Pour sa 25e édition, l'Atlantic Rally for Cruisers (ARC) a battu son record de participation : 235 voiliers de croisière et de course-croisière à Las Palmas - dont quinze Français. Le week-end dernier, la ligne de départ de cette transat sans équivalent de 2 700 milles entre les Canaries et les Antilles (Sainte-Lucie) a ainsi été transformée en un mur de voiles barrant l'horizon... Impressionnant - et réjouissant !
Note :
Pas moins de 235 voiliers de grande croisière sur une ligne de départ... A Las Palmas (Canaries), lors du départ de l'ARC 2010, ça bouchonne, mais ça passe !
Photo © Jean-Luc Gourmelen
De notre envoyé spécial à Las Palmas.
Quel éclectisme sur la ligne ! On ne sait plus où donner de la tête ni des yeux, tant il y a à voir et à identifier lors de ce départ par petit temps et au portant bâbord amures. Du haut de la passerelle d'une imposante frégate espagnole transformée en bateau-comité, Jimmy Cornell, fondateur de l'épreuve, <tonne> le départ par la grâce d'un coup de canon qui a dû s'entendre jusqu'à Sainte-Lucie !
Partis dix minutes avant le gros de la troupe, les vingt IRC spient serrés d'entrée, Mills 40, Pogo 40, Akilaria 40, Archambault 40 en premiers, suivis par les déplacements plus lourds qui aimeraient que le thermique mollasson se renforce. Comme Ourson Rapide (60' Finot-Conq vu au Grand Pavois l'an passé) et Disco Inferno 3 (Bordeaux 60) qui filent à terre chercher de la pression.
Grâce au vent favorable et léger, (presque) tous les bateaux ont pu hisser leurs plus beaux atours...
Photo © Jean-Luc Gourmelen
La foule, mais pas la houle ! Derrière, ça presse et ça stresse dans le paquet des 215 voiliers de grande croisière qui ne sont pourtant pas en course, mais font quand même tout pour être devant. Il y a les hésitants qui ont toujours le moteur qui tourne et ne savent pas trop quelle voile d'avant envoyer. Il y a les timorés qui naviguent sous un ris et foc plus ou moins tangonné. Il y a ceux qui sont partis de très loin pour hisser leurs spis (dont quelques-uns à tuyères) et zigzaguent dans la foule, au gré des bascules.
Impossible de rater Texel, le plus grand, avec ses 31 mètres et aussi le plus ancien avec son gréement de goélette aurique et son passé de bateau-pilote néerlandais. Plus difficile de localiser le plus petit des concurrents, un Comfort 32 norvégien de 9,50 mètres... Côté Français (15 engagés), les deux catas qui se faisaient face dans le bassin de la Vela Latina passent la ligne coques à coques, avec un petit avantage pour l'Outremer 45 Galop1 lorsque le Freydis 49 Atika 2 peine à hisser son spi. Les trois motivés (Dominique, Fabien et Henri) de Wanako, un Sélection 37 qui a déjà nombre de Tour de France à la voile à son loch, remontent rapidement la flotte et se placent devant leurs compatriotes d'Alayat 3. A bord de ce Bordeaux 60, la famille Achy et ses quatre têtes blondes préfèrent la sécurité à l'adversité... Il faut dire que cet équipage attachant - où madame barre et monsieur cuisine - n'a pas lésiné sur le confort ni l'avitaillement !
Notez le bleu-blanc-rouge de Dominique, Fabien et Henri, l'équipage affûté de ce valeureux Sélection 37 qui vise le podium.
Photo © Jean-Luc Gourmelen
Les copains d'abord ! Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les familles resserrées (46 % des <enfants-bateaux> sont Norvégiens) ne sont pas les plus représentées parmi les équipages. En revanche, les bandes de copains sont légions. Copains d'enfance, d'études, de boulot... qui se retrouvent le temps d'une transat pour un break atlantique à partager leur passion, femmes et enfants les retrouvant - pour la plupart - à l'arrivée sous les cocotiers. Cette conception reste chère aux Anglais, qui représentent 38 % des 26 pavillons engagés, loin devant la Norvège (11 %), l'Allemagne (7 %) et la France (6 %).
Côté bateaux, la taille moyenne est de 14 mètres, dont 23 unités millésimées 2010. L'industrie nautique française se place en tête avec, toutes marques confondues, 85 unités construites dans l'hexagone : 30 Bénéteau, 19 Jeanneau, 10 Dufour, 8 Lagoon, 5 Ovni, 4 CNB... Autres marques bien représentées, Oyster (19), Swan (18), Bavaria (18) et Hallberg-Rassy (12).
Le record de l'épreuve, qui date de 2006, est détenu par le maxi Capricorno en 11 jours, 5 heures et 32 minutes. Pas sûr qu'il soit battu cette année, vu les conditions météos attendues lors de cette transat : mou devant et finish au près si l'on suit l'orthodromie... Nul doute que la route du Sud - <Go South until the butter melts, then turn right> (*), comme disent nos cousins d'outre-Manche -, qui fait passer au milieu de l'archipel capverdien, a de fortes chances d'être privilégiée par la majorité des équipages. Qui, rappelons-le, naviguent en pères peinards...
(*) <Allez au Sud jusqu'à ce que le beurre fonde, ensuite, tournez à droite !>
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