Actualité à la Hune

Deux ans sur un voilier au Mexique, entre mer et désert (3)

Basse-Californie : un trésor perdu, un vent fou et un cata coulé

Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile à bord d'un voilier de 11,50 mètres. Mark et moi avons quitté Los Angeles (Californie) en mars 2008 à bord de Blue Goose, notre Ericson 38. Avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Nous commençons à explorer la mer de Cortez. Ses beautés. Ses trésors. Et ses dangers - le coromuel, par exemple.

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  • Publié le : 09/07/2010 - 06:41

En navigation du côté de La Paz Un oeil sur le compas, l'autre sur la carte marine, nous explorons avec délices des lieux chargés d'histoires - conquistadors, pirates - et où dorment des trésors... Photo © Mark Meadows <Descendre en Basse-Californie avec seulement 25 mètres de chaîne, ce n'est pas sérieux !> nous a-t-on répété sur les pontons de Los Angeles, puis à Ensenada. <S'il y a un équipement primordial lorsque l'on navigue aux abords de la Péninsule, c'est un bon mouillage>, confirment les guides.

Reste qu'acheter une chaîne coûte cher et, au moment de partir, nous ne pouvons nous l'offrir. <Nous irons en mer si le temps est mauvais> : ainsi avions-nous clos le sujet. Mais aujourd'hui, en Basse-Californie, à l'approche de la saison des ouragans, notre bravoure commence à sonner faux.
Le désert de Cortez Le Sud de la Basse-Californie et la mer de Cortez. La flèche en rouge représente le trajet du thermique typique de la région de La Paz, le coromuel, qui peut atteindre les 40 noeuds. Photo © Mark Meadows Un coromuel fou et un trésor introuvable

Nous venons de nous extraire du creux des falaises rouges et rocailleuses d'Espiritu Santo (voir l'article précédent, ici) et sommes en route pour La Paz. A vrai dire, nous avons du mal à imaginer qu'une grande ville puisse se trouver à proximité : tout n'est que désert partout où se portent nos yeux.

Nous suivons notre progression sur la carte marine, quand nous réalisons que nous sommes proches de la baie de Pichilingue - la fameuse plage au trésor ! Pichilingue est en effet le seul port naturel en eau profonde de la baie. En 1536, les Espagnols, menés par Hernan Cortez, furent les premiers à l'exploiter, mais aussi les pirates qui s'élancèrent à leurs trousses pour dérober leurs cargaisons. Un choix judicieux car le reste de la baie, sur les bords de laquelle est située l'actuelle ville de La Paz, est littéralement endigué dans le sable.

Depuis, le trésor de ces parages a pris la forme d'une huître... perlière. Nous mourrons d'envie d'y relâcher quand nous réalisons que le port de Pichilingue est désormais réservé à la Marine et aux gros ferries. Mouiller l'ancre dans les baies adjacentes est évidemment une possibilité - mais nous serions alors aux prises avec le coromuel.

L’art de l’épissure L'oeil épissé de notre mouillage pratiquement terminé. Le coromuel va rapidement l'éprouver - pourvu qu'il tienne ! Photo © Mark Meadows Le coromuel est une spécialité météo de la région de La Paz. A partir de la fin du printemps et du début de l'été, les eaux de la mer de Cortez se réchauffent et affichent un tel écart de température avec les eaux du Pacifique que cela crée un appel d'air. Ce vent est spécifique de la région de La Paz, car c'est l'unique endroit de la péninsule où les montagnes ne sont pas assez hautes pour le bloquer. Et cette gentille brise de 10 noeuds, qui apparaît au coucher du soleil, peut facilement monter jusqu'à 40 noeuds !

Il nous faut donc choisir entre le risque de chasser au mouillage et l'appel du trésor des huîtres perlières de la région - et c'est le second qui l'emporte. Nous trouvons six bons mètres d'eau dans l'anse de Bahia Falsa, en aval de Pichilingue, qui nous confortent dans notre décision. Nous y faisons glisser doucement chaîne et aussière. Un petit coup en arrière pour nous assurer que la pioche a bien mordu le fond, et la nuit tombe assez vite. Et, comme prévu, le vent monte.

La Vierge de la Guadaloupe La Vierge de la Guadaloupe - surnommée : c'est à elle que les Mexicains adressent leurs prières, en toutes occasions. Photo © Amélie Padioleau En quelques heures, nous sommes au fond de la baie, mouillage tendu à bloc. Et là, nous ne pouvons nous empêcher de penser à ce gros oeil épissé sur le câblot, qui n'a pas été simple à façonner. Tiendra-t-il ? Nous ne réussissons pas à trancher s'il est alors plus efficace de se rassurer avec des arguments rationnels ou de brûler une bougie pour la Vierge de la Guadaloupe, la sainte mexicaine de toutes les situations. Dans le doute, nous faisons les deux. Si bien que, le lendemain, nous sommes obligés de déclarer le miracle - le mouillage a tenu, nous flottons toujours - et de racheter une bougie.

