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J’ai navigué dans l’eau de là

La Louise au Groenland (1) : à pied d’œuvre

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  • Publié le : 13/07/2013 - 00:01

Cache-cacheLa Louise joue à cache-cache dans les icebergs. Sa goélette de 19 mètres et 40 tonnes, co-signée Nigel Irens, Thierry Dubois l’a imaginée, conçue et construite en bois moulé-époxy dans un hangar du Morbihan – six années d’un labeur de folie ! (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir)Photo @ Hervé Hillard Un pays, un bateau et un skipper fabuleux. Trop beau pour être vrai ? Même pas. Naviguer au Groenland à bord de La Louise, la goélette construite et menée par Thierry Dubois, c’est surnaturel. Dans le halo blanc bleuté du pays vert, les sens retrouvent leur sens… La preuve en cinq courts articles. Voici le premier.


Groenland, le «Pays vert»Même si les premiers explorateurs norvégiens ont forcé le trait pour convaincre leurs semblables de les rejoindre au «Pays Vert» (Greenland), il est vrai que le Groenland mérite – au moins le long de ses côtes, l’été – cette appellation, comme ici à Savernêk, au Nord d’Ilulissat.Photo @ Hervé Hillard

A pied d’œuvre

Les deux pieds nus dans le torrent glaciaire qui fait bruisser les galets de la plage, je remplis ma bouteille, qui se couvre de buée givrée. L’eau doit avoisiner les 5°C. Elle saisit la gorge – il faut la boire à petites gorgées. Quelques mètres plus loin, la rivière écumante se fond dans la mer de Baffin, aujourd’hui paisible – mais guère plus chaude. Des icebergs sont venus terminer leur course au fond de la baie, certains de la taille d’honnêtes pavillons de banlieue, tandis que des dizaines de petits blocs gelés parsèment la laisse de haute mer. L’air est vif, tantôt parcouru de courants froids, parfois plus doux quand il tombe des hauteurs couvertes d’une épaisse garrigue qui sent le miel. Il est midi, le soleil ricoche sur la mer, le torrent, la glace – une étincelante journée d’été par 69° Nord.

Voilà près de quatre heures que nous avons quitté La Louise, mouillée à Fortune Bay, au Sud de l’île Disko, côte Ouest du Groenland. Notre randonnée doit nous mener jusqu’au petit port de Qeqertarssuaq, que la goélette de Thierry Dubois ralliera de son côté.

Le décor est planté : un pays fabuleux – au sens premier du terme –, une goélette en bois moulé-époxy de 19 mètres, un skipper qui l’a construite de ses mains après avoir écumé les océans en Mini, puis en 60 pieds Open, le plus souvent pour Amnesty International. Avouez que le cocktail sort de l’ordinaire.

Voilà La Louise qui passe au pied des hauteurs vert-de-gris où nous bivouaquons à même le rocher. Lancée en 2012, la goélette a réclamé à Thierry six années d’un travail de folie dans un hangar de Locoal-Mendon, Morbihan… Coque ocre jaune, bout-dehors relevé, deux mâts inclinés vers l’arrière, un cockpit semi-fermé qui se transforme à volonté en cocon protecteur ou en terrasse, elle slalome doucement entre les icebergs posés sur leur reflet. A la fois moderne et classique, le plan Nigel Irens s’inspire des goélettes nord-américaines qui allaient traquer la morue à Terre-Neuve.

«La goélette, c’est mon gréement préféré, explique «Boidu». Esthétique et pratique. Idéal pour des expéditions dans le Grand Nord. La voilure est divisée, et je peux utiliser le pic de la misaine comme mât de charge. Il tombe pile au milieu du bateau – impeccable pour hisser ou débarquer des choses lourdes, du fret ou l’annexe avec son moteur !»

La Louise glisse vers le Sud-Est, disparaît. A pied, nous continuons vers Qeqertarssuaq, longeant parfois le trait de côte à la faveur de grèves caillouteuses. Le marnage atteignant deux mètres, nous ramassons régulièrement des glaçons échoués, de la taille d’un œuf, prisonniers de leur nid de galets. Une eau gelée voici plusieurs siècles pour étancher notre soif – le Groenland n’a décidément rien d’un lieu commun.

