A 350 milles dans l'Ouest du Ras Hafun, Tanit - voilier de type Joshua - et son équipage - un couple, leur petit garçon de trois ans et deux amis - ont été capturés par des pirates, vient de révéler l'ONG Ecoterra International. Le point sur cet enlèvement dramatique.
Note :
Ils ne sont hélas ni les seuls, ni les premiers. Jugez plutôt : le 6 avril, c'était le Winfar 161, thonier taïwanais et ses 29 membres d'équipage, près de l'Ile Denis (Nord de l'archipel seychellois). Le 5 avril, Al Gaith, un remorqueur yéménite et ses sept marins. Le 4 avril, un porte-conteneurs allemand, le Hansa Stavanger et ses 24 membres d'équipage, pris à 400 milles de la Somalie, entre le Kenya et les Seychelles. Le 1er avril, un ancien navire océanographique transformé en bateau de croisière, l'Ocean Explorer, et ses sept membres d'équipage, près de l'île d'Assumption (Sud de l'archipel seychellois). Une semaine plus tôt, c'était le yacht à moteur Serenity et ses trois hommes d'équipage, entre les Seychelles et Madagascar...
Les exactions des pirates somaliens ne se s'arrêtent donc plus aux limites du golfe d'Aden, ceux-ci ayant tragiquement étendu leur zone jusqu'aux Sychelles.
Tanit est un Joshua gréé en cotre, construit en ferrociment il y a trente ans, puis entièrement réaménagé par Florent et Chloé pendant deux ans. Ces deux Vannetais, naviguent depuis toujours (Muscadet, Brin de Folie, Sangria...), en Bretagne et ailleurs (Angleterre, Antilles) et partagent le même rêve de voyage au long cours et de découverte du monde avec leur petit Colin, 3 ans. Florent a effectué une transat en 2002 ; ils ont déjà l'expérience de la mer. Ils souhaitent d'abord rejoindre Mayotte, que Florent connaît et où il sait pouvoir travailler en tant qu'informaticien.
Ils quittent donc Vannes le 26 juillet 2008, cap au Sud-Ouest vers La Corogne, le Portugal, Gibraltar, les Baléares, la Tunisie, la Grèce et l'Égypte. Lors du passage du canal de Suez, fin octobre à Ismaïlia, ils rencontrent Jean-Yves Delanne, le convoyeur du Super Maramu 2000 Carré d'As qui s'était fait capturer par les pirates somaliens, puis libérer par l'armée française, deux mois plus tôt.
Des problèmes mécaniques les forcent à s'arrêter plus longtemps que prévu à Hurghada (Égypte, côté mer Rouge) et même à retrouver la métropole le temps d'un aller-retour <caisse de bord>.
Un moment, Chloé et Colin pensent aller en avion au Kenya alors que Florent les rejoindrait à bord de Tanit et avec l'aide de deux équipiers, Steven et Dorian. Finalement, ils restent à bord, descendent sur Djibouti récupérer une nouvelle pièce pour le moteur, remontent sur Aden et empruntent le corridor maritime surveillé vers Al Mukalla.
Quille longue, déplacement lourd (15 tonnes), cockpit central bien protégé mais petit, barre franche, arrière norvégien, dénué d'artimon... Ce Joshua n'a pas tout gardé de son dessin original.
Photo © D.R.
A partir du 15 mars, ils naviguent tous feux éteints dans le petit temps. Le 17, un hélicoptère de la Marine française les survole et établit un premier contact radio, puis un second téléphonique via le commandant du bâtiment Floréal.
Le 18, nouveau survol et contact radio avant leur arrivée au port d'Al Mukalla (Yémen).
C'est quinze jours plus tard que l'ONG Ecoterra International révéle la capture de Tanit par des pirates à 350 milles à l'Ouest de Ras Hafun, au large de l'île de Socotra.
Selon cette ONG, les 14 pirates auraient abandonné et laissé à la dérive leur bateau-mère - un boutre de pêche yéménite capturé précédemment - et embarqué à bord de Tanit, le dirigeant vers Bandar-Beyla.
Lundi 6 avril, Tanit aurait été survolé huit fois par des avions et un bâtiment militaire se trouverait actuellement à proximité.
Avant qu'ils n'attaquent le Tanit, les pirates auraient été pris en photo par un avion à 300 milles des côtes. Ce qui les aurait poussés à aller plus loin... et à croiser la route de Tanit.
Florent, le skipper, à la barre dans le golfe de Gascogne.
Photo © D.R.
14 pirates s'ajoutant à l'équipage de Tanit - quatre adultes et un enfant de 3 ans - sur un Joshua de 13 mètres, c'est beaucoup. En termes de vivres, d'eau et de promiscuité, la situation risque de se dégrader rapidement, alors qu'une intervention armée comme celle réalisée à bord de Carré d'As s'avère délicate.
Il y aurait actuellement 17 bateaux étrangers retenus à Bandar Bayla, avec un total de 297 membres d'équipage (dont 110 Philippins) retenus en otage...
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Voir notre article sur le tragique dénouement de cet enlèvement ici.
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Consultez le blog de l'équipage de Tanit ici.
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Vos commentaires
J'espère que nos marins et nos commandos ne vont pas risquer leur vie pour des idiots pareils qui ont refusé de suivre les conseils de la frégate Floréal et des ex-otages qu'ils ont rencontré en route. Totalement inconscients, égoistes. Dramatique d'être si bête.
Avis abrupt, voire brutal, que je ne partage pas sur la forme, même si, sur le fond, il me semble déplacé d'embarquer dans de telles histoires un enfant de trois ans (et un couple rencontré en chemin). Je ne relèverais pas la phrase sur nos "commandos et marins" : il semble plus vraisemblable que ce soit à coups de liquidités - plus que par balles - que se règle ce problème : les otages sont à terre, il y a un enfant parmi eux... Quoi qu'il en soit, il semble inconscient, en effet d'être aller se jeter ainsi dans la gueule du loup. Surtout vu l'énumération des bateaux capturés, que ce soit l'an dernier ou rien qu'en mars-avril 2009...
jusqu'à preuve du contraire, les deux yachts français ont été libérés par les commandos, dont l'un après paiement d'une rançon. Comme l'équipage du Tanit a l'air d'être anti-militariste à lire les inscriptions sur le foc, je réitère : pas de commandos ni de marins pour libérer des inconscients pareils. Quant à l'excuse de l'enfant, les parents sont doublement responsables.
La probabilité d'être pris en otage semble vraiment très élevée pour un voilier dans cette région. Bien sûr, la tentation de "prendre le risque" a été la plus forte, et s'ils étaient passés sans encombre, ils auraient eu une belle histoire à raconter. Maintenant c'est plus compliqué, et les bonnes intentions et l'innoncence risquent de ne pas être suffisantes pour s'en sortir. Je souhaite que cela ne soit pas trop long et qu'il n'y ait pas de drame. Mais l'âge d'or de la plaisance au long court semble bel et bien dernière nous. Quel dommage !