Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile dans un voilier de 11,50 mètres. Mark et moi avons quitté Los Angeles (Californie) en mars 2008 à bord de Blue Goose, notre Ericsson 38. Avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Après avoir expérimenté malgré nous la vie - et la survie - dans les marinas mexicaines, nous explorons enfin la mer de Cortez et découvrons l'île d'Espiritu Santo, un paradis ocre et bleu où seuls les cactus font sentinelles...
Note :
Vue du bateau, les falaises sont si imposantes que tout paraît noir et rouge. Vue du canyon, la baie se transforme en une piscine paradisiaque.
Photo © Amélie Padioleau
Il y a des paradis verts, des paradis blancs... Nous, nous avons trouvé un paradis ocre et bleu. Il s'agit de l'île d'Espiritu Santo, située à 22 milles à peine au Nord de La Paz. Bien sûr, vous me direz qu'un paradis à proximité d'une grande ville, cela doit être bondé, un vrai cauchemar, la croisette en plein été.
Et bien non. La Méditerranée est très loin. Oubliez les petits villages de pêcheurs, les ports et ses cales en pierre. Rayez aussi de la carte les bars de plage et les jolies filles en bikini. Ici, on est en Basse-Californie. C'est juste de la terre ocre et noire et des cactus. Pas d'Indien, pas de péquin, rien ni personne. Juste un énorme caillou mais sur les strates duquel on pourrait relire l'histoire de l'humanité.
Au paradis du commandant Cousteau
Avec le crabe rouge, nous avons fait la course, lui sur son rocher, moi dans mon annexe. J'ai perdu.
Photo © Amélie Padioleau
Nous étions déjà restés bouche bée lorsqu'à notre arrivée de Mazatlan, quand nous avions escaladé le versant Est de ses falaises et découvert ses baies noires aux eaux turquoises, recouvertes de cactus géants. (Voir le premier article de la série, ici.) Nous étions Indiana Jones à son arrivée dans la salle au trésor. Mais il nous fallait en trouver l'accès... Et nous voilà aujourd'hui à pister ce jardin d'Eden pour plaisanciers.
Nous sommes en train de remonter le versant Ouest d'Espiritu Santo, sous une petite brise de 3 noeuds. Les baies sont larges de plusieurs kilomètres, entièrement sableuses, désertes. Nous essayons de passer le plus près possible de terre. L'eau est aussi claire qu'une eau d'aquarium fraichement renouvelée. D'ailleurs, sous notre coque, il s'agit d'un véritable aquarium !
Ma première photo de baleine ! A force d'en parler, sans apporter de preuve, quelques mauvaises langues avaient commencé à dire que je les rêvais...
Photo © Amélie Padioleau
En passant la tête au-dessus des lignes de vie, raies manta et cubana frôlant le sable s'observent à l'oeil nu. De tranquilles poissons ballons donnent l'impression de ne pas savoir où aller, des poissons cornets filent de droite et de gauche pour ne pas être traqués, d'innombrables étoiles de mer décorent les fonds aux couleurs et textures plus surprenantes les unes que les autres.
Nous passons de baie en baie, toujours curieux de découvrir la suivante, quand nous entendons ce <Puff> qui provoque chez moi ce réflexe de me jeter derrière la roue... Disons que cette grande baleine croisée au milieu de la mer de Cortez m'a un peu traumatisée ! (Voir le deuxième article de la série, ici.) Quoique proche, celle-ci est heureusement de bien plus petite taille, mais il va tout de même falloir que je m'habitue, car avec toutes les espèces de mammifères marins que nous sommes susceptibles de croiser - 36 ont été répertoriés dans la mer de Cortez -, on est ici au paradis du Commandant Cousteau.
Quand la beauté devient violente
El Calendero fait finalement l'unanimité à bord de notre Blue Goose. Outre le fait qu'elle soit déserte, cette baie d'à peine un kilomètre de large et entourée de hautes falaises rouges a une île en son centre.
Nous mouillons dans 5 mètres d'eau, assez loin de la plage - car qui dit turquoise, dit petite profondeur. Une fois l'ancre bien assise, nous prenons un peu mieux la mesure de l'endroit.
