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Contre-champ olympique

Ariane Imbert : «En kite, on retrouve les bases de la régate»

Elle est l’une des meilleures kiteuses françaises en Race et projette d’entrainer une équipe de jeunes à Hyères : Ariane Imbert est une actrice essentielle dans une discipline en pleine expansion. Interview.
  • Publié le : 19/02/2013 - 00:01

Race & SlalomComme un certain nombre de kiters régatant en Race, Ariane s'est enthousiasmée à l'idée que sa discipline devienne olympique en 2016, avant d'être déçue du revirement de l'ISAF. Elle ne renonce pourtant pas à courir sur le circuit initié par la Fédération internationale de voile, en marge de sa World Cup.Photo @ Roberto Foresti IKA

Ariane Imbert, kiteuseNiçoise d'origine, Ariane Imbert (33 ans) s'est installée à Hyères pour trouver le vent, ouvrir une école et s'adonner à sa nouvelle passion, le kite, et progresser à vitesse éclair.Photo @ D.R. En «glisseuse» expérimentée du spot de l’Almanarre, ses cheveux ont décoloré au sel et elle affiche sourire radieux et teint estival en plein hiver. Elle revient du Cap Vert où elle s’est entrainée avec Maxime Nocher, l’un des meilleurs kiters français en Race. Ariane Imbert a 33 ans. Fille d’un voileux et d’une windsurfeuse, elle a été compétitrice en snowboard… Avant de se reconvertir au kitesurf en 2005.
Depuis peu, elle s’est également mise à la compétition, en Slalom et en Race. D’abord parce qu’elle voulait se perfectionner pour ses élèves : diplômée pour entrainer (BPJEPS et DEJEPS), elle a en effet ouvert en 2008 l’une des neuf écoles de kitesurf implantées à Hyères. Et puis, elle s’est prise au jeu et a rapidement gravi les échelons nationaux et internationaux. En décembre dernier, elle a remporté l’épreuve de Melbourne, en Australie, la première organisée par l’ISAF en prémices d’un futur statut olympique du kite… Qui ne viendra donc pas en 2016. (Pour rappel du dossier, voir la brève ici et les articles associés.)

Alors Ariane projette de faire de son école l’un des centres d’entrainement* que va  labelliser la FFVL – la Fédération Française de Vol Libre a été renouvelée pour quatre ans, par le Ministère des Sports, comme fédération de tutelle du kite. Avec sa double casquette de compétitrice au top et d’entraineuse, Ariane se retrouve donc actrice privilégiée d’un jeu décidemment très excitant et en passe de se structurer. Interview.

 

v&v.com : Comment s’est déroulée l’épreuve de Melbourne, organisée par l’ISAF ?
Ariane Imbert : Franchement, j’ai trouvé bien d’être avec les autres séries et de rencontrer les équipages. Et puis cela a permis de montrer les atouts et les limites du kite. On a pu courir dans du vent très fort, par 25-30 nœuds, alors que les autres supports en étaient incapables ; dans le vent très léger en revanche, on a eu plus de mal, ne validant que deux manches quand les autres en ont couru plus.

 

Podium ISAF pour le KiteL'ISAF ayant anticipé le statut olympique du kite, le support avait déjà sa place à Melbourne, en décembre : Ariane a remporté l'épreuve.Photo @ D.R. v&v.com : Qu’a donné le mélange des genres ?
A.I. : Tout le monde a été surpris de voir combien le kite peut apporter à un événement comme ça, en tant que support jeune, rapide et enthousiasmant. De mon côté, j’ai retrouvé chez les voileux l’ambiance "yacht club" que j’avais connue enfant, surtout au Yacht Club de Melbourne, très british… Je pense que tous les kiters ont apprécié cette ambiance – surtout qu’en Race, on retrouve les mêmes fondamentaux de la régate, finalement, qu’en voile.

 

v&v.com : Que vaut le niveau des filles en kite, sachant que vous êtes peu nombreuses à vous intéresser au format «Race» ?
A.I. : C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de filles qui courent… En France, on est une quinzaine à tourner régulièrement. Il y a pas mal de trentenaires, certaines ont un peu plus de quarante ans et on commence à voir des filles de 14-15 ans arriver. Celles qui tournent le mieux sont Caroline Adrien et Sophie Caillet. À l’international, au dernier championnat du monde, on était quand même 44 ! C’est beau ! Et il y avait vraiment du niveau : tout le monde naviguait, s’était entrainé et avait du matériel dernier cri. Personne n’était là pour de la figuration. À Melbourne, même constat, il y avait de l’expérience. Certaines filles ont abandonné dans les grosses conditions, mais les cinq qui ont été classées avaient clairement de la bouteille. Pour ma part, j’ai gagné 10 manches sur 15 car la météo était à mon avantage, mais les jours où le vent était plus léger, je ne suis pas arrivée à maintenir autant mon avance.

