Du large et de la nuit en mer, mon expérience est nulle - je navigue autour de Saint-Malo sans avoir jamais dépassé Bréhat. Mon voilier, baptisé Orca, est un Bi-Loup 77 acheté d'occasion. Mais, à 32 ans, après avoir quitté mon emploi, je décide de franchir le pas et de me lancer dans une première traversée vers les Açores. J'ai notamment là-bas quelques amis, rencontrés alors que j'avais passé deux ans dans ces superbes îles... En juin 2009, j'embarque donc sur Orca, cap sur les Açores. Mon périple me conduira ensuite aux Canaries, au Cap Vert, aux Bijagos, au Brésil et en Guyane Française. Voici mon carnet de bord.
Note :
Bretagne - Açores
1 250 milles - 35 jours en solo
Après un appareillage tranquille de Saint-Malo et un arrêt technique à l'Aber Wrac'h, le 2 juillet 2009, je largue enfin les amarres d'Orca, mon Bi-Loup 77 acheté d'occasion, avec en théorie une bonne prévision météo, l'anticyclone des Açores ayant l'air de s'installer.
Les hublots de coque sont constamment dans l'eau,
la gîte est impressionnante,
les vagues me font peur.
Trois jours après, prenant successivement un, puis deux, puis trois ris - se mettre en route sous trois ris et foc sous la pluie, on peut dire que y'a mieux pour un début en croisière ! -, je me fais surprendre par une telle tempête que je ne peux même pas me risquer à aller affaler ce qui me reste de grand-voile et le foc. Je sais que je risque le démâtage, mais je sais aussi qu'en sortant je risque de passer à l'eau, même avec les lignes de vie. Cela dure 12 heures pendant lesquelles je vais angoisser comme jamais.
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Orca, mon Bi-Loup 77 |
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> Le Bi-Loup 77 est un biquille de 7,60 mètres, dessiné et construit par Whighton Yachts, au tirant d'eau faible, idéal pour s'échouer. |
Orca s'en est donc sorti, mais le problème est que cette sale dépression n'est en fait que la première d'une grande série. Au total, je fais les 1 250 milles en cinq semaines, la météo étant exécrable et m'emprisonnant trois semaines dans le golfe de Gascogne.
Chaque fois que j'avance un peu, une nouvelle dépression m'oblige à me mettre à sec de toile et me repousse en arrière. En une semaine, je ne ferai que 20 milles !
Manger, se laver est difficile et je passe beaucoup de temps dans ma couchette à me faire ballotter. Ma GV de rechange, déjà fatiguée, finit déchirée en deux, mais il me faut quand même réparer l'autre dans des creux de quatre mètres.
Malgré tout, pendant ces trois semaines, je suis resté optimiste et n'ai poussé qu'un seul coup de gueule, la table du carré ayant volé et de l'eau étant rentrée - je ne sais comment - pour tremper mon ciré.
Une fuite au niveau des hublots a également mis ma radio HS, me privant du top horaire si important pour la navigation astronomique... Or, passionné par ce sujet, je n'ai que le sextant pour faire ma route et aucun appareil électronique (voir l'encadré ci-dessus) !
Tous les jours, j'envoie ma position à l'aide de la balise spot et tous les jours mes proches reçoivent ceci : <Ioannis, Orca, tout va bien, la mer est belle>, le message que j'avais programmé avant de partir. (Inutile de préciser que je l'ai changé dès que je suis arrivé, <la mer est belle> étant superflu.)
Après s'être posé pas mal de questions devant mon "circuit" dans le Golfe de Gascogne, quelque peu étrange, ma famille et mes amis appelleront ça <le baptême du feu>.
Mes premiers 50 mètres sur le ponton ressemblent au zig-zag d'un homme saoul.
Passé le cap Finisterre, le temps s'améliore... Après les furies du Golfe de Gascogne, place aux calmes ! Mais au moins, pendant deux semaines, je peux enfin quitter mon ciré (on est quand même en juillet) et manger comme quatre pour me refaire une santé.
Après 35 jours de mer, j'aperçois enfin les reliefs de Sao Miguel et explose de joie ! J'ai choisi cette destination pour y avoir passé deux ans, il y a quelques années, et par bonheur un ami m'attendra sur le quai pour m'accueillir.