(à suivre…)

EnvolIci, les pétrels fulmars décollent avec la légèreté d’une danseuse étoile. Photo @ Hervé Hillard
………..
Les cinq articles

> La Louise au Groenland (1) : à pied d’œuvre
> La Louise au Groenland (2) : à main levée (à venir)
> La Louise au Groenland (3) : tout ouïe (à venir)
> La Louise au Groenland (4) : à vue d’œil (à venir)
> La Louise au Groenland (5) : à pleines dents (+ diaporama final, à venir)

Au mouillage à TaserssuaqLes côtes découpées du Groenland regorgent de baie, de criques, de dédales rocheux – et c’est un bonheur de s’y perdre, comme ici à Taserssuaq, au Nord d’Ilulissat. Photo @ Hervé Hillard
La Louise : des chiffres et des lettres

> Longueur : 19 m (63’)
> Largeur : 4,80 m
> Tirant d’eau : 2,15-3,50 m
> Voilure : 220 m2 (GV full batten, misaine aurique non bômée, trinquette bômée, foc sur emmagasineur)
> Déplacement : 40 t à vide (45 en charge)
> Moteur : John Deere 235 ch
> Gasoil : 2 000 l
> Eau : 800 l + 2 dessalinisateurs
> 8 couchettes simples
> Site Internet : www.lalouise.fr

Thierry Dubois, du tour du monde au toit du mondeA 46 ans, et après avoir plusieurs fois fait le tour du monde en course, via le Grand Sud, Thierry Dubois goûte à la vie dont il avait rêvé : mener un voilier de travail – son propre bateau – dans le Grand Nord.Photo @ Hervé Hillard
Thierry Dubois en six dates-clés

> 24 février 1967 : naissance à Saint-Germain-en-Laye (Région parisienne).
> Années 80-90 : ouvrier en construction navale, puis préparateur et équipier sur le trimaran Haute-Normandie de Paul Vatine.
> Novembre 1993 : vainqueur de la Mini-Transat avec Amnesty International.
> Novembre 1996 : départ du Vendée Globe avec Pour Amnesty International, plan Joubert-Nivelt. Thierry chavire et fait naufrage dans l’Indien.
> 2000-2001 : Vendée Globe avec Solidaires, son nouveau 60 pieds Open, plan Nivelt. Escale en Nouvelle-Zélande (problèmes électriques). Thierry termine hors course en 105 jours.
> 2003-2003 : 2e d’Around Alone avec Solidaires derrière Bernard Stamm (Bobst Group-Armor Lux).

SolitudeC’est une maison rouge, accrochée à la colline. On y vient à pied… si on est courageux – et plus certainement en bateau : sur la côte Sud-Ouest de l’île Disko, Fortune Bay est isolée des ports alentours. Pas de route, pas de piste.Photo @ Hervé Hillard
L'histoire de Thierry et de La Louise
> Vous pouvez lire l’interview (en deux parties) de «Boidu» sur notre site ici et

Palais des glacesTurquoise, ciel, marine, azur, menthe : le bleu roi illumine les glaces du Groenland.Photo @ Hervé Hillard
Le Groenland en quelques mots
> Grønland en danois («Terre verte»), Kalaallit Nunaat en groenlandais («Notre terre»).
> «Pays constitutif» du Danemark depuis 1988. Capitale : Nuuk
> 56 400 habitants (essentiellement Inuits) pour 2 166 000 km2 (soit la plus faible densité au monde).
> L’île est recouverte à 90 % par une calotte glaciaire, l’inlandsis, épaisse de près de 3 kilomètres au centre.
> Anorak (annuraaq, vêtement), igloo (iglu, maison ou abri) et kayak (qajaq) sont des mots d'origine inuit.

Vue imprenableVue imprenable sur la mer et les icebergs pour cette modeste habitation de Savernêk, au Nord d’Ilulissat. Photo @ Hervé Hillard

Le Groenland : cartes généralesRallier le Groenland ne peut se faire qu’en bateau (mais c’est loin !) ou en avion (via Copenhague et Kangerlussuaq). Ce «pays constitutif» du Danemark est aussi l’une des plus grandes îles du monde, avec plus de 2 millions de km2.Photo @ Google Earth


Le Groenland : la baie de DiskoEntre 69 et 70°Nord, la baie de Disko est un des sites privilégiés du Groenland : glaciers gigantesques, ports traditionnels, archipels et îles sauvages, faune et flore y attirent les voyageurs.Photo @ Google Earth
 

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