C'est si curieux d'atterrir ainsi dans ces lieux si isolés ! La première question que l'on se pose est inévitablement : est-on vraiment seuls ? Le moindre mouvement sur terre nous alerte. Nous scrutons la plage, puis le haut des crêtes. Dans pareil décor de Far west, nous nous attendons à tout moment à voir surgir un indien à son poste d'observation.
Ici, tu es très vivant ou très mort.
Photo © Amélie Padioleau
Il faut dire que j'ai aussi la tête pleine de ce livre de légendes déniché à La Paz, El Molino del vento, qui mentionne la présence d'Indiens au temps des Conquistadors. Ils étaient des nomades, raconte-t-il, vivaient dans des grottes et, chose étrange, déplaçaient les squelettes de leurs morts à chaque changement de campement, rangeant les os par taille. Voilà une manière très concrète de vivre avec ses morts. Mais finalement, est-ce si incongru lorsque l'on vit dans un tel désert, où la vie jouxte la mort en permanence ?
Cette désolation, aussi esthétique soit-elle, a bien un prix. Et c'est sans doute notre plus grande leçon sur cette île. Ici, comme partout en Basse-Californie, la beauté prend source dans une forme de violence. Derrière l'image d'Epinal qui fait vendre magazines et cartes postales, il y a le piquant des cactus, il y a les crânes de chèvres au milieu de la poussière, il y a les roches en dentelles qui s'effritent. C'est un endroit sauvage, sans pitié.
Et entre autres brutalités, il faut compter le Coromuel, ce fameux vent d'Ouest dont je parlais dans mon précédent article. (Article à lire ici.) Tous les mouillages d'Espiritu Santo, à l'exception près de Caleta Partida sont dans sa ligne de mire. Penser à Espiritu Santo, sans penser à la montée possible de ce vent, c'est comme se lancer en mer en espérant qu'il n'y aura pas de vagues. En une heure, une navigation paradisiaque peut tourner au cauchemar : trente noeuds qui s'engouffre dans ces baies, poussant de toutes leurs forces contre le rouge des falaises comme pour passer au travers. Les impressions de paradis ne sont ici que des rêves suspendus. Pourtant c'est sans doute ce qui rend cet endroit si furieusement magnifique.
Cette fois, pas de stupides allers-retours à terre pour notre annexe. Nous partons en exploration !
Photo © Amélie Padioleau
Une visite touristique délicate
Malheureusement, une destination touristique se vend rarement en vantant les caprices et la violence de ses éléments naturels. Séduits par l'image des baies turquoise remplies de cactus, de nombreux touristes décident d'aller toucher d'eux-mêmes cette terre sauvage.
Au coucher du soleil, toutes les falaises virent à l'orange ardent. Un bain de mer sur cette mer étale se transforme alors en un grand moment de paix.
Photo © Amélie Padioleau
Assis dans notre bateau, pendant plusieurs jours nous voyons passer des bateaux à moteur dernier cri, sorte de soucoupes volantes, avec plateforme à l'arrière, fauteuils en cuir et acier inoxydable pimpant et débarquer leurs touristes sur notre petite plage. Blancs sous un soleil de plomb, visiblement citadins pour la majorité d'entre eux, ils se retrouvent seuls au milieu de cette désolation et se mettent alors à hésiter. Que faire ? Où aller ? Heureusement, l'un d'eux commence généralement à prendre les autres en photo devant un cactus et casse le malaise. Puis en 5 minutes, l'affaire se règle et la soucoupe volante repart.
Témoins de telles scènes, nous prenons pleinement conscience de la chance que nous avons de pouvoir toucher à la complexité de ce désert sans nous y confronter. Nous avons le luxe du temps, la possibilité d'explorer ses canyons, de découvrir de menus détails comme la puissance olfactive des seules plantes qui y poussent, de s'émerveiller devant le rouge intense des crabes, les tâches oranges sur certaines étoiles de mer ou la blancheur du plumage des cormorans... Finalement découvrir la délicatesse de ce monde si brute.
