Actualité à la Hune

Du Grand Pavois de La Rochelle aux Antilles

Eric Baray : «Voici ma Martinique nautique»

  • Publié le : 23/09/2013 - 00:01

Les Ilets, sur la côte-au-ventMéconnue, car il est vrai exposée aux alizés, la côte-au-vent mérite une vraie exploration : à l'image d'îlet Oscar, qui fait partie des mouillages des îlets du François, les coins somptueux et préservés n’y manquent pas !Photo @ Marie Dufay La Martinique est l’invitée d’honneur du Grand Pavois qui se tient à partir de mercredi à La Rochelle. L’occasion d’interroger l’un de ses meilleurs ambassadeurs, Eric Baray. Ce skipper nous livre ici les bons plans nautiques de son île. Que vous comptiez louer un catamaran en famille ou profiter de votre escale à l’issue d’une traversée de l’Atlantique, ces «conseils de pro» feront toute la différence !

 

Eric Baray, figure de la MartiniqueEric Baray, skipper réputé, aime «sa» Martinique – et voilà près d’un demi-siècle que ça dure !Photo @ Marie Dufay voilesetvoiliers.com : Eric, tu es une des figures de la Martinique, mais on te connaît moins en métropole. Quel a été ton parcours nautique ?
Eric Baray :
Adolescent, j’ai commencé classiquement par le 420, le Moth, le 470, le FD, puis je suis passé à l’habitable, après avoir essayé aussi le windsurf et le cata. A 18 ans, je naviguais partout dans les Caraïbes, et à 20 ans, j’ai commencé à courir en Europe –Métropole comprise, bien sûr. Après avoir passé mon monitorat voile, j’ai enseigné au Yacht-Club de Schoelcher. Puis des rencontres avec Laurent Bourgnon ou Philippe Poupon m’ont permis de découvrir la course au large, les transats… J’ai participé à nombre de courses antillaises : Triskell Cup, Semaine d’Antigua, Tour de Martinique et des Guadeloupe, Heineken Regatta, Transat des Passionnés… sans oublier le Championnat de France de Course au Large ou le TFV. En 2011, j’ai terminé 11e de la Transat Bénodet-Martinique
– cette année, je suis arrivé hors temps à cause de gros problèmes techniques !

v&v.com : Quels sont tes projets actuellement ?
E.B. : En ce moment, la Route du Rhum et un pôle de formation avec le coureur breton Arnaud Godard. L’idée, c’est de repérer les adolescents martiniquais qui ont un potentiel pour devenir skippers, les préparer à la course sur des Figaro, et les former durant deux ans aux métiers du nautisme, à Camaret. C’est aussi une façon de montrer que la voile, aux Antilles, n’est pas réservée à une seule catégorie de la population.

v&v.com : La Martinique a attiré plus de 40 000 plaisanciers en 2012. Quels sont les atouts de cette destination de croisière si prisée par les Français ?
E.B. :
Je ne parlerai même pas du soleil, de l’eau à 28°C, des paysages sauvages, de l’accueil chaleureux et de toutes les facettes culturelles de notre île ! Je me contenterai de rappeler que la Martinique se situe en plein milieu de l’arc antillais. Au départ du port de plaisance du Marin, on peut rayonner dans toutes les Petites Antilles : Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, la Guadeloupe et son archipel (les Saintes, Marie-Galante, Saint-Barth), la Dominique…

v&v.com : Et nombre de courses qui arrivent aux Antilles passent d'ailleurs par Le Marin…
E.B. : Oui, comme l’ARC par exemple… Ce n’est pas un hasard : c’est la plus grande base de plaisance des Caraïbes ! Son accès est facile, la baie sécurisante, le mouillage bien organisé. Tous les métiers liés au nautisme y sont représentés. Grâce à la performance de nos transporteurs, quand on commande une pièce, on l’a en deux jours, alors que dans d’autres îles, il faut parfois attendre 8-10 jours. En période cyclonique, vous pouvez laisser votre bateau dans cet abri naturel en toute tranquillité (il est reconnu par les assurances), sur les pontons surveillés par des gardiens, hiverné à Carénantilles ou même dans les «trous à cyclone», des anses sur tribord quand on rentre dans la baie, encore plus protégées que le port : vous mettez l’étrave dans la mangrove, passez vos aussières en double, affourchez deux ancres à l’arrière, et le tour est joué. On trouve un autre trou à cyclone dans la baie de Saintpée, au havre du Robert.

