En exclusivité et en avant-première, avant sa présentation au Salon nautique le 4 décembre, voici Navimail 2.1.0 de Météo-France. Ce logiciel d'acquisition et de visualisation de données météo propose désormais un mode Connecté - révolutionnaire - qui fait de cette nouvelle mouture une version très branchée !
Note :
Le bouton Web services (entouré en rouge en haut à droite) fait passer en mode Connecté. Cela permet de faire ses requêtes directement au serveur Navimail en http, sans passer par un logiciel de messagerie. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir comme pour toutes les suivantes).
Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis)
Nous l'avions qualifiée de Rolls lors de la présentation que nous avions faite avant l'été de sa version 2.0.6. Continuons à filer la métaphore automobile : la nouvelle version Navimail 2.1.0 du logiciel météo est une Ferrari ! Grâce à la révolution que constitue son mode Connecté (activé par un nouveau bouton en haut à droite, le Web services, le logiciel est directement connecté à Internet, ce qui n'est pas le cas sinon, même si on est bien connecté au Net). Ce terme n'est pas abusif car il permet d'envoyer les requêtes directement en http sans passer par un logiciel de messagerie (autrement dit comme cela se fait lorsqu'on navigue de façon classique sur un site Internet connecté à un serveur qui fournit par exemple les images de la page que l'on souhaite visualiser ; la requête en http est néanmoins confirmée par un mél, avec le fichier Grib en pièce jointe, ce qui est une sécurité en cas de problème avec le serveur).
La requête est désormais organisée en 6 forfaits correspondant à des besoins gradués (même si la requête personnalisée reste possible). Tout s'opère en clics sur la carte (sélection de la zone), dans le menu déroulant Requête (à gauche), et dans la fenêtre Requête (cadre jaune en bas à gauche).
Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis)
Si l'on dispose d'une connexion en ADSL (donc à terre), la vitesse est étonnante et l'affichage est quasi immédiat, directement dans le programme, sans avoir besoin de réaliser aucune manipulation, qu'il s'agisse des bulletins, des images ou des fichiers Grib. Même pour un habitué des logiciels de ce genre, le fait de voir la première fois les données s'afficher à l'écran - quelques secondes seulement après la requête - est proprement stupéfiant !
Dès qu'on clique sur l'envoi, une fenêtre s'ouvre en haut à gauche (fond jaune) pour suivre le déroulement de la requête. Le contenu codé du message apparaît dans la fenêtre sur fond violet en bas.
Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis)
Même chose en mer si l'on a pris la précaution de se connecter avant par sa liaison GSM près des côtes ou satellitaire au large, ou au port en WiFi. Ce mode Connecté est tellement rapide qu'il faut même faire attention où l'on clique... sous peine de dépenser plus que voulu (il y a néanmoins un contrôle du coût et on peut accéder d'un clic sur le dossier en bas à gauche à l'historique de ses requêtes). Autre point fort, une fenêtre s'ouvre en haut à gauche et décrit en mode Texte les différentes phases de la procédure de requête, avec un code couleur très pratique, notamment lorsqu'on est fatigué en navigation. Mais il n'est plus nécessaire de passer par l'arborescence pour ouvrir un fichier Grib d'une façon semi-automatique comme cela était encore le cas dans la version Navimail 2.0.6 du printemps 2009.
En quelques secondes, une autre fenêtre en mode texte confirme si l'extraction du grib est complète (et où vous en êtes quant à votre forfait). Les données de celui-ci s'affichent aussitôt et automatiquement sur le fond cartographique !
Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis)
Rappelons qu'un fichier Grib (Gridded Binary) est au format retenu par l'Organisation météorologique mondiale pour les échanges des données météorologiques traitées. Il s'agit en l'occurrence des sorties des modèles numériques de prévision. Navimail 2 permet ainsi d'acquérir et de visualiser des données sur l'ensemble du globe, relatives au vent (force et direction), à la pression atmosphérique, à la température de l'air ou de la mer, à la mer du vent ou à la houle (hauteur et période), au pourcentage d'humidité, à la hauteur des précipitations, à la vitesse du courant... À l'exception des données de courants océaniques Mercator (une fois par semaine), ces données sont réactualisées toutes les six heures pour les modèles français et toutes les douze heures pour le modèle mondial, comme les bulletins ou images satellites que l'on peut acquérir gratuitement en même temps, lors des requêtes par e-mail.
