Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile dans un voilier de 38 pieds, voici quatre ans. Nous avons quitté Los Angeles avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau... Si nous avons appris des Américains sur l'équipement et l'autonomie, ce sont des leçons d'entraide et de débrouillardise que nous enseignent désormais les Mexicains. Mise en pratique avec un sujet d'importance : l'annexe !
Note :
Sacré chemin parcouru, pour Ty Goose, la nouvelle annexe de Goose !
Photo © Amélie Padioleau
Notre annexe pneumatique est morte ! Tout a commencé par un petit trou, puis, les jours passant, l'arrivée d'eau est devenue plus importante - et, finalement, ma jambe est passée au travers. Alors bien sûr, nous avons ensuite joué à "je colle, tu colles, nous collons". Puis "tu te décolles, je te recolle". Rien à faire, notre annexe avait désormais la bouche ouverte et béate devant je ne sais quel trésor marin. Elle ne voulait plus la fermer.
Encouragés au début par la communauté des plaisanciers, nous avions sérieusement pensé à construire nous-mêmes notre nouvelle annexe. <C'est plus facile qu'on ne le pense. Avec 250 dollars, tu peux avoir une très belle annexe>, nous assure Mike sur Beau Soleil, un voileux au long cours qui navigue depuis vingt-trois ans autour du monde avec sa femme Karen. <Il suffit d'utiliser des produits peu chers comme les bois de portes, qui sont résistants à l'eau>. <On peut construire un petit atelier sur une plage déserte, planter quatre bouts de bois et faire une tente, renchérit Robin, Canadien des îles de la Colombie Britannique, et je pourrais vous prêter mon générateur pour les outils>.
Malheureusement, le fossé entre le rêve et la réalité est toujours grand quand il s'agit de bateau et un aller rapide à San Diego nous apprend que cela nous coûterait minimum deux fois le prix annoncé par Mike (fibre de verre oblige), sans compter les erreurs de fabrications... Et celles-là risquaient d'être lourdes !
N'ayant pas les moyens financiers d'acheter une annexe neuve et encore moins un moteur, nous sommes donc prêts à revenir au bateau les mains vides quand le matin de notre départ, à 8h48, un certain Brian, poste une annonce sur Craiglist (<le> site d'annonces entre particuliers américains) : <Old Sabot to sell>.
<La porte est mexicaine>, nous disent les officiels américains.
<Non, elle est américaine>, nous assure-t-on de l'autre côté.
Une petite annexe à voile, voilà la solution ! Les Sabot sont en effet des cousins californiens de nos Optimist, aux détails près qu'ils ont une voile bermudienne (donc plus haute) et que leur dérive est latérale. Dessinés par un certain Charles MacGregor en 1939, ils ont été ensuite commercialisés essentiellement en Californie et en Australie au sortir de la Deuxième Guerre mondiale.
Voyageons groupés ! Inspirés par les tortues mexicaines, nous essayons de faire tenir un maximum de nos affaires, à l'intérieur de la prame car elle roule : visez les roulettes, en bas !
Photo © Amélie Padioleau
Deux heures après, nous sommes face à un petit bateau blanc et bleu, la voile au vent sur le gazon de son vendeur. Construit en fibre de verre, le fond tapissé avec de la mousse pour assurer un minimum de flottaison, sa taille (2,44 mètres) et son état sont juste parfaits et le prix est raisonnable. En cinq minutes, le deal est fait.
Heureux propriétaires, il ne nous reste maintenant qu'à traverser les 600 kilomètres de désert mexicain qui nous séparent de notre voilier. Une toute autre affaire !
De San Diego à la frontière
La frontière de la ville mythique de Tijuana, "tequila, sexe et marijuana" n'est plus qu'à 100 mètres et nous avançons vers elle, avec notre bateau de 8 pieds, armé d'un mat de 4 mètres, tel une lance sur un champ de bataille. Grâce à l'ancien propriétaire qui a eu l'idée de génie de poser des roulettes à la poupe de l'annexe, nous n'avons pas à la porter pathétiquement : elle roule !
Nous passons ainsi, l'air de rien, devant les militaires américains, avec tout notre barda : Mark tirant la prame, rebaptisée Ty Goose, moi avec le mât, la dérive, le gouvernail sous le bras ! Les passants ne peuvent s'empêcher de sourire. <J'ai vu mille choses passer par cette frontière, mais jamais un bateau !>, s'exclame un Mexicain.