Le port de plaisance du MarinLe port de plaisance du Marin : un cadre superbe et protégé des cyclones – et tous les services possibles pour les plaisanciers.Photo @ Marie Dufay v&v.com : La Martinique jouit-elle d’un météo particulière par rapport aux autres îles antillaises ?
E.B. :
L’arc antillais, qui s’étire sur un axe Nord-Sud, bénéficie d’un vent d’Est régulier – les fameux alizés. La navigation s’y effectue donc sans louvoyage ! De fin novembre à mi-juin – période qu’on appelle «carême» –, le temps est beau, l’air tiède et sec, et les alizés réguliers. Ces vents soufflent plus faiblement de juin à décembre, l’air est chaud et humide : c’est la période de «l’hivernage». Les cyclones, eux, peuvent survenir de juin à octobre.
Cela dit, chaque île a un système météo un peu particulier en fonction de son relief et de sa végétation. La Martinique possède un microclimat : sur ses 100 kilomètres de long, on trouve des montagnes au Nord, un relief modéré au centre, et plat au Sud. Au Nord, le temps est donc frais et souvent pluvieux, tempéré au centre et sec dans le Sud. L’un des atouts de notre île, pour les plaisanciers, c’est qu’elle est plutôt épargnée par les cyclones, en comparaison avec les îles voisines.

v&v.com : Le long des 350 kilomètres de côtes martiniquaises, où se cachent tes mouillages préférés ?
E.B. : Il faut prendre le temps d’explorer la côte-au-vent (côte Atlantique) – quand le temps le permet, car les nombreux récifs rendent la navigation délicate. Les plages sont de toute beauté, offrant un sable volcanique noir ou au contraire très blanc. On y trouve des mouillages tranquilles, même en haute saison. J’aime particulièrement la baie du Trésor (aujourd’hui Réserve naturelle marine), au cadre fantastique et très calme. Il y a aussi le superbe mouillage de Cap Chevalier, près de la baie des Anglais, réservé aux petits tirants d’eau… mais fréquenté le week-end. Et bien entendu, les havres du Robert et du François, vastes lagons très abrités où l’on rencontre encore des pêcheurs travaillant sur des embarcations à voile, des îlets sauvages (le mouillage sous l’îlet Madame est réputé, celui sous la petite île déserte du Loup-Garou n’est praticable que par temps calme) et des «fonds blancs» sur lesquels on sirote un punch en fin de journée !
Côté mer des Caraïbes, sur la côte sous-le-vent, il ne faut pas manquer la baie du Lamentin, la rade de Fort-de-France (le centre-ville est à portée d’annexe), Sainte-Anne (toujours un peu encombré, mais très beau), et Grande-Anse, prisée car paisible, avec une eau très propre où l’on passe des heures à nager au milieu des poissons. J’adore les anses d’Arlet (désormais équipées de bouées), où les bateaux au mouillage sont moins nombreux qu’à Grande Anse. Au Nord, on mouille forcément devant la ville de Saint-Pierre, superbe baie ouverte surmontée de la Montagne Pelée…


 

Le carnet d’adresses nautiques d’Eric Baray

> Vous devez changer votre gréement ou réparer votre GPS ?
Je vous recommande Caraïbes Gréement (05.96.74.80.33 ou 06.96.74.80.33, www.caraibe-greement.fr, boulevard Allègre, port du Marin) : une adresse incontournable ! Equipe hyper compétente et sympathique, et garantie après travaux. Au sein de Caraïbes Gréement, le département Caraïbes Electronique fait un excellent travail : appelez Erwann, responsable de l’atelier (06.96.41.56.42) qui vous mettra en relation avec eux.

> Vous cherchez un shipchandler ?
- Là encore, je conseille Caraïbes Gréement (voir coordonnées ci-dessus), qui propose un choix de marques très complet avec de nombreuses pièces en stock – et de bons conseils en prime.
- Sur la zone de Carénage, il y a Carène Shop (05.96.74.74.80, carene.shop@wanadoo.fr), shipchandler de seconde main, à l’étage de Carénantilles.
- Si on est à Fort-de-France, et qu’on ne peut pas faire les trois-quatre heures de navigation jusqu’au Marin, Sea Service (05.96.70.26.69, 109 rue Ernest Deproge, seaservice972@orange.fr) est un autre bon ship que je recommande.

> Vous devez faire recoudre une voile ?
- Sud Voilerie-North Sails (05.96.58.24.69, www.sud-voilerie-martinique.fr, Bassin Tortue, Port du Marin) propose vente, réparation, sellerie et un SAV sans fautes. Vous m’y croiserez souvent !
- Dans le Sud de l’île, au François, Vogue et Voile (3 rue Elphege Melan, 08.99.86.45.31) est une petite structure qui travaille vite et bien, à petit prix.
- A Fort-de-France, vous pouvez appeler Manu Voiles (05.96.79.22.21, rue de Kerlys, ZA 2), jeune voilerie dynamique au bon rapport qualité/prix.

> Vous avez besoin d’un mécano ?
Excellent motoriste-mécanicien, Alex propose un service itinérant et peut aussi dépanner votre frigo (06.96.91.58.31). Le spécialiste des moteurs Volvo en Martinique, c’est Inboard Diesel (05.96.78.71.96 ou 06.96.78.80.75) situé à Case-Pilote, mais qui se déplace si besoin.

