Actualité à la Hune

L’Atlantique et le Pacifique à tire d’ailes (5)

Deux ailes dans les canaux de Patagonie

Depuis un an que nous vous avons laissés, Matin Bleu, la goélette ailée que nous avons construite pour parcourir les océans en famille, a fait du chemin ! Le Pacifique, les 50° Sud, les canaux de Patagonie…
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  • Publié le : 03/02/2012 - 00:07

Soleil du Sud !Dans le Pacifique Sud, la météo m'a particulièrement surpris : nous avons même carrément eu des journées de pétole !Photo @ D.R. Matin Bleu

> Retrouvez les précédents articles de la série Matin Bleu ci-dessous :

1. «Matin Bleu, à l’aube d’une nouvelle croisière», ici.

2. «Nous avons dessiné et construit nous-mêmes notre goélette ailée», ici.

3. «Conception, manœuvres : Matin Bleu, la goélette ailée en questions», ici.

4. «50 000 milles en cinq ans, ça en fait des souvenirs !», ici.

Je regarde la lessive sécher au vent doux du Pacifique, les doigts de pieds en éventail. Nous sommes aux deux tiers de notre traversée entre la Nouvelle-Zélande et l’Amérique du Sud et aujourd’hui, le soleil est au rendez-vous. Mer calme, pas de vent. Nous avons donc affalé les ailes de notre goélette Matin Bleu et profitons de cette journée de farniente : nettoyage, douche, bronzette sur le pont…

Finalement, je trouve les 40° rugissants plutôt reposants ! Moi qui redoutais d’aller flirter avec eux, de devoir faire le dos rond sous les dépressions qui ne cessent de ratisser le Grand Sud, d’Ouest en Est. J'imaginais des vents forts, une houle déferlant sur le pont, car nous sommes pleins d'images de tempête dès que nous évoquons ces latitudes ; j’ai découvert un vent portant stable, où les dépressions s'annoncent avant d'arriver. Comme disait un copain croisé aux Gambiers «Suffit de regarder le baromètre : lorsqu'il descend, tu changes de cap pour monter vers le Nord ; lorsqu'il monte, tu redescends vers le Sud.» Ce n'est pas plus compliqué que ça.

Matin BleuMonocoque de 14,80 m gréé avec deux ailes, le voilier Matin Bleu imaginé par Erik Lerouge et Guy pour la grande croisière paraissait jusqu'ici totalement saugrenu... Et si la récente actualité de la course changeait la donne ?Photo @ D.R. Matin Bleu / Voiles et Voiliers
Au revoir, la Nouvelle-Calédonie !Après des semaines d'ultimes préparation de Matin Bleu, Arthur, Mathieu et moi qui nous chargeons de reconduire notre goélette en Métropole, larguons les amarres, le 1er janvier 2011... Et la Nouvelle-Calédonie s'éloigne inexorablement.Photo @ D.R. Matin BleuAprès avoir couru les océans en famille pendant six années grâce à la goélette que nous avions construite, Mélanie et Nikita, nos enfants, ont exprimé le désir d’arrêter le voyage et de rentrer en France. La décision n’a pas été facile à prendre pour nous qui avions réalisé le rêve de nos vingt ans, "élisant domicile" dans le Pacifique et vivant entre ciel et terre, rencontres, partage, mouillages déserts… Maryline et les enfants sont donc retournés en métropole tandis que moi, j’organisais mon retour par la mer avec Matin Bleu.

Au printemps 2010, je me retrouvais en Australie, hésitant sur la route à choisir, notamment en raison de l’accroissement de la piraterie. Profiter d’un rallye, Sail Indonésia ou Vasco de Gama ? Couper par l’Indonésie et la mer Rouge ? Faire le tour par l’Afrique du Sud ? Ou prendre par les canaux de Patagonie ?

Liste complète des avantages et des inconvénients de chacune des options faite, la dernière m'a définitivement séduit : en avant pour les lieux mythiques, le cap Horn et les canaux de Patagonie. Et puis, dans les 40° et 50° Sud, plus question de se mentir ni de se faire d'illusions sur les qualités du capitaine, de l'équipage et du bateau… Dans ces conditions réputées rudes et difficiles, je pourrais enfin confirmer la fiabilité et la performance des voiles ailes que j’avais imaginées des années plus tôt, avec le concours de l'architecte Erik Lerouge qui nous a aidés à dessiner la coque de notre goélette.