Une telle expérience est riche pour nous qui essayons de devenir marins... Car il y a là cette similitude avec la mer qui peut être parfois si brutale et si sauvage, qu'il ne faut jamais perdre de vue sa subtilité, afin d'y répondre avec plus finesse.
En remontant à pied l'un des canyons de la baie, nous sommes ainsi arrivés dans ces cavités, où la terre se transforme étrangement en dentelle. Il s'agit vraisemblablement du fond d'une ancienne cascade.
Photo © Amélie Padioleau
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Informations pratiques
L'archipel d'Espiritu Santo est une réserve protégée qui nécessite un permis. Le pass à la journée coûte 3,20 € ; le permis à l'année 16 € par personne. Il s'acquitte auprès de la CONANP (Comisión Nacional de Áreas Naturales Protegidas), en ville ou auprès des équipes qui circulent en pangas (grande barque à moteur) dans les baies.
Plus d'informations : www. copanp.gob.mex - La Paz : 612 128 4170.
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Deux ouvrages utiles
. Guide (en anglais) : Sea of Cortez, Cruising Guide de Gerry Cunningham.
. Livre de légendes locales : El Molino del vento de Leonardo Reyes Silva.
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Mon tour du monde en sténopé
Depuis mon départ de Californie, je développe moi-même mes images prises avec un appareil qui remonte aux origines de la photographie : le sténopé.
Il s'agit d'une simple boîte percée d'un trou, qui reflète l'image à l'intérieur, image que je capture avec du papier sensible. Fascinée par l'onirisme de ces images, je me sers aujourd'hui de mes boîtes pour voyager. Elles m'offrent une autre perspective sur le monde, que ni mon oeil, ni même une lentille ne pourra jamais me rendre. Elles sont pour moi un filtre de vérité. Aussi, à chaque escale, je vous propose de vous en livrer une.
Dans cette photo prise avec mon sténopé, le soleil est si fort qu'il en a brûlé mon négatif ! (Voyez ces deux traces blanches verticales.) Perfidie désertique !
Photo © Amélie Padioleau
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Le plan de voilure de Blue Goose, notre Ericson 38.
Photo © D.R.
Blue Goose est le nom de notre Ericson 38, un sloop en fibre de verre construit en Californie en 1983 par Ericson Yachts et dessiné par l'architecte Bruce P. King.
C'est un bateau conçu pour la croisière, très manoeuvrable, avec une quille de compétition. Son intérieur est tout en bois, haut de plafond . Il mesure 11,58 m de long, 3,65 m de large, 1,82 m de tirant d'eau et 65 m² de voile.
A Mazatlan, nous l'avons équipé d'une arche supportant deux panneaux solaires, qui nous permet d'alimenter le frigo, nos ordinateurs et maintenir nos batteries à flot.
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(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)
09/07/2010 - 06:41
Basse-Californie : un trésor perdu, un vent fou et un cata coulé
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile à bord d'un voilier de 11,50 mètres. Mark et moi avons quitté Los Angeles (Californie) en mars 2008 à bord de Blue Goose, notre Ericson 38. Avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Nous commençons à explorer la mer de Cortez. Ses beautés. Ses trésors. Et ses dangers - le coromuel, par exemple.
14/06/2010 - 05:52
La Paz : un fou brun, une baleine noire et une peur bleue
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile à bord d'un voilier de 11,50 mètres. Mark et moi avons quitté Los Angeles (Californie) en mars 2008 à bord de Blue Goose, notre Ericson 38. Avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Après avoir traîné malgré nous dans les marinas mexicaines, nous voici libres et prêts pour l'aventure : cap sur la mer de Cortez et la baie de La Paz !
03/06/2010 - 05:40
De Los Angeles à Mazatlan, 1 000 milles de sauvagerie
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile à bord d’un voilier de 11,50 mètres. Mark et moi avons quitté le port de Los Angeles (Californie) en mars 2008 à bord de Blue Goose, notre Ericson 38. L’idée ? Simple : mettre du Sud dans notre cap, pas plus inquiets que cela, ni sur la destination, ni sur les conditions du voyage. L’important pour nous était d’avoir signé pour l’aventure. Vous embarquez avec nous ?