Spécialités créolesParmi les plaisirs antillais, la cuisine, bien sûr ! Eric vous donne ici quelques bonnes petites adresses - profitez-en !Photo @ Marie Dufay > Vous recherchez un restau’ de voileux à deux pas de votre mouillage ?
- C’est à Grande-Anse que vous le trouverez. «Le P’ti Bateau» (06.96.23.08.74 ou 05.96.65.50.19, 108 avenue Robert Deloy, Les Anses d'Arlet) est tenu par Marianne Louis, une amoureuse de la mer, qui se plie en quatre pour ses hôtes ! Attablés à même la plage, on y mange une bonne cuisine créole à base de produits frais (ne manquez pas son poisson-volant grillé et les marinades), mais aussi des crêpes, des pizzas... Il y a le wifi, des orchestres locaux viennent souvent se produire, et on peut même y faire sa clearance ! Fait aussi bar.
- A Sainte-Anne, toujours dans le Sud de la Martinique, il y a aussi «La Dunette» (05.96.76.73.90), un petit restaurant dans un cadre magnifique, les pieds dans l’eau, avec un quai où l’on accoste en annexe, et qui fait aussi hôtel.

> Vous voulez siroter un rhum vieux près de la plage ?
Je conseille «Le Zanzibar» (05.96.74.08.46, 11 boulevard Allègre, Le Marin), dans une grande maison jaune à la déco très sympa. Chouette ambiance, un peu lounge, un peu voileuse, et bonne musique à tous les coups. C’est aussi un excellent restaurant.

> Envie d’une baguette en arrivant au port du Marin ?
Direction la boulangerie Baker (05.96.74.90.84 ; 20 rue Emile Zola), tout près des pontons. On y trouve bien sûr des pâtisseries créoles.

AvitaillementL"avitaillement est un des moments-clés d'une location réussie. En Martinique, certaines sociétés vous proposent de s'en occuper.Photo @ Marie Dufay > Vous souhaitez faire livrer votre avitaillement à bord ?
Si vous n’avez pas le temps de faire les courses avant d’appareiller, faites appel à Appro Zagaya (05.96.74.39.75 ou 06.96.07.16.29 ; www.appro-zagaya.fr). Cathy et son équipe conditionnent et livrent rapidement petits-déjeuners complets, épicerie et conserves, produits frais, surgelés, boissons… Et le paiement en ligne est possible.

> Vous avez envie de lâcher votre voilier pour goûter à d’autres plaisirs nautiques ?
- Partez donc découvrir la mangrove en kayak ! Avec Caraïbe Coast Kayak (05.96.90.95.74 ou 06.96.90.95.74, anse Michel, Sainte-Anne), vous passez une journée de rêve sur les «fonds blancs» autour du Cap Chevalier en compagnie de Roger, qui vous prépare un barbecue ou une langouste grillée sur la plage, dans une douce ambiance créole.
- Si c’est la pêche au gros qui vous tente, la référence absolue sur l’île, c’est Yves Pelisson (05.96.76.24.20 ou 06.96.28.80.58, port du Marin), installé à l’entrée du ponton principal du port de plaisance. Pour ceux qui n’ont pas réussi à ramener thon ou daurade durant leur traversée de l’Atlantique, c’est l’occasion de se rattraper !

Initiation à la pratique de la yolePas facile, de maîtriser une yole ronde, mais grisant – et ce plaisir vous est accessible !Photo @ Marie Dufay > Vous aimez les voiliers traditionnels ?
Ne manquez pas le Tour de Martinique des yoles rondes (voir notre actu ici) qui se déroule ici chaque année fin juillet. C’est l’événement sportif le plus couru et le plus festif de l’île !
- Au François, Mecque de la yole martiniquaise, vous pouvez appeler Joseph Arvigne (06.96.45.98.81), dit «Jojo», qui fabrique des maquettes de yoles.
- Au Marin, Maryse Lamon, première femme à être devenue équipière sur les yoles, vous emmène en balade sur une yole ronde traditionnelle avec Alizés Yole (06.96.73.75.05, alizeyole@hotmail.fr).
- A Fort-de-France, Patrick Petito (06.96.25.55.30), président de l’association Gommier et Tradition, organise des sorties en gommier, mais également des stages de navigation. Vous pouvez même le voir fabriquer ses embarcations.
- Et partout sur notre île, en cheminant sur la plage, de l’anse Dufour à Tartane, en passant par Sainte-Luce ou Petite-Anse, vous rencontrerez des pêcheurs qui fabriquent ou ramendent leurs filets.

 

………
Dans notre numéro de septembre (VV 511), ainsi que dans le supplément de 16 pages édité par Voiles et Voiliers à l’occasion du Grand Pavois – et disponible sur le Salon –, retrouvez Eric Baray et bien d’autres informations sur le nautisme en Martinique.

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