J'ai préparé Matin Bleu à Nouméa de novembre à décembre et ai recruté deux équipiers pour les 14 000 milles de mon convoyage vers La Roche-Bernard : Arthur, 20 ans, et Mathieu, 23 ans, des amis que Mélanie s’est faits à Nouméa. Le 1er janvier 2011, nous quittions le lagon de Nouvelle-Calédonie.
 

Guy à l"accordéonLes latitudes Sud ne sont pas comme je me les étais imaginées. Très réguliers, les 15-25 nœuds qui soufflent rendent le portant confortable... Et je me régale.Photo @ D.R. Matin Bleu
Un albatros ne fait pas la tempête
Stop en Nouvelle-ZélandeL'un de mes regrets est de ne pas avoir eu davantage de temps pour profiter de la croisière retour... Nous nous sommes certes arrêtés quelques jours à Opua, mais la Nouvelle-Zélande mérite une escale bien plus longue !Photo @ D.R. Matin BleuCette année-là, les dépressions sont très Sud et le vent dans les 40° est stable, soufflant de 15 à 25  nœuds, avec quelques épisodes à 35 nœuds. Matin Bleu surfe avec aisance sur la longue houle du Sud. C’est un régal et nous prenons facilement le rythme. Paradoxalement, la navigation me parait plus tranquille que dans les tropiques où une surveillance constante est de mise, notamment pour anticiper l’arrivée des grains qui obligent à prendre des ris en urgence.

Je me dis que le vent aurait même pu être un peu plus fort, histoire que l’on cavale un peu plus. Mais nos moyennes journalières sont déjà correctes : 170 à 210 milles… Plus deux jours à 220 milles, par conditions idéales – 20-25 nœuds de vent 3/4 arrière et deux ris dans les ailes en ciseaux.

Les 5 400 milles qui séparent Opua, en Nouvelle-Zélande, où nous avons fait notre dernier stop, de l’entrée des canaux sont avalés en moins d'un mois... Je regrette presque que la traversée n’ait pas duré plus longtemps, pour que soit prolongée cette sensation de vivre hors du temps des hommes, avec pour seule compagnie, celle des albatros qui se détachent du gris du ciel, et celle des étoiles qui brillent bas sur l'horizon lorsque le temps s'éclaircit.

Canaux fascinantsPour rentrer en France depuis la Nouvelle-Calédonie, plusieurs routes m'étaient offertes, mais la fascination pour les canaux de Patagonie et le mythique cap Horn a été la plus forte. Qui dirait que j'ai eu tord ?Photo @ D.R. Matin Bleu
Puerto Montt, 16 février 2010
DédaleLes canaux offrent un dédale infini... Si j'avais pu, je serais resté trois mois à le parcourir en tout sens !Photo @ D.R. Matin BleuLa beauté des canaux me laisse sans voix. Cet immense entrelacs d'îles est un monde de silence, un décor de roches, d’eau et de mousses, où même les animaux sont rares. Vierge de toute présence humaine, pas de village, ni aucune maison, route ou chemin.

J'éprouve le même sentiment qu'au milieu du désert ou du Pacifique, celui de la solitude immense de l’homme face à un environnement naturel où les règles qu’il a édictées ne comptent plus pour rien. Pour certains, l’expérience est déstabilisante. Pour ma part, je m’y sens bien. Mais il y a beaucoup de contradictions dans tout ça, car nous voulons sans cesse laisser notre empreinte, tout en continuant à rêver de paysages inexplorés.

54° SudLe point le plus Sud que nous avons touché se situe par 54° où, même en plein été, les températures sont glaciales et les glaçons courants.Photo @ D.R. Matin BleuLors de notre descente, le seul village de pêcheurs encore habité que nous ayons vu est Puerto Eden. Au hasard d'un canal, nous croisons parfois un voilier quittant le Chili pour la Polynésie. Il faut savoir apprécier la solitude qu'offre cette nature déconcertante et savourer cette navigation entre les montagnes qui plongent dans la mer.