Un zoom sur le golfe de Gascogne et l'affichage révèle toute sa lisibilité. On peut régler celle-ci en modifiant le fond de carte et les paramètres des données (ici l'état de la mer, notez l'étiquette très claire, accessible en un clic droit).
Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis)
Comme nous l'avions souligné ce printemps, cette petite merveille d'ergonomie utilise les progrès considérables réalisés ces dernières années en matière d'interface graphique. Elle est en outre servie par une aide en ligne efficace, à laquelle on peut accéder ponctuellement sur une commande donnée en cliquant sur l'un des nombreux boutons d'aide, ou d'une façon générique par le menu général de cette même aide.
Qu'il s'agisse des requêtes (par exemple avec l'affichage des limites des modèles numériques de prévision et des zones météo des bulletins sur la cartographie) ou de la visualisation des données, en mode séparé et en jouant avec les neuf onglets disponibles ou en superposition de couches (pression atmosphérique, vent, mer...), le confort de lecture est d'autant plus remarquable qu'il est favorisé par les étiquettes auxquelles on accède en clics droits (il suffit de déplacer le curseur après un clic droit pour activer automatiquement les étiquettes jusqu'à un nouveau clic) et par le contrôle de la position très précise du curseur grâce au géoréférencement en latitude/longitude.
La lecture des données peut se faire aussi bien en jouant sur les neuf onglets (au-dessous des boutons Requête et Visualisation) que par la superposition des couches (ici le vent et la mer). Cela offre un confort de lecture remarquable.
Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis)
Navimail 2 tourne sous tous les systèmes d'exploitation, Windows, Linux et Mac. Il fonctionne même depuis une simple clé USB ce qui permet de l'utiliser dans un cybercafé. En mode Connecté, et c'est un énorme gain de temps (donc d'argent), il n'y a même plus besoin de sa propre adresse mél puisque le profil que l'on a créé la première fois, intégré au programme, sert d'identifiant auprès du serveur Navimail. Aussi simplement qu'à la maison, il suffit ainsi de demander puis de récupérer les données sur lesquelles on travaillera ensuite à bord et à volonté. Par sécurité, je conseille de dupliquer l'installation de Navimail 2.1.0 sur son disque dur et sur la clé USB, quitte à effectuer les mises à niveau des profils et des données de l'un à l'autre et inversement lorsqu'il y a lieu. Une double installation n'est pas nécessaire : une duplication suffit dans la mesure où Navimail n'implique aucune modification dans les fichiers système hors du programme proprement dit.
L'autre nouveauté majeure est la fonction Tracé de routes, elle aussi commandée par un bouton dédié. Elle peut également tracer la trajectoire d'un phénomène météo, un cyclone par exemple, au vu d'un bulletin qui en donnerait les positions pour les 48 ou 72 heures à venir. Jusqu'à l'échéance du Grib affiché, on peut visualiser les conditions que l'on rencontrera sur une route programmée, en interpolant le fichier. Il ne s'agit pas d'un routage (en l'absence d'algorithme dédié dans le programme, il n'y a pas de calcul de route optimale et il n'y a pas d'interfaçage aux instruments du bord) - comme MaxSea Time Zero ou Tactique (voir la série L'arme fatale du Vendée Globe sur notre blog Route fond) - mais cette nouvelle version offre l'avantage énorme d'afficher ces données en surimpression de la route prévue. Les utilisateurs ne disposant pas d'un logiciel de navigation seront d'autant plus intéressés que Navimail est gratuit.
L'affichage d'une route prévue pour un bateau ou un phénomène météo, comme un cyclone, est l'autre nouveauté de Navimail 2.1.0. C'est très précieux, notamment pour ceux qui ne travaillent pas avec un logiciel de routage (que cette fonction ne remplace en aucun cas).
Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis)
Attention quand même à ce que ce bijou conçu par Patrick Le Lay de la division Marine et océanographie à la direction de la Prévision de Météo-France, avec toute une équipe autour de lui, ne grossisse pas et ne devienne pas une usine à gaz comme c'est trop souvent le cas avec les logiciels... Quant aux utilisateurs, ils ne doivent pas oublier que les fichiers Grib ne peuvent donner plus que ce que les modèles numériques de prévision sont capables de modéliser.