Mais, plus vite que prévu, surgit le premier obstacle, nommé tourniquet. Nous essayons de passer le bateau par tous les angles : de côté, de biais, au-dessus, rien à faire. Nous voilà bien : moi du côté mexicain et Mark et Ty Goose du côté américain. Nous tentons de faire ouvrir une porte adjacente, mais la situation vire à l'absurde. <La porte est mexicaine>, nous disent les officiels américains. <Non, elle est américaine>, nous assure-t-on de l'autre côté. Etrange notion de frontière !
Frontière entre San Diego et Tijuana : nous sommes encore du côté américain et approchons du fameux tourniquet... Quelle histoire !
Photo © Amélie Padioleau
Nous commençons à perdre espoir quand un porteur mexicain me glisse dans l'oreille : <Il y a une porte là-bas qui peut s'ouvrir>, me désignant du doigt un grillage du côté américain, <et celle-là aussi>, pointant cette fois un immense portail, côté mexicain. <Demande>, me dit-il avant de disparaître aussi sec. Un véritable passeur cet homme-là ! Déjà, les roulettes de notre Ty Goose s'accélèrent en voyant la sortie. C'est ainsi, utilisant cette voie au premier abord invisible, que nous passons au Mexique. Viva Mexico !
Sortir de Tijuana
Les taxis de Tijuana sont restés un bon moment fascinés par notre Ty Goose et ne nous ont pas été inutiles.
Photo © Mark Meadows
Nous atterrissons dans le parking réservé aux taxis et hésitons encore sur la prochaine étape : mieux vaut-il faire du stop pour sortir le plus rapidement de la ville ou essayer de rejoindre la gare routière à 30 minutes de là, sans avoir l'assurance que notre bateau puisse y rentrer ?
Déjà une dizaine de chauffeurs gravitent autour de nous, très curieux de notre embarcation. <C'est une mini-panga>, rigolent-ils, en faisant raisonner la coque.
Les pangas sont des longues barques en fibre de verre d'environ 7 mètres utilisées par les Mexicains pour la pêche artisanale.
Ils veulent tout comprendre : où se met le mât, comment utilise-t-on la dérive ? Nous n'en revenons pas de leur intérêt. A croire que tous les chauffeurs de taxis ont été marins dans une autre vie (ce qui est probablement le cas) !
Finalement, l'un d'eux, nous ramène à nos moutons. <Vous voulez faire quoi au juste avec votre panga ?> <Rejoindre la baie de Los Angeles>, lui expliquais-je sans me démonter, consciente que je venais à cet instant de tomber dans la même catégorie que des autostoppeurs qui, à la sortie de Paris, brandissent une pancarte marquée "Tokyo"
Mais mon interlocuteur ne lève même pas un sourcil. Il se gratte la barbichette et revient vers moi en me disant. <Tu vois ce portail ? Tu sors par là et à deux pâtés de maison, tu trouveras un bus qui t'emmènera jusqu'à Ensenada. Je te parie que ton bateau y rentre.> Je ne savais même pas que des bus partent de la frontière ! Muchas gracias, senhor !
Ty Goose calé miraculeusement dans le premier bus...
Photo © Amélie Padioleau
Imaginez maintenant notre annexe, sur ses deux petites roulettes, crapahuter dans les rues de Tijuana, aidée par les mères de famille, les fêtards épuisés, les vendeurs à la sauvette !
Nous trouvons la station de bus sans problème, mais devons nous rendre à l'évidence : Ty Goose est plus long que la soute n'est large. Sous la moue sceptique du chauffeur, le bagagiste se met à essayer toutes les diagonales possibles.
Mark et moi osons à peine regarder l'opération.
Puis nous entendons le chauffeur fermer le coffre, sans même faire claquer l'annexe à l'intérieur. Il nous faut encore quelques secondes pour réaliser la situation.
L'annexe est du voyage ! Nous embrassons presque le bagagiste et grimpons dans le bus, aux anges. Cap sur Ensenada.