Photo © Ioannis Rousseaux
Après cinq semaines en mer, le jour de l'arrivée s'annonce enfin. En principe, si mes points sont bons, je devrais donc voir l'île de Sao Miguel vers 10 h du matin, le lendemain... Pourtant, la veille, le doute s'installe. Et si demain je ne voyais rien ?
Par bonheur, l'île apparaît le jour dit à une heure près et dans la direction voulue, comme un nuage un peu plus marqué que les autres. Vers midi, plus aucun doute possible : cette dernière journée sera l'une des plus belles de ce voyage... Et de ma vie !
Si durant les trois-quarts de cette descente, j'ai eu soit pétole, soit au-dessus de force 7 - de face, bien sûr -, aujourd'hui le vent souffle du bon côté. Une cinquantaine de dauphins vient m'accueillir ainsi que des oiseaux en pagaille. Passé le phare de Nordeste, je m'arrête un instant pour laisser exploser ma joie, contenue depuis un certain temps. J'en pleure tellement je suis heureux d'avoir réalisé mon rêve et d'avoir franchi ces épreuves ! Je suis si fier de ma navigation au sextant ! Et réalise que ce soir, je dors au port, que les soucis sont finis, que je vais pouvoir avertir ma famille, leur dire que je vais bien !
En 2005, j'ai pour 18 000 euros acheté Orca, mon Bi-Loup 77 d'occasion. Échouable, ce biquille m'a notamment permis d'explorer les Bijagos avant de traverser vers le Brésil... Récits à suivre.
Photo © Ioannis Rousseaux
Trop impatient de toucher terre, je fais les derniers milles au moteur et le 11 août 2009, à 23 heures, j'entre dans le port de Ponta Delgada. Mes premiers 50 mètres sur le ponton ressemblent au zig-zag d'un homme saoul.
Joao, mon meilleur ami açorien, est la première personne que j'aperçois. Et que c'est bon d'être accueilli par un ami ! Après cinq semaines à parler tout seul - ou avec les oiseaux -, j'en avais vraiment besoin et ne pouvais imaginer passer cette nuit au port sans voir personne.
Pendant une semaine j'ai l'impression que le bateau navigue encore et me réveille souvent la nuit... Mais tous les matins, je suis fier de voir mon Bi-Loup ici, aux Açores. L'escale à Sao Miguel dure un mois formidable. Un mois de baignades, de moments partagés avec mes anciens amis, de visite avec mon père et ma soeur, la rencontre de Rita, de belles sorties en bateau sur un plan d'eau calme, et une remise en état d'Orca. Cela passe vite et le 16 septembre, je mets le cap sur les Canaries.
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Retrouvez bientôt le deuxième épisode du "Carnet de bord d'un novice", en une de notre site.
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Vos commentaires
je trouve ce recit magnifique et ce jeune homme très courageux et très amble, ses proches ont de quoi être très fiers!!!!! j'attends la suite avec impatience!!!
Chapeau pour ce periple et cette tenacité a affonter les elements adverses si longtemps. Bravo aussi pour la nav au sextent , cela etant devenu si rare !. Je pense aussi que la robustesse et l'habitabilité du Biloup ont du etre tres appreciées pendant ces durs moments ? En aurait-il ete de meme avec certains autres de ces bateaux moins "axés croisiere" avec roof en sifflet, cockpit peu protegé et echantillonage de coque parfois limite ?. Je souhaite donc a ce jeune une bonne continuation et de belles futures navigations. Maurice Lacoste --Ile Maurice.
Il y a dans cette aventure d'un "novice" un brin de folie, avec une coque de noix peu équipée (sans GPS sans balise de détresse et sans moyen de communication), heureusement ça s'est bien terminé, mais pour combien de temps si ce jeune homme réitère ce genre de navigation irresponsable?
Belle expérience, mais pourquoi ne pas embarquer un GPS portable, fût-ce en secours? une balise de détresse aurait été bien utile aussi pour rassurer les proches et faciliter la tâche des sauveteurs "au cas où". JFP
Admiration et respect pour cette belle expérience de mer. Ioannis a préparé son bateau avec peu de moyen mais avec passion. Chapeau aussi pour la nav au sextant. Carton rouge pour ceux qui critiquent, ils seraient sans doute incapables de quitter la baie de St Malo sans leur centrale de nav dernière génération," poor virtual sailors". Bravo à toi Ioannis pour ton sens marin ! Alan
Tout d'abord merci pour vos commentaires. Je tenais a preciser que j'ai une balise "Spot" qui permet d'envoyer ma position (moi je ne la voit pas) a ma famille et a mes proches et qui a en plus une fonction "détresse" au cas ou. J'envoyais en général ma position 2 fois par jour. J'ai aussi un radeau de survie neuf et le coffret de feu hauturier. Vouloir naviguer uniquement au sextant était un choix personnel et vous comprendrez mieux au prochain article. Ce qui est sur c'est que le plaisir de voire l'ile a l'heure voulue et dans la direction voulue offre une énorme satisfaction. Ioannis (l'auteur)
BRAVO GIANNH. EISAI EKPLHKTIKOS KAI GENAIOS. POLLA FILIA KOSTAS ALEXANDROPOULOS, TASOULA, CHARILAOS, FIVI.
