Actualité à la Hune

L’Atlantique et le Pacifique à tire d’ailes (4)

50 000 milles en cinq ans, ça en fait des souvenirs !

  • Publié le : 06/04/2011 - 00:03

Temps calme, mer belle... pour commencer Temps calme, mer belle : le départ a été plutôt tranquille... Pourtant, le golfe de Gascogne s'est rapidement révélé corsé ! (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir). Photo © D.R. (Matin Bleu) Construire nous-mêmes une goélette atypique - Matin Bleu, 14,80 mètres de long, gréé avec des ailes - nous a certes pris plusieurs années et correspond en soi à un sacré défi... Mais nous vous avons déjà expliqué tout ça et, pour nous, c'est surtout la suite de l'aventure qui a été marquante. Car nous nous sommes ensuite lancés avec nos deux enfants, Mélanie et Nikita, dans une croisière Atlantique et Pacifique de cinq ans. Le temps de parcourir plus de 50 000 milles, de faire des dizaines d'escales et de merveilleuses rencontres... C'est ce que nous voulons vous raconter aujourd'hui.

Golfe de Gascogne
5 au 7 mai 2005
Départ fracassant
Par Maryline

Guy et moi nous relayons pour barrer, essayant d'esquiver la vague trois-quarts arrière qui frappe la coque et finit sa course dans le cockpit. La météo n'est pas vraiment bonne, mais nous pensions que cela irait, jusqu'à ce que le pilote automatique se mette en panne, après quelques heures de marche... Nous n'avons manifestement pas encore bien intégré la taille de Matin Bleu - nous ne l'avons mis à l'eau qu'en août dernier - et avons sous-estimé la puissance dudit pilote.

Baptême salé Un Gascogne pêchu... Jamais plus ! Photo © D.R. (Matin Bleu) Les enfants sont à l'abri dans le carré et observent avec étonnement ces murs d'eau qui gonflent derrière notre goélette et menacent de la rattraper.
Pour nous économiser à la barre, nous avons coupé court et traversons en diagonal le plateau continental, là où les vagues enflent et se brisent, se riant des bateaux suffisamment téméraires pour s'aller mesurer à cette mer prise de folie. Un porte-conteneurs nous croise et, à le voir se faire balloter par la houle, je n'ose imaginer l'allure de notre voilier dans ces terribles vagues croisées...

La nuit a laissé sa place à un matin gris et blême. Cela fait plusieurs heures que nous luttons. J'ai froid, je suis fatiguée, j'en ai marre, je redoute que la situation se détériore. Je ne connais pas ce coin, mais ai trop entendu d'histoires terribles sur le Golfe de Gascogne... Et je suis persuadée que ce sera encore pire à la Corogne, port que nous avons décidé de rallier.
Je regarde mes enfants allongés sur la banquette du carré et réalise notre totale inconscience... Les emmener sur quelques planches de bois que nous avons assemblées nous-mêmes ! Mais pour qui nous prenons-nous pour mettre ainsi la vie de nos enfants en péril ?! Et si nous nous étions plantés dans les calculs et dans les préparations ?! Je jure, je jure que si nous arrivons sains et saufs au prochain port je prends mes enfants et retourne à terre ! Fini. Plus jamais !

Choix ambitieux Notre traversée du Golfe de Gascogne s'est avérée d'un genre plutôt atypique... Photo © D.R. Le ciel se découvre, la pluie cesse, la mer s'ordonne, le vent faiblit légèrement puis le soleil perce timidement. La houle se fait moins grosse, je descends me changer, je prépare un plat chaud. Les enfants ont retrouvé le sourire. Le voilier se fait moins secouer. On tourne la pointe, on quitte la zone mouvementée. Le soleil apparaît franchement et on libère le ris pour terminer avec juste le vent qu'il faut. On regrette presque de s'arrêter... On irait jusqu'au bout du monde, avec nos quelques planches !