D'Ensenada à El Parador
Arrivés à Ensenada, nous sommes au huitième de notre voyage. Un début ! Il nous reste sept heures de bus pour rejoindre El Parador, puis 100 kilomètres entre les montagnes jusqu'à la baie de Los Angeles.
Ce sont maintenant ces derniers kilomètres que nous regardons avec intérêt car, faute de bus, il nous les faudra parcourir en stop, et faire du stop avec un Optimist, pour nous, c'est une première ! Afin de ne pas se retrouver le pouce en l'air, en pleine nuit, sans lune, encerclés par les coyotes, nous optons pour le bus de nuit qui nous déposera à l'aube à El Parador. Nous passons ainsi l'après-midi dans la gare routière.
El Parador au petit matin : peu réveillés, nous cherchons l'embranchement pour Bahia de Los Angeles...
Photo © Amélie Padioleau
Comme au Mexique, tout le monde parle avec tout le monde, les confidences vont bon train : une grand-mère se rend au chevet de sa meilleure amie malade, une jeune femme de 25 ans m'explique pourquoi elle a décidé de quitter son mari, un autre voisin part travailler dans la ville voisine, les yeux plein d'espoir.
Faire du stop avec un Optimist, c'est optimiste... Mais pas inutile ! La preuve en image.
Photo © Amélie Padioleau
Vers 23 heures, c'est enfin notre tour. Mais, à notre grand désarroi, notre bus tant attendu est plein à craquer, sans parler de la soute, noire de sacs. Bien sûr, les chauffeurs écarquillent les yeux à la vue de notre bagage. <Ce n'est pas un bagage, c'est un bateau>, me dit l'un d'eux droit dans les yeux, comme pour s'assurer que je suis au courant.
Vite, ils commencent à faire monter les prix. Il nous faut négocier. Les autres passagers s'impatientent. Enfin, grâce à l'aide du bagagiste, ancien pêcheur de langouste sensibilisé à notre cause, nous convenons d'un bakchich acceptable et en 10 minutes le compartiment à bagages est vidé et réorganisé avec notre annexe dedans. Incroyable ! <Mexican style>, me répond fièrement le bagagiste, avec un clin d'oeil. Nous montons enfin dans le bus, le mât sous le bras, sous le regard tantôt éberlué, tantôt blasé des voyageurs. Par la fenêtre, notre ami pêcheur nous lance des au revoir complices.
D'El Parador à Bahia de Los Angeles
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Avantages et inconvénients d'une annexe Sabot |
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Ce petit bateau valait-il tant d'efforts ? Après quelques semaines d'usage, un petit bilan. Avantages Inconvénients |
Deux heures passent sous le regard intrigué de chiens errants, sans que rien ne passe. Le soleil devenu aveuglant, je me décide alors à explorer les environs quand Mark me crie : <Un pick-up !>
Le camion ralentit et nous découvrons un jeune homme timide au volant, petit avec des traits et des cheveux indiens. Derrière son épaule surgit alors la tête d'un petit garçon de 8 ans, à peine réveillé sous ses couvertures.
<Montez>, nous dit-il. Pas besoin visiblement de discuter pendant des heures. Et le bateau ? <A l'arrière, pas de problème.> Si jamais j'avais su qu'il était si simple de faire du stop avec une annexe, j'aurais pris un 420 !
Nous avançons maintenant à bonne allure au milieu d'une forêt de cactus, certains très allongés et aériens, d'autres massifs et poilus. La lumière matinale est superbe sur les montagnes rouges et Kevin, notre chauffeur nous parle avec passion du match Lucha Libre (le catch national) qui se tiendra ce soir dans sa ville.
Ce petit homme ayant décidé de nous faciliter la vie jusqu'au bout, il nous dépose directement à la plage. Nous lui proposons de lui payer l'essence, il refuse net et nous salue chaleureusement.
Vient alors le grand moment de vérité : nous libérons Ty Goose de ses attaches terrestres et, sous notre regard ému, nous le regardons reprendre vie sous le mouvement des vaguelettes du rivages.
Lancés, avec quelques coups d'aviron au milieu de la baie, Mark et moi nous regardons alors et d'une même voix, nous ne pouvons nous empêcher de convenir : <Mexican style !>
Les premières explorations à bord de Ty Goose : malgré sa faible flottaison, notre Ty Goose nous offre une vraie sensation de liberté et nous pousse à explorer bien davantage...