excellent récit, ça fait du bien de le lire. ça nous change des récits "bateau" en 60' de compet que l'on ne fera jamais ! quant à l'histoire de ne pas être en sécurité sans gps ni balise...??? depuis quand de tels matériels empêche le chavirage et la noyade ? j'ai du rater quelque chose ! tu es plus en "sécurité" toi avec ton sextant et ton savoir, que nous avec notre pauvre appareil électronique de repérage, soi en sur ! (même si entre autres, le gps reste d'un confort non négligeable). depuis la décennie 90, si l'on ne possède pas l'appareil dernier cris ou que l'on a pas fait de stage, on est soi disant en danger et l'on passe pour des irresponsables....c'est le comble de la c......e de l'assistanat en puissance ! bref...merci à toi pour ce récit emprunt d'humilité et de réalisme, la suite est attendue avec impatience.
je tire mon chapeau aussi!!! ça coupe le souffle...surtout quand on voit le trajet! et ce recit est vraiment plein d'humilité, j'ai adoré et j'attend la suite impatient!
Très impressionnant! Bravo! cela donne envie de vous suivre... Paul
Je suis perplexe: que veux nous montrer ce récit? Qu'on peut partir à travers le Golfe de Gascogne sans prévision météo - au point de ne pouvoir anticiper un changement de voiles? 1250 Nm en 5 semaines, ça fait 1,5 nd de moyenne ... ce qui expose durablement le bateau aux intempéries. Je suis tout à fait favorable à la prise de risque, mais là, je n'arrive pas à m'émerveiller. "L’aventure, c’est entreprendre quelque chose d’exceptionnel en mettant son intelligence au service de la réussite." Attendons le récit de la suite.
Bonjour Hozro253. Pour ce qui concerne la suite, eh bien vous pouvez d'ores et déjà la lire ici pour le 2e chapitre : http://www.voilesetvoiliers.com/grande-croisiere/article/3860/carnet-de-bord-d-un-novice-au-long-cours-2-mon-idee-astronomique-pour-remplir-ma-caisse-de-bord et là pour le 3e : http://www.voilesetvoiliers.com/grande-croisiere/article/3940/carnet-de-bord-d-un-novice-au-long-cours-3-notre-voyage-escales-aux-bijagos-iles-oubliees Et d'autre sont à venir, puisque l'auteur est maintenant au Brésil. Peut-être est-ce là la meilleure réponse à apporter à vos remarques ? Amicalement, Hervé, Voiles et Voiliers
Je réponds à Skipperg Au contraire je trouve très sain que certains retrouve l'esprit de Slocum, Gerbault, Moitessier, partis sans électroniques mais et nous ont donné envie de les imiter. Je skippe moi même mais je n'ai aucune confiance dans l'éléctricité ou l'élecronique qui ne sont qu'un moyen de vérif rapide de mon point, de ma route, à l'école navale on exige toujours des enseignes de savoir "naviguer à l'estime". Moi tout ce que je sais c'est que quand vraiment ça cogne c'est l'éléctronique qui part en premier. Alors je dis chapeau Novice, continue, tu as appris, tu apprendras encore, et si on va sur la mer c'est aussi, un peu pour l'aventure, sinon je prends le métro.
Je viens de tomber sur votre lecture, je suis en projet pour un biloup, et je vois ce que vous avez réalisé!!! Magique et courage! Je navigue sur le Bassin d'Arcachon, la Gironde , le Pertuis d'antioche,Mais là , je suis heureux de voir ce qu'un homme seul peut faire avec un biloup 77...
bonne continuation, c'est en forgeant qu'on devient forgeron , alors , pas d'hesitation , bon vent bonne route , j'adore et je suis fan, esperant vous croiser un jour sur ma route ..... fredybo