Passés les 51° Sud, le paysage devient plus minéral et les premières glaces apparaissent. Tout est différent, gris, humide et silencieux. Les voiliers se font rares. Le froid est plus intense. Lorsque nous nous approchons d'eux, le grondement des glaciers nous surprend par son intensité – fragilité et instabilité de ces masses de glace. Nous descendons jusqu'à 54° Sud avant de remonter sur Punta Arenas.

Carte postale du SudLes canaux de Patagonie regorgent de paysages surprenants... visités en toute solitude. On ne peut pas dire, en effet, que l'on ait croisé beaucoup de voiliers dans ces eaux.Photo @ D.R. Matin BleuNous longeons alors une côte plate, battue par les vents. Paysage désertique. Punta Arenas elle-même donne l'impression d'être abandonnée… Est-ce le froid intense, qui y sévit même en été et fausse notre perception des choses ? C’est malgré tout avec regret que nous quittons ce lieu étrange et rude qui nous a profondément marqués.

 

Sortie du détroit de Magellan
Le brusque changement de saison nous impose d'abandonner l'idée d'aller tourner autour du Cap Horn – tant pis pour la boucle d’oreille ! La sortie des canaux se fera par le détroit de Magellan. Depuis deux jours, le vent ne cesse de souffler sur Punta Arenas. Près de 30 nœuds lorsque nous larguons les amarres. J'ai hésité, mais la météo ne prévoie pas d'amélioration dans les prochaines heures et les formalités administratives sont faites : nous devons quitter la ville.

Mon beau miroirLa météo n'est pas toujours chantante dans les canaux... Mais quand le soleil crève, quel spectacle grandiose !Photo @ D.R. Matin Bleu
Puerto EdenPuerto Eden est le seul village de pêcheurs habité que nous ayons trouvé durant notre descente des canaux. La Patagonie reste une terre sauvage, où ni l'homme, ni le vivant n'occupent une place importante.Photo @ D.R. Matin BleuLes marins d'un bateau militaire saluent notre départ. Nous sommes un peu étonnés, mais c’est plutôt sympa… C’est-à-dire qu’eux savent ce qui nous attend dehors. Plus de 60 nœuds dans cette mer intérieure, où les reliefs désertiques offrent toute liberté aux rafales. A peine le temps de prendre des ris dans les ailes, d'essayer de réfléchir "efficace" et de trouver un mouillage protégé vers la sortie du détroit, que nous voilà au mouillage dans le seul abri accessible pour nous : la Bahia Genete Grande, en face de Punta Arenas.

Deux jours à attendre l’accalmie. Nous levons l’ancre dans la nuit du 1er avril : la marée favorable devrait nous permettre de nous engager dans les passages resserrés du détroit. La météo annonce 25 nœuds de Nord-Ouest. On y croit, faut que ça passe !

Cela n’a pas été une partie de plaisir, mais nous avons réussi à passer Primera Angostura et Segunda Angostura d’un seul coup. Nous croisons quelques cargos, sans problème, les équipages étant très professionnels et sympas. Au petit matin suivant, nous mouillons près de Punta Tandy pour attendre le retour de la marée et nous reposer un peu. Nous repartons à 13 heures ; à 20, le vent souffle à plus de 40 nœuds. Ce n’est qu’un début. Toute la nuit, la tempête se déchaine. 50 nœuds, 60 nœuds… Au delà, l'anémomètre s'arrête. La mer est très courte, mais à mesure que l’on s’éloigne du plateau continental, la houle se creuse et les vagues commencent à déferler.

Ma goélette ailéeMatin Bleu est une goélette de 14,80 mètres que nous avons construite nous-mêmes et dotée d'un gréement autoporté sur lequel sont gréées des ailes souples au profil asymétrique réversible... Autant dire que l'on ne navigue pas tout à fait comme tout le monde, dessus.Photo @ D.R. Matin Bleu
Le bruit du vent qui hurle et des vagues qui enflent nous oppresse. Nuit noire, sans étoile ni lune. On ne voit rien. Heureusement, on descend vent arrière et on garde de l’espace à courir. Rester manœuvrant est notre priorité. Nous réduisons la toile avec quatre ris dans l'aile avant et cinq dans l'autre. Les ailes en ciseaux, nous poursuivons notre route. Matin Bleu court plus vite que les vagues et surfe en battant son record : 25 nœuds sous pilote. D'ailleurs, je préfère laisser la barre au pilote qui ne semble pas s'émouvoir de nos conditions de navigation, lui.