Nous avons passé trop d'années à terre, à penser au moment où enfin nous pourrions de nouveau sentir l'eau sous la coque, voir les milles défiler, perdre de vue les côte et ne plus vivre que du ciel et de l'océan ! Difficile d'expliquer ce besoin d'être au milieu de nul part. Loin de la famille et des amis, en dépit du pincement au coeur que l'on éprouve à l'égard de ceux qui restent sur la terre ferme. Mais quel bonheur que de se retrouver seuls dans cette immensité, relier à l'essentiel, l'univers.


Matin Bleu : les escales de l'article 4 En cinq années de croisière dans l'Atlantique et le Pacifique, nous en avons accumulés, des souvenirs... Voici ceux qui nous les plus marqués. (Cliquez sur la carte pour l'agrandir.) Photo © D.R. (Matin Bleu / Voiles et Voiliers) Playa Francesca, Graciosa
- îles Canaries

Automne 2005
Les arroseurs arrosés
Par Guy

Lors de notre précédent départ, en 1990, avec notre voilier Aliénor, les Canaries furent notre première escale vraiment dépaysante : être en T-shirt en plein mois de janvier, se la couler douce alors que les copains en France sont en train de travailler dans le froid, se retrouver avec des gens qui, comme nous, ont osé larguer les amarres, profiter de la beauté du petit port presque vide de Puerto Mogan de Gran Canaria, découvrir une autre langue et un autre façon de vivre, enfin, prendre le temps de voir grossir le ventre de Maryline qui accueillait un invité surprise...

Quinze ans plus tard, c'est une terrible désillusion quand nous apprenons que Puerto Mogan est depuis devenu un port à la mode, où il faut réserver pour espérer une place. Beaucoup de mouillages tranquilles sont également devenus des marinas... Nous étudions la carte et nous décidons pour la Graciosa, une petite île sans infrastructure, avec un mouillage mal protégé par vent de Sud et un petit port peu équipé... Parfait pour nous : cette île ne devrait pas être trop envahie.

Arrivés au petit matin, nous découvrons hélas que nous ne sommes pas les seuls à avoir fait ce choix et jetons l'ancre avec réticence. Notre côté "Robinson Crusoé" s'accommode mal de devoir partager une île déserte, en réalité si convoitée...

Et pourtant ! Nous ne tardons guère à apprécier cet endroit si particulier ! Beaucoup de plaisanciers débutent à peine leur voyage et ce mouillage de la playa Francesca est le premier qui corresponde à leurs attentes ! Alors, ils sont disponibles, avides de réponses à leurs questions sur la vie en bateau qu'ils découvrent à peine, mais aussi de réponses sur le Pacifique, les plus beaux endroits à visiter, les pannes à prévoir, la faisabilité d'emmener les enfants dans ce type de voyage...

Graciosa nous a offert tant d'après-midis de jeux sur la plage avec des enfants de tous âges, de promenades sur les chemins de sable, de soirées apéro et de discussions prolongées tard dans la nuit ! Nous sommes restés ici pendant deux mois. Deux mois de rencontres, d'échanges, d'amitiés naissantes... Avant le grand saut vers l'inconnu - la traversée de l'Atlantique -, ce fut un moment d'une rare intensité !

Je ne suis pas une Poopa Aux Gambiers, Mélanie a travaillé avec sa maman d'"adoption" au détroquage des huîtres perlières. Photo © D.R. (Matin Bleu) Les Gambiers, Mangareva
Mars 2006
Je ne suis pas une Poopa*
Par Mélanie

C'est mon dernier jour à la ferme perlière. C'est Aé, ma maman Fa'a'amu**, qui a voulu me faire découvrir son travail et j'ai aimé partager ces moments avec elle. J'ai aimé ce sentiment de faire partie d'une équipe, d'être acceptée comme l'une d'entre ces femmes, et de ne plus être une petite Poopa qui vient faire du tourisme au fin fond du Pacifique.

Même s'il faut se lever avant le jour... Mais une fois à terre, à boire le café avec les collègues, chez Aé, en parlant doucement pour ne pas éveiller les enfants, je ne sens plus la fatigue.