Les bulletins météo (gratuits comme les photos satellitaires) sont requis au vu du tracé précis des zones sur la cartographie. C'est fort pratique, surtout si l'on positionne son bateau ou sa route au préalable.
Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis)
À propos de sources, il ne faut jamais perdre de vue que les données sont une chose et leur provenance une autre. Outre que les modèles numériques de prévision sous-estiment généralement (mais pas systématiquement) le vent moyen, parfois dans de grandes proportions (jusqu'à 50 à 80 %, plus encore dans des phénomènes exceptionnels !), il faut connaître leurs qualités et leurs défauts, leurs échéances, ainsi que leur résolution réelle c'est-à-dire la distance de maille séparant les points de données entre eux.
À cet effet, Navimail 2 affiche clairement les limites géographiques de chacun des modèles de Météo-France et c'est très intéressant. Le serveur de Météo-France permet en effet de récupérer des fichiers Grib issus de quatre modèles numériques de prévision. Au grand large, c'est celui du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT souvent abrégé CEP) qui est utilisé. Son modèle IFS (Integrated Forecasting System), développé en partie avec Météo-France (Arpège/IFS) est considéré par les statistiques de l'Organisation météorologique mondiale comme le meilleur du monde pour les prévisions de trois à dix jours. C'est aussi le seul modèle mondial (ou modèle global, modèle couvrant l'ensemble du globe), avec une maille régulière de 39 kilomètres, 60 niveaux verticaux et une échéance à 10 jours.
Autour de l'Europe, Navimail donne accès au modèle Arpège qui est un modèle mondial optimisé autour de la France (Arpège optimisé), avec une maille de 23 kilomètres sur notre pays, 41 niveaux verticaux, et une échéance jusqu'à 4 jours en France. Ce modèle est à utiliser avec le précédent pour des traversées semi-hauturières à hauturières. Enfin, le domaine France de Navimail donne accès au modèle Aladin, qui affine Arpège, mais uniquement sur notre pays et les eaux immédiatement avoisinantes, avec une maille de 9,5 kilomètres, 41 niveaux verticaux, et une échéance jusqu'à 54 heures.
Les limites des modèles sont affichées sur Navimail 2. Cela permet aux amateurs avertis et aux professionnels de bien suivre la nature des données qu'ils demandent. À cet effet, le bouton en bas à gauche de l'écran permet d'accéder à l'information sur la disponibilité des modèles.
Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis)
La maille du nouveau modèle Arome qui est à employer sur les côtes de métropole est de 2,5 kilomètres (Navimail 2.1.0 propose ainsi une maille jusqu'à 0,025° avec Arome, ce qui est de la très haute résolution), soit presque quatre fois plus détaillée que celle d'Aladin ! Arome peut même être utilisé pour naviguer assez loin dans le golfe de Gascogne et dans le golfe du Lion ou vers la Corse. Pour prévoir le vent en Méditerranée, il est en effet indispensable d'utiliser un modèle à maille fine (ou haute résolution) qui est seul capable d'intégrer les effets de site (y compris les brises thermiques) et de bien représenter le relief avoisinant la mer. Ce n'est pas parce que l'écran couleurs propose une prévision limpide qu'elle sera validée dans les faits, surtout sur une mer fermée et rétive à la modélisation comme la Méditerranée... hors situation très claire, telle qu'un couloir de mistral par exemple.
Enfin, si le tarif d'une requête à l'acte ne change pas par rapport à la version précédente, Météo-France a entendu la remarque tarifaire que nous faisions dans la présentation de Navimail 2.0.6. Grâce aux six forfaits créés et en l'état de nos informations, le tarif baisserait ainsi de 75 % pour une personne souscrivant un forfait de base (2 X 2 Vent) sur une semaine, à raison de 2 requêtes par jour, soit une le matin et une l'après-midi après la réactualisation du modèle. Même si le forfait est sans doute aussi une bonne affaire pour l'opérateur, ce serait donc une baisse réellement considérable pour ceux qui le souscriront (même s'il est moins souple pour des requêtes fines) plutôt que de payer les requêtes à l'acte unitaire.
Navimail 2.1.0 sera téléchargeable gratuitement ici à partir du 4 décembre. Son utilisation nécessite une inscription préalable sur l'espace pro du site de Météo-France pour créditer son compte avant les requêtes de fichiers Grib.
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