Photo © Mark Meadows
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Le plan de voilure de Blue Goose, notre Ericson 38.
Photo © D.R.
Blue Goose, notre Ericson 38
Blue Goose, notre Ericson 38, est un sloop en polyester construit en Californie en 1983 par Ericson Yachts et dessiné par Bruce P. King. Il mesure 11,58 mètres de long, 3,65 mètres de large, 1,82 mètre de tirant d'eau, offre 65 mètres de toile.
A Mazatlan, nous l'avons équipé d'une arche supportant deux panneaux solaires, qui nous permettent d'alimenter le frigo, nos ordinateurs et de maintenir nos batteries à flot.
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Mon tour du monde en sténopé
Depuis mon départ de Californie, je développe moi-même mes images prises avec un appareil qui remonte aux origines de la photographie : le sténopé.
Il s'agit d'une simple boîte percée d'un trou, qui reflète l'image à l'intérieur, image que je capture avec du papier sensible. Fascinée par l'onirisme de ces images, je me sers aujourd'hui de mes boîtes pour voyager. Elles m'offrent une autre perspective sur le monde, que ni mon oeil, ni même une lentille ne pourra jamais me rendre. Elles sont pour moi un filtre de vérité. Aussi, à chaque escale, je vous propose de vous en livrer une.
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(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)
19/10/2010 - 07:36
Les îles enchantées, à mi-chemin entre le paradis et l’enfer
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile dans un voilier de 38 pieds, voici maintenant quatre ans. Nous avons quitté Los Angeles avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Nous voilà au fin fond de la mer de Cortez à explorer cet étrange désert montagneux, bordé par quelques sommaires campements de pêcheurs. Et semé d'îles étranges...
22/09/2010 - 00:28
«L’œil du cyclone Rick est passé juste au-dessus de nos têtes !»
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile à bord de Blue Goose, notre Ericson 38, voici maintenant quatre ans. Nous avons quitté Los Angeles avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. En Basse-Californie, et en deux étés successifs, nous nous sommes retrouvés sur la route des cyclones - et notamment de Rick, qui est passé juste au-dessus de notre voilier. Il nous a vite fallu apprendre à faire face...
22/08/2010 - 23:14
L'île d'Espiritu Santo : des fonds paradisiaques, des touristes apeurés et un désert sans pitié
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile dans un voilier de 11,50 mètres. Mark et moi avons quitté Los Angeles (Californie) en mars 2008 à bord de Blue Goose, notre Ericsson 38. Avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Après avoir expérimenté malgré nous la vie - et la survie - dans les marinas mexicaines, nous explorons enfin la mer de Cortez et découvrons l'île d'Espiritu Santo, un paradis ocre et bleu où seuls les cactus font sentinelles...
09/07/2010 - 06:41
Basse-Californie : un trésor perdu, un vent fou et un cata coulé
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile à bord d'un voilier de 11,50 mètres. Mark et moi avons quitté Los Angeles (Californie) en mars 2008 à bord de Blue Goose, notre Ericson 38. Avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Nous commençons à explorer la mer de Cortez. Ses beautés. Ses trésors. Et ses dangers - le coromuel, par exemple.
14/06/2010 - 05:52
La Paz : un fou brun, une baleine noire et une peur bleue
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile à bord d'un voilier de 11,50 mètres. Mark et moi avons quitté Los Angeles (Californie) en mars 2008 à bord de Blue Goose, notre Ericson 38. Avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Après avoir traîné malgré nous dans les marinas mexicaines, nous voici libres et prêts pour l'aventure : cap sur la mer de Cortez et la baie de La Paz !
03/06/2010 - 05:40
De Los Angeles à Mazatlan, 1 000 milles de sauvagerie
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile à bord d’un voilier de 11,50 mètres. Mark et moi avons quitté le port de Los Angeles (Californie) en mars 2008 à bord de Blue Goose, notre Ericson 38. L’idée ? Simple : mettre du Sud dans notre cap, pas plus inquiets que cela, ni sur la destination, ni sur les conditions du voyage. L’important pour nous était d’avoir signé pour l’aventure. Vous embarquez avec nous ?
Vos commentaires
quel plaisir de vous suivre dans vos aventures, merci et continuez!