Sur le chemin du village, d'autres femmes nous rejoignent. On achète des croissants chez le Chinois, puis le camion de la ferme vient nous prendre devant le magasin. On monte dans la benne ouverte et s'assoit sur les bancs en bois.

On arrive de l'autre côté de l'île avec le soleil. Le bateau nous attend là, pour nous mener sur la ferme, ancrée au milieu de la baie et la journée de travail commence. J'aide Aé au détroquage*** des huitres perlières. Avant d'offrir leurs perles, les huitres réclament beaucoup d'attention. Les plongeurs nous ramènent les nasses sur la plateforme et nous trions, nettoyons et préparons les mollusques pour la greffe. Au soleil et en plein vent, les conditions de travail sont dures et le rythme est soutenu. Mais l'ambiance est joyeuse et amicale... Même si ce boulot est crevant, j'aimerais vraiment continuer. Je suis triste à l'idée de ne plus venir.

* <Poopa> désigne les étrangers.
** <Fa'a'amu> désigne une adoption sans perte de lien avec la famille d'origine.
*** Le détroquage est l'opération qui permet de détacher les jeunes huîtres du collecteur.


Taiohae Nuka Hiva Nous ne devions pas rester longtemps, ici, aux Marquises, mais cela traîne... Jusqu'à ce qu'une incroyable aventure nous offre une rencontre surprise. Photo © D.R. (Matin Bleu) Taiohae Nuka Hiva - Marquises
Juin 2007
Mayday
Par Maryline

Notre escale à Nuka Hiva dure depuis plusieurs semaines, alors que nous ne devions pas rester longtemps... Mais d'une rencontre à l'autre, notre départ a été remis. Et un matin, Anne, la responsable du Yacht Service me demande de faire le relai BLU avec un navigateur en difficulté. Il n'est plus manoeuvrant, à cause d'un problème de safran, et demande à être aidé pour entrer dans la baie.

Matin Bleu Monocoque de 14,80 m gréé avec deux ailes, le voilier Matin Bleu imaginé par Erik Lerouge et Guy pour la grande croisière paraissait jusqu'ici totalement saugrenu... Et si la récente actualité de la course changeait la donne ? Photo © D.R. (Matin Bleu / Voiles et Voiliers) J'établis donc la liaison radio avec ce Philippe. Il semble connaître son affaire. Je lui annonce qu'un bateau va venir l'aider. Mais le lendemain, le temps est devenu épouvantable : 30 à 40 noeuds. L'opération se complique. Anne et son ami Moetaï étant occupés, je me rends à la gendarmerie où l'on me dit ne pouvoir rien faire, si ce n'est transmettre l'information à Tahiti (qui se trouve à plusieurs jours de mer).

Mon insistance devant l'urgence de la situation n'y fait rien et je retourne voir Moetaï. Avec des amis, ils prennent la mer sur un bateau moteur. La houle est très formée... Vers 13 heures, un dernier contact avec Philippe m'inquiète : il se trouve vers le cap Martin et le vent et la houle le poussent sur les cailloux.

Ouf ! Trois heures plus tard, je vois tout le monde rentrer dans la baie ! Et... Quelle surprise ! Philippe n'est autre qu'un ami des Antilles que nous avions perdu de vue depuis quelques années ! <Guy ! Maryline ! J'ai bien pensé à vous, mais cela paraissait tellement incroyable !> Quelles retrouvailles !

Avec tous ceux qui l'ont aidé, nous fêtons plusieurs soirs de suite cette incroyable aventure... Et avons encore bien du mal à lever l'ancre.
Kaveu La chasse aux kaveu n'est pas si facile... Il faut savoir déloger ces crabes, sans se faire pincer ! Mais ensuite, quel régal ! Photo © D.R. (Matin Bleu)
Village Tearaveo, Kauehi - Tuamotu
Juillet 2007
Haro sur le kaveu !
Par Nikita

<Ça doit être Sauvage !>, s'écrient mes parents lorsque hier, un nouveau bateau est apparu au mouillage. Cela fait des années que mes parents n'ont pas vu ces amis, rencontrés aux Antilles... Alors que je n'étais même pas né.