 

v&v.com : Question de gabarit ?
A.I. : Oui, je suis plutôt grande et costaud ; mes adversaires étaient plus light. Mais il y a aussi une question de matériel.

v&v.com : Comment choisit-on son matos ?
A.I. : Il y une jauge, mais pas de monotypie. En revanche on choisit du matos de série : il y a cinq ou six marques sur le marché qui ont enregistré leurs ailes auprès de l’ISAF. Pareil pour les planches. Sur chaque compétition internationale, on jauge donc trois ailes de différentes tailles – plus une de secours que l’on utilise s’il y a plus de 25 nœuds – et une planche. On reste libre sur les ailerons, dans les limites de la jauge.

 

v&v.com : Donc le choix va dépendre des conditions météo ? Du gabarit ? Du niveau technique ?
A.I. : Chez North Kiteboarding (qui est mon partenaire), j’ai le choix entre une 7m2, une 10m2, une 13m2, une 15m2 et une 17m2. A Melbourne, j’ai enregistré la 10, la 13 et la 17 et j’aurais dû avoir la 7 en aile de secours, sauf qu’elle n’était pas du voyage, donc j’étais un peu juste dans la baston ! En effet, c’est la météo annoncée (avec le gabarit) qui dicte ce choix… Il y a donc un côté un peu stratégique.

 

v&v.com : À Melbourne, vous avez jugé le plan d’eau comme «vraiment horrible» : c’est quoi, un plan d’eau vraiment horrible, pour les kiters ?
A.I. : Une grosse houle, bien creusée, avec du clapot croisé ! Tenir dans le planning dans ces conditions est vraiment difficile ! De la houle seule ou du clapot seul, ça va… Mais avec la somme des deux, trouver un rythme de navigation est vraiment difficile : côté proprioception, il faut vraiment être aux aguets pour garder sa stabilité.

 

v&v.com : Dans le cadre de votre école de kitesurf, quel public rencontrez-vous ?
A.I. : Tous âges, toutes catégories sociales, tous types de pratique. J’ai des glisseurs qui font déjà du surf, du snowboard ou du ski par ailleurs. J’ai des parapentistes, quelques voileux, quelques planchistes qui n’ont pas encore essayé le kite. Et beaucoup de gens qui ne pratiquent rien de tout ça, mais sont attirés par le kite. J’ai plus de filles que les autres écoles, probablement parce que je suis une femme, mais une large majorité de garçons quand même, et j’essaie de développer l’apprentissage chez les enfants, à partir de 8 ou 9 ans.

 

v&v.com : Qu’est-ce qui est le plus difficile : maîtriser la glisse ou l’aile ?
A.I. : La coordination des deux.

TransmissionAriane s'est mis à la compétition pour transmettre davantage à ses coureurs et, si elle ne sait si elle continuera après 2013, elle reste toujours dans cette optique-là.Photo @ Alex Colin

v&v.com : Maintenant que le kite a été écarté des disciplines olympiques, quels sont vos objectifs personnels ?
A.I. : Le projet olympique sur quatre ans m’avait vraiment bottée et j’ai été déçue du revirement de l’ISAF… Je vais malgré tout courir la saison 2013 avec les prochaines épreuves ISAF à Palma et à Hyères (épreuve de Hyères qui n'accueillera finalement pas le kite en 2013, ndr), plus certaines du circuit classique de kite, le PKRA (le World Tour des Kiters Pro, ndr) et le KTE (Kite Tour Europe, ndr), les championnats de France, d’Europe et du monde de Race et de Slalom… Ma difficulté, c’est de ne pas pouvoir courir toutes les épreuves, car j’ai l’école à faire tourner par ailleurs. Mais j’espère terminer première en France et me rapprocher du podium en Coupe du monde – sachant qu’il y a quatre têtes de série qui sont vraiment au dessus… Elles ont surtout du vécu en tactique et en stratégie, alors que moi je débute là-dedans. Pour l’heure, je suis 7e du classement mondial, mais je vais m’entraîner pour entrer dans les quatre !

 

v&v.com : Après, votre projet est de monter un centre d’entrainement à Hyères…
A.I. : … Et de passer entraineur, oui. Les choses sont en train de se structurer au niveau de la FFVL. On attend le statut de "sport de haut niveau" et une Équipe de France Jeune de Race, que j’espère entrainer, devrait bientôt voir le jour. Entraîner et régater en même temps sera compliqué pour moi… Mais à la fois, j’ai encore la capacité de courir quelques années en compétition, donc je referai probablement un point à la fin de cette saison 2013.

 

> Plus d'infos sur Ariane Imbert, ici.

 

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Cinq centres d’entraînement devraient ainsi voir le jour à Dunkerque, Quiberon, Leucate, Montpellier et Hyères, dans les prochains mois. La FFVL met en effet tout en œuvre pour structurer la pratique du kite – l’inexistence d’une filière de formation étant l’un des arguments qui a joué en la défaveur du devenir olympique de la discipline.