Un cata coulé et des garde-côtes curieux

Après avoir passé deux jours à explorer les fonds marins des criques environnantes à la recherche de perles, nous mettons finalement le cap sur La Paz. Notre coffre au trésor est vide, bien sûr, mais l'important était d'y avoir cru.

Nous dépassons alors un catamaran que nous avons vu arriver la veille sur une plage que nous croyions privée. Son équilibre sur l'eau nous semble étrange - il gîte nettement sur tribord. Mark décide d'aller vérifier ce qui se passe à la nage tandis que j'essaie de garder notre voilier à distance des bancs de sable environnant. En le voyant s'éloigner, je croise les doigts pour qu'il n'y découvre rien de tragique - le bateau a l'air abandonné...

Rien de tel, me rassure Mark à son retour, mais le cata, baptisé Yellow Star, est à moitié coulé. Il s'agit d'un bateau de croisière encore habité voici peu : les livres de l'équipage flottent - les mêmes que les nôtres pour la plupart. Ça fait mal au coeur. J'espère ne jamais voir notre Blue Goose dans cet état !

Couchant sur la mer de Cortez Pour rien au monde, nous ne raterions un coucher de soleil mexicain. Le rouge et le noir ne s'épousent-ils pas ? Photo © Amélie Padioleau Qu'est-il arrivé à Yellow Star ? Nous échafaudons des hypothèses en tout genre, lorsque nous sommes accostés par la Marine mexicaine - une dizaine de soldats et deux officiers dans un bateau à moteur. <Contrôle de routine>, nous expliquent-ils. Uun des officiers et un marin montent à bord. Nous n'arrivons pas à vraiment savoir ce qu'ils veulent. Ils fouillent superficiellement le bateau, prennent des photos des équipements électroniques et relèvent l'immatriculation du voilier.

Nous leur offrons un verre d'eau et profitons de l'occasion pour leur mentionner le cas de Yellow Star. <Nous sommes au courant, explique l'officier. Nous avons reçu un appel du propriétaire, voici deux jours, qui disait son bateau volé. En fait, je crois plutôt que le bateau a dérapé de son mouillage et été poussé par le vent jusqu'aux abords de Pichilingue>. Rien d'étonnant, c'est vrai, car le vent a soufflé fort - à 30 ou 40 noeuds...

Parfois, il suffit d'un événement déclencheur pour prendre une décision. La mésaventure de Yellow Star a cet effet pour nous. Dès le lendemain, nous sacrifions une partie de notre budget pour acheter 50 mètres de chaîne <High-Test>, réputée pour être à la fois légère et résistante. A nous, désormais, coromuel, chubasco et autres surprises météo de la région ! Nous ne tremblerons plus la nuit. Quant à Lupita - petit nom de la vierge de la Guadaloupe -, la voilà chargée d'une nouvelle mission : nous tenir éloignés des ouragans.

Peinture fraîche sur chaîne neuve Ce marqueur rouge, peint tous les 12 mètres sur notre belle chaîne neuve, nous permet d'évaluer facilement la longueur de mouillage dans l'eau. Photo © Mark Meadows
Playa el Tesoro La plage du Trésor ! Il semble que sur ce rivage, non loin de Bahia Falsa, quelqu'un ait vendu la mèche... Photo © Mark Meadows ...........
Le trésor de Francis Drake

Parmi tous les pirates de la région, l'anglais Francis Drake est certainement le plus connu. Il est vrai qu'il a réussi l'une des attaques les plus mémorables de la région, celle du galion espagnol Santa Anna, en 1587.

Intercepté à Los Cabos alors qu'il revenait de Manille, les cales remplies de porcelaine, de soie, d'ivoire, le galion fut littéralement dépecé et le pactole réparti entre les hommes de Drake. Afin de n'être pas attaqués à leur tour, les pirates auraient caché une partie du trésor à Pichilingue...


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Deux ouvrages utiles

. Guide (en anglais) : <Sea of Cortez, Cruising Guide>, Gerry Cunningham.
. Livre historique (en anglais) : <Baja Legends : The Historic Characters, Events, and Locations That Put Baja California on the Map>, Greg Niemann, Editions Sunbelt, 2002.

Poissons de la mer de Cortez Les eaux chaudes de la mer de Cortez abritent nombre de poissons tropicaux. Photo © Amélie Padioleau
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Mon tour du monde en sténopé

Depuis mon départ de Californie, je développe moi-même mes images prises avec un appareil qui remonte aux origines de la photographie : le sténopé.

Il s'agit d'une simple boîte percée d'un trou, qui reflète l'image à l'intérieur, image que je capture avec du papier sensible. Fascinée par l'onirisme de ces images, je me sers aujourd'hui de mes boîtes pour voyager. Elles m'offrent une autre perspective sur le monde, que ni mon oeil, ni même une lentille ne pourra jamais me rendre. Elles sont pour moi un filtre de vérité. Aussi, à chaque escale, je vous propose de vous en livrer une.

Mon sténopé de La Paz Sténopé : une certaine vision des choses, La Paz. Photo © Amélie Padioleau

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