Mais pour une fois, il y a des enfants ! Dont un garçon, plus vieux que moi, mais sympa ! Nous rejoignons mes copains au village et ils nous amènent à la chasse aux kaveu, les crabes de cocotiers. Dans ce domaine, ce sont les meilleurs de l'île ! En route !

Entre deux blagues, Tehanui nous prévient : <Faites gaffe ! Ils sont rusés et leurs pinces sont mortelles !> L'aéroport dépassé, nous arrivons sur la zone de chasse. Silence.

Nous cherchons les trous où les kaveu se cachent, dans les amas de cailloux recouverts de végétation dense... Pas facile. A midi, nous affichons un air penaud : nous sommes bredouilles. Pas la moindre trace ne serait-ce que d'un petit crabe.

Après déjeuner, l'équipe se remet au travail... De mon côté, je désespère un peu et m'attèle à la construction d'une cabane quand le cri de Michel nous alerte. Nous accourons. Michel est fou de joie en nous montrant le terrier du kaveu.

Une bataille acharnée s'engage entre le crabe et les grands chasseurs. On l'enfume avec des débris de palmes, on lui arrache les pattes en essayant de le tirer hors de sa cachette, on creuse pour agrandir son trou, morts de trouille à l'idée de se faire pincer... On finit par le récupérer... un peu en morceaux... mais encore vivant !

Le lendemain, les pères ayant eu vent du "succès" de la chasse de leur fils nous apportent des crabes. L'occasion de boire un café en regardant le village depuis le cockpit du voilier.


Rencontre Les baleines, que nous n'avions jamais croisées jusqu'ici, nous ont offert un ballet fabuleux, à la fois poétique et mystique... Photo © D.R. (Matin Bleu) Au large de Samoa
2009
La prophétie des baleines
Par Guy

Plus de 80 000 milles parcourus, dont la plus grande partie dans le Pacifique, et pas une seule baleine de vue. Sujet de discussion tabou, particulièrement lorsque certains de mes amis qui font des charters "Découverte des baleines" m'en parlent comme si je connaissais...

Et enfin, il y a cet après-midi, au large de Samoa, où Niki qui se lave dans la jupe s'écrie : <Là ! Une baleine !> Je lève le nez de mon livre et... Bien entendu, je ne vois rien, pas le début d'un petit bout de baleine. Je suis déjà retourné à ma lecture quand Niki s'égosille à nouveau. Maryline et Mélanie se ruent sur le pont. Et là, soudain, froissant la douceur de cette mer calme, deux dos, à une cinquantaine de mètres du voilier. Deux baleines.

Venez ! Venez ! "Venez !", semblent nous dire les baleines qui voudraient nous éloigner du mauvais coup de vent. Photo © D.R. (Matin Bleu) Elles se rapprochent presque à toucher la jupe. Elles plongent, réapparaissent et nous ne nous lassons pas d'observer leur jeu.

Puis elles s'étendent à fleur d'eau, passent sous la coque, reviennent à l'arrière.

Enfin, elles commencent à sauter, se dressent sur leurs queues, se retournent sur le dos. Nous sommes sous le charme de cette danse cabalistique...

Elles s'éloignent alors, prenant la direction de Samoa, sautent, reviennent et recommencent leur ballet, inlassablement, pendant plus d'une heure... On croirait qu'elles nous demandent de les suivre ! Et comme nous ne modifions pas notre route, elles reviennent encore nous dire : <Venez ! Mais, venez !>

Elles finiront pas s'éloigner définitivement, se tournant vers nous une dernière fois... Alors que le vent forcit et que la mer se fait plus forte. Pendant trois jours, nous gardons le même cap et subissons le mauvais temps... Intriguant. Les baleines sont-elles venues pour nous avertir ? Venues pour nous montrer une route nous permettant de nous mettre à l'abri ?

Vivre sur un voilier avec des ados

Ce voyage n'a pas simplement été un voyage de découverte. Il a été notre vie de famille, avec nos enfants, dont Mélanie, adolescente. Alors, les questions qui se sont posées ont été multiples. Comment apprendre l'autonomie à ses enfants, le quotidien sur un bateau imposant une vie en osmose, dans un espace limité ? Quelle est la meilleure solution pour que les enfants suivent une scolarité qui n'handicape pas leur future intégration dans le monde adulte ? Tout en leur laissant suffisamment de temps pour profiter du voyage ? Comment supporter les séparations inhérentes aux départs successifs ? Comment anticiper le retour à terre de manière à ce qu'aucun membre de la famille ne se sente lésé ?

Il n'y a pas de réponse type. Sur un voyage limité dans le temps, il est possible de négocier un compromis avant le départ. Dans un projet sans date de retour, il est plus difficile d'intégrer cette évidence, qui échappe pourtant souvent aux parents : les enfants grandissent, même en mer.

Retour à terre On l'oublie facilement, mais en mer aussi les enfants grandissent... Et, un beau matin, l'évidence se fait : il faut rentrer, retourner à terre, pour qu'ils continuent là leur vie d'adultes. Photo © D.R. (Matin Bleu) Pour notre part, nous avons privilégié le voyage et la découverte, tant que les enfants étaient partants, quoique nous ayons opté pour les options qui leur étaient les mieux adaptées. Nous avons oublié les mouillages déserts et les îles perdues... Au profit des marinas pour lesquelles nous avons prévu un budget conséquent, quitte à perdre un peu de la dimension idyllique de notre croisière. Si ce n'était pas pour l'école, c'était pour leurs copains...

Et puis il y a eu ce matin, où nous nous sommes retrouvés, avec quelques valises, dans un coin perdu de France, parce que <même s'ils ne sont pas nés ici, ils se sentent Français> et qu'il était temps de les aider à se lancer dans leur vie d'adulte en devenir... Une autre aventure, tout aussi passionnante !


Ilas Pinos, Sans Blas
Mai 2006
Marcos
Par Maryline

Il y a quinze ans, alors que nous naviguions encore avec Aliénor, Pinos avait été une étape marquante de notre voyage, car elle avait été notre première vraie rencontre avec une autre faconde vivre, hors du système monétaire, bien que ni le manque ni la pauvreté ne se fassent sentir. Les habitants de Pinos ne voyaient que rarement des voiliers, les Américains visitant de préférence les îles proches de Porvenir, et nous avions été accueillis avec simplicité, gentillesse et générosité. Les enfants nous avaient particulièrement surpris par leur imagination, leur calme et leur plaisir manifeste à partager un moment avec nous...

Aussi nous sommes-nous souvent demandés par la suite, comment la vie avait-elle pu évoluer dans cette île. Les jeunes notamment, qui composaient le gros de la population de l'époque, avaient-ils trouvé leur place d'adultes dans ce système fragile ?

En 2006, nous y sommes retournés. Les jeunes sont presque tous partis pour Panama ou Colomb, de grandes villes si attirantes ! L'électricité, la télévision, les groupes électrogènes, les boissons gazeuses, les biscuits... Tout ça a fait son apparition et la présence des plaisanciers sur l'île a dû être réglementée pour que soient préservés quotidien et ressources des habitants. La cueillette et la pêche ont été interdites.

Que restera-t-il ? Johan, Darwin et leur grand frère jouent avec Nikita, à Pinos... Rien ne les inquiète, ils sont simplement heureux d'être ici ensemble. Photo © D.R. (Matin Bleu) La veille de notre départ, nous discutons avec Marcos. Ses neveux Johan et Darwin jouent avec Nikita dans une pirogue. L'évolution de la vie ici, son uniformisation, la consommation à outrance, la perte des valeurs occupent comme souvent notre conversation. Comment faire pour ne pas se laisser submerger par cette déferlante de (faux) besoins vantés par la télévision ?

Marcos nous demande alors quand nous comptons revenir, mais il est difficile de lui répondre... Penser au départ m'est difficile. Je ne sais pas quitter. Je me sens bien, ici, assise sur ce banc en bois, les pieds dans le sable, et voudrais que cet instant dure éternellement. Marco est triste aussi, un peu amer. Il me dit : <Vous, vous pouvez revenir quand vous voulez, tout en sachant que vous serez toujours accueillis avec joie. Mais moi, ou Darwin, ou Johan, nous ne pourrons jamais vous faire une visite surprise en France. Ce n'est pas qu'une question d'argent. C'est que nous n'avons pas le bon passeport, ni la bonne couleur de peau.>

Hélas, oui, nous savons ça... Nous savons qu'il n'est pas toujours confortable d'avoir un passeport français qui nous ouvre toutes les frontières quand notre pays ferme les siennes. Nous savons trop bien que nous avons désappris les devoirs et les joies de l'hospitalité. Nous n'ouvrons plus nos portes, disant simplement <Finissez d'entrer.> En nous enfermant dans nos maisons et notre confort, nous avons barricadé nos coeurs. Nous avons peur. Peur de l'autre et peur de manquer... Et nous crevons de solitude, ne sachant plus rire ni aimer.

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Retrouvez ici les précédents articles de notre série :

Premier article : <Matin Bleu, à l'aube d'une nouvelle croisière>
Deuxième article : <Nous avons dessiné et construit nous-mêmes notre goélette ailée>
Troisième article :
<Conception, manoeuvres : matin Bleu, la goélette ailée en questions>

En complément

  1. pont d eacute;gag eacute; hellip; sauf  agrave; l #039; eacute;trave 04/03/2011 - 05:12 L’Atlantique et le Pacifique à tire d’ailes (3) Conception, manœuvres : Matin Bleu, la goélette ailée en questions Le voilier que nous avons construit nous-mêmes, Matin Bleu, est une goélette de 14,80 mètres… dont le gréement est autoporté et équipé d’ailes souples au profil asymétrique réversible. Intrigant, oui ! Car notre voilier de grande croisière ne se comporte, ne se règle, ni ne s’entretient comme les autres – ce qui ne nous a pas empêchés de parcourir plus de 50 000 milles en famille et en six ans, sur l’Atlantique et le Pacifique. Vous avez été nombreux à nous interroger sur Matin Bleu, sa conception, sa conduite et sa manœuvre : ce troisième article vous dit tout !
  2. voil agrave; l #039;arbre  27/01/2011 - 06:17 L’Atlantique et le Pacifique à tire d’ailes (2) Nous avons dessiné et construit nous-mêmes notre goélette ailée L’envie de parcourir le Pacifique avec nos deux enfants Mélanie et Nikita, un premier voilier (Aliénor) comme source d’inspiration, des idées plein la tête, un plan validé par Erik Lerouge, un séquoia tombé pendant la tempête de 99 et 9 000 heures de travail… Voilà l’essence de Matin Bleu, goélette biquille de 14,80 mètres gréée avec des «ailes» (voiles épaisses) de 55 mètres carrés chacune en guise de voilure ! Avec, nous avons parcouru 40 000 milles en cinq ans. Dans ce deuxième article, nous vous racontons tous les détails, de la conception à la construction de cet exceptionnel voilier. Lavabos, voiles, chandeliers… Nous avons (presque) tout fait nous-mêmes !
  3. vertige des hauts 07/01/2011 - 06:08 L’Atlantique et le Pacifique à tire d’ailes (1) Matin Bleu, à l’aube d’une nouvelle croisière Guy, Maryline et leurs enfants Mélanie et Nikita ont passé cinq ans à sillonner l’Atlantique et le Pacifique : 40 000 milles de rêve, la mère qui fait l’école et des amis aux quatre coins du monde. Pas très original ? Pas si sûr ! Car la petite famille navigue sur Matin Bleu, une goélette biquille de 14,80 mètres, imaginée avec l’aide d’Erik Lerouge et construite par Guy… Avec des «ailes» (voiles épaisses) de 55 mètres carrés chacune en guise de voilure ! En une série d’articles, ils nous racontent leur aventure – et commencent par quatre récits courts, mais emblématiques.