mainguet
Pour mettre au point ce nouveau modèle, les concepteurs ont d’abord travaillé sur des prototypes très rudimentaires afin de définir les volumes dits “de base”, à partir de simples croquis à main levée. C’est seulement dans un second temps que le “patron” (dessin du vêtement) est élaboré, ce qui permet alors de fabriquer – sur place – une veste similaire au modèle définitif. Car si la production de la série se fait en Asie, Tribord dispose à Hendaye de tous les outils permettant de fabriquer des prototypes. En l’occurrence, il s’agit simplement de trois machines : une première pour assurer la découpe numérique du tissu à partir du fichier créé lors de la phase de “patronage”, une deuxième pour coudre (“piqueuse plate”), et une troisième pour étancher les coutures.

Cela représente un peu de travail : environ deux jours pour monter une veste technique haut de gamme, dont la coupe est très travaillée. Par rapport à l’ancien modèle, la nouvelle 900 de l’été prochain est d’ailleurs un peu plus ajustée, mais elle est aussi dotée d’une sorte de soufflet d’aisance, dans le dos, qui doit permettre de conserver une souplesse optimale dans les mouvements. Pour cette veste destinée à une utilisation hauturière, comme pour la salopette et la vareuse de la même gamme, la marque utilise toujours un tissu de type “trois couches” : un support à l’extérieur, une membrane imper-respirante au milieu, et une doublure de protection à l’intérieur, le tout étant “laminé”, c’est-à-dire écrasé sous de gros rouleaux laminateurs qui collent l’ensemble avec de la pression et de la chaleur. La membrane utilisée est la même.
En revanche, le concepteur de vêtements a demandé à son fournisseur de tissu une doublure interne (type “mesh”) plus douce au toucher - celle utilisée précédemment s’étant avérée un peu rêche pour des bras nus.

Machine de découpe numériqueDans les locaux de Tribord à Hendaye, une machine de découpe numérique permet de fabriquer des prototypes lors de la phase de mise au point des nouveaux modèles. Ensuite, la production de la série se fait à l’autre bout du monde, en Asie.Photo @ Sébastien Mainguet

Après cette première phase de mise au point, qui aura duré environ trois mois, les premiers tests en mer ont eu lieu en janvier 2016 afin de valider définitivement toutes les solutions retenues. C’est alors le début de l’aventure industrielle : en mars 2016, l’équipe d’Hendaye envoie toutes les données au fournisseur asiatique qui n’a “plus” qu’à mettre au point la production industrielle des vêtements. L’été dernier puis encore durant l’automne, les tests en mer reprenaient, cette fois avec le modèle de série, et toujours en lien avec les partenaires techniques - Tanguy de Lamotte, mais aussi les ministes Ian Lipinski (récent vainqueur de la Pornichet Select 6,50) et Nolwenn Caze, sans oublier la plate-forme de conavigation Vogavecmoi (bourse des équipiers en ligne) qui fournit beaucoup d’informations sur l’utilisation en croisière. Pour finir, la nouvelle veste est aujourd’hui entrée en phase de production industrielle et devrait être mise en vente entre juillet et septembre prochain. Un travail de développement a aussi été consacré aux deux autres pièces de la ligne “900”, à savoir la salopette et la vareuse (qui seront également vendues autour de 200 €). Les mousses de protection équipant la salopette au niveau des genoux et des fesses ont ainsi été optimisées de manière à être un peu moins volumineuses tout en apportant - en principe - le même confort. Et la fermeture Eclair étanche (qui ferme la salopette en haut) est désormais dotée d’un double curseur. La vareuse est équipée de la même capuche que la nouvelle veste, avec une poche ventrale plus grande que sur le précédent modèle.

Les tags de cet article