Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans, qui avons élu domicile à bord de Blue Goose, un Ericson 38. Mark et moi avons quitté Los Angeles voici quatre ans, avec l'envie de descendre vers le Sud - et d'apprendre au fil de l'eau. Si au Nord du Mexique, nous avons surtout rencontré des marins retraités américains, depuis que nous sommes au Sud, nous sommes entourés par des équipages