L'équipage résiste moins bien. Le plus dur reste le froid, 4° avec le vent, pire que le mistral ! Reste plus qu'à attendre que cela se calme... Soudain, une vague "scélérate" nous rattrape et couche le bateau ! Mais il s'ébroue et repart... Quelques litres d'eau sont passés par la descente, les objets mal attachés ont valsé, mais il y a plus de peur que de mal. A cet instant, je suis content d'avoir bien préparé le bateau. Ce n'était vraiment pas du temps perdu !

Matin Bleu est un bateau léger, ce qui lui permet de rester au dessus des vagues et de garder suffisamment de vitesse pour faire route en toute sécurité malgré les conditions. Nous n'avons donc pas eu besoin de mettre à la cape, mais finalement, le Sud nous a quand même montré qu'il ne faut pas le mésestimer !

Pêche de coryphèneArthur et Mathieu, deux amis de notre fille, ont embarqué avec moi pour le retour de Matin Bleu en France. Si Mathieu (à gauche) n'avait jusque là jamais pris le large, il s'est parfaitement adapté à sa nouvelle condition de marin, activités annexes comprises !Photo @ D.R. Matin Bleu

La remontée de l'Atlantique
Vent deboutAu Nord des Malouines, nous avons croisé un petit coup de vent et avons dû apprendre à vivre pencher au près... Sur Matin Bleu, c'est carrément une nouveauté !Photo @ D.R. Matin BleuNous sommes vraiment partis à temps. Le temps est gris, le froid intense. Nous courons devant les dépressions qui montent de plus en plus Nord et avalons les milles pendant plusieurs jours. Puis le vent tourne progressivement Nord, puis Nord-Est. Nous nous retrouvons au près, plus ou moins serré, à vivre penché.

Matin Bleu gite peu et remonte bien au vent, ce qui nous a permis de faire route sur un seul bord. C’est déjà ça ! Et puis, la routine s’installe. Les albatros nous ont quittés, la chaleur revient… Je me surprends à me déplier dans le lit, quittant la position fœtale que j'avais adoptée pour résister au grand froid. Revivre en T-shirt, c'est vraiment le pied ! La pêche est aussi moins bonne que dans le Pacifique. A hauteur de l'équateur,  nous avons croisé d'immenses bancs de sargasses. Enfin, les grains refont leur apparition.

Un arrêt à Natal, au Nord du Brésil, nous permet de reprendre la position verticale. Juste le temps de faire les "appros", de dormir à plat quelques nuits et de souffler un peu. Natal est une ville en plein développement : immeubles modernes, hypermarchés, grandes routes... Loin des images de fêtes et de danses que j’avais en tête. Les gens y sont certes agréables mais, comme en Europe, accaparés par le rythme imposé de la vie "moderne"… Bref, il est temps pour nous de repartir.

Echec et matLa remontée de l'Atlantique, au près, a parfois été un peu longue... Nous aurions certes pu attendre que les alizés s'établissent mieux, mais nos impératifs de calendrier nous en ont empêchés, comme souvent.Photo @ D.R. Matin BleuEt ce n’est décidément pas une bonne année pour l’Atlantique. Les alizés ne sont pas au rendez-vous et Matin Bleu se retrouve à nouveau avec le vent dans le nez… Jusqu’aux Açores ! Mais nous avons pris notre mal en patience, pressés que nous étions de ramener le bateau en France.

En mai, nous arrivons à Horta où nous nous arrêtons deux semaines. Je suis surpris par les Açoriens, restés authentiques et chaleureux, malgré les nombreux voiliers qui font halte dans ces îles lors de leur retour sur l'Europe, et leur accueil. Mais le climat n'étant pas propice à un tourisme de masse, il n'y a pas de projet immobilier démentiel ; et les habitants savent que la vie sur leurs îles n'est possible que s'ils préservent le bon équilibre entre la nature et les besoins des hommes. En bref, ils ont su garder les valeurs essentielles de la vie : respect, partage, tolérance.

Nous repartons le 12 juin pour les derniers 1 300 milles et arrivons à La Roche-Bernard, huit jours plus tard. Maryline et Nikita sont venus nous accueillir, tandis que Mélanie a dû rester dans notre nouveau "chez nous", retenue par ses nouvelles obligations professionnelles.

Fin du voyage.

Tradition açorienneA Horta, nous n'échappons pas à la tradition et laissons la silhouette de Matin Bleu sur les quais ! Dernière escale avant la France !Photo @ D.R. Matin Bleu


Revue pratique
Certes, je n’ai pratiqué cette route qu’une seule fois et mon expérience est donc limitée, mais j’ai malgré tout relevé quelques points essentiels pour pouvoir apprécier la quiétude de ces endroits.

> Préparation du bateau
Même pendant l’été austral, il faut s’attendre à subir des vents de plus de 40 nœuds pendant plusieurs heures ; il est donc essentiel que le bateau soit prêt et dans un bon état général.
- Faire une révision complète avant le départ, notamment des postes sensibles (moteur, radio, pompes, …) pour éviter les pannes.
- Prévoir des pièces de rechange pour faire les réparations d’urgence.
- Ajouter un chauffage, si possible à air pulsé.
- Protéger parfaitement le cockpit des embruns et de l’humidité.
- Vérifier que les capots sont vraiment étanches.
- Verrouiller les coffres, en "prévision" d’un retournement du voilier par une déferlante.
- S’équiper d’un radar pour parer le risque de brouillard dans les canaux.

> Choix des équipiers
Mieux vaut être deux, voire trois, car le froid impose d’agir vite et efficacement. De plus, mouiller dans les canaux nécessite que quelqu’un aille à terre pour amarrer le bateau.
- S’équiper de vêtements chauds.
- Choisir de bonnes bottes en caoutchouc pour les balades à terre.
- Prévoir une combinaison de plongée : de nombreux filets provenant des fermes aquacoles se retrouvent entre deux eaux et se prennent facilement dans la quille ou l’hélice.

> Météo
Nous avons bénéficié de conditions météo excellentes dans le Pacifique, mais il n’en reste pas moins primordial de prendre la météo régulièrement et je prenais les cartes Grib via un téléphone satellitaire. Dans les canaux, nous n’avons pas connu les quatre saisons en une seule journée, ni rencontré souvent du brouillard, mais le frois est devenu très vif passé 52° Sud. Fin mars, les conditions se sont dégradées en quelques jours, les dépressions remontant progressivement jusqu'en Argentine.

Six mois de convoyageRentrer par les canaux de Patagonie nous a pris près de six mois. 14 000 milles - dont un bon tiers dans le Sud - déroulés sans douleur ni pépin.Photo @ D.R.

> Navigation à l’intérieur des canaux
La navigation est facile dans les canaux, car ils sont généralement profonds et l’eau y est claire. Les quelques hauts fonds se repèrent facilement grâce aux algues qui y sont accrochées et visibles de loin. Les courants sont assez faibles et les surventes, en sortie de canal, prévisibles. A l'intérieur, la mer protégée par les îles est souvent un vrai miroir et le vent souffle moins fort que dehors. Le balisage est bien entretenu et permet une navigation de nuit, tant qu'on ne rencontre pas de glaces dérivantes.

Deux zones dangereuses :
- Le golfe de Penas, où le vent souffle en rafales avec une mer pouvant devenir très mauvaise. Il est alors préférable d'attendre une météo correcte avant de s'y aventurer.

- A la sortie du détroit de Magellan, les passages Primera Angostura et Segunda Angostura connaissent des courants de marée musclés nécessitant de calculer l'heure de passage, surtout que les mouillages sont précaires dans cette zone. A éviter par vent fort.

> Mouillages
Mouillage safeLes canaux offrent mille abris où il est facile de mouiller à l’aplomb de la roche, car l'eau est claire et profonde. Frapper deux aussières à terre est le plus sûr.Photo @ D.R. Matin BleuDe nombreux abris sont possibles. Les fonds sont sains, même à quelques mètres des parois rocheuses. Pour mouiller, nous avons choisi des fonds de rivière où les couches d'alluvions déposés limitent la profondeur. Il est nécessaire d'aller à terre pour attacher le voilier par l'arrière à deux points d'ancrage (souvent des arbres). Nous avons utilisé des amarres en polypropylène car elles flottent, ce qui permet de manœuvrer sans risque qu’ils finissent dans l'hélice.

> Si c’était à refaire
Je n’hésiterais pas à reprendre cette route, mais en partant plus tôt dans la saison afin de m’assurer une météo clémente et de bénéficier de plus de temps pour profiter des lieux et flâner davantage… Ainsi visiter la Nouvelle-Zélande, traîner dans les canaux pendant trois mois, saluer le cap Horn et faire tamponner mon passeport, faire un arrêt aux Malouines.

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  1. je ne suis pas une poopa 06/04/2011 - 00:03 L’Atlantique et le Pacifique à tire d’ailes (4) 50 000 milles en cinq ans, ça en fait des souvenirs ! Construire nous-mêmes une goélette atypique – Matin Bleu, 14,80 mètres de long, gréé avec des ailes – nous a certes pris plusieurs années et correspond en soi à un sacré défi… Mais nous vous avons déjà expliqué tout ça et, pour nous, c’est surtout la suite de l’aventure qui a été marquante. Car nous nous sommes ensuite lancés avec nos deux enfants, Mélanie et Nikita, dans une croisière Atlantique et Pacifique de cinq ans. Le temps de parcourir plus de 50 000 milles, de faire des dizaines d’escales et de merveilleuses rencontres… C’est ce que nous voulons vous raconter aujourd'hui.
  2. pont d eacute;gag eacute; hellip; sauf  agrave; l #039; eacute;trave 04/03/2011 - 05:12 L’Atlantique et le Pacifique à tire d’ailes (3) Conception, manœuvres : Matin Bleu, la goélette ailée en questions Le voilier que nous avons construit nous-mêmes, Matin Bleu, est une goélette de 14,80 mètres… dont le gréement est autoporté et équipé d’ailes souples au profil asymétrique réversible. Surprenant et intrigant, oui ! Car notre voilier de grande croisière ne se comporte, ne se règle, ni ne s’entretient comme les autres – ce qui ne nous a pas empêchés de parcourir plus de 50 000 milles en famille et en six ans, sur l’Atlantique et le Pacifique. Vous avez été nombreux à nous interroger sur Matin Bleu, sa conception, sa conduite et sa manœuvre : ce troisième article vous dit tout !
  3. voil agrave; l #039;arbre  27/01/2011 - 06:17 L’Atlantique et le Pacifique à tire d’ailes (2) Nous avons dessiné et construit nous-mêmes notre goélette ailée L’envie de parcourir le Pacifique avec nos deux enfants Mélanie et Nikita, un premier voilier (Aliénor) comme source d’inspiration, des idées plein la tête, un plan validé par Erik Lerouge, un séquoia tombé pendant la tempête de 99 et 9 000 heures de travail… Voilà l’essence de Matin Bleu, goélette biquille de 14,80 mètres gréée avec des «ailes» (voiles épaisses) de 55 mètres carrés chacune en guise de voilure ! Avec, nous avons parcouru 40 000 milles en cinq ans. Dans ce deuxième article, nous vous racontons tous les détails, de la conception à la construction de cet exceptionnel voilier. Lavabos, voiles, chandeliers… Nous avons (presque) tout fait nous-mêmes !
  4. vertige des hauts 07/01/2011 - 06:08 L’Atlantique et le Pacifique à tire d’ailes (1) Matin Bleu, à l’aube d’une nouvelle croisière Guy, Maryline et leurs enfants Mélanie et Nikita ont passé cinq ans à sillonner l’Atlantique et le Pacifique : 40 000 milles de rêve, la mère qui fait l’école et des amis aux quatre coins du monde. Pas très original ? Pas si sûr ! Car la petite famille navigue sur Matin Bleu, une goélette biquille de 14,80 mètres, imaginée avec l’aide d’Erik Lerouge et construite par Guy… Avec des «ailes» (voiles épaisses) de 55 mètres carrés chacune en guise de voilure ! En une série d’articles, ils nous racontent leur aventure – et commencent par quatre récits courts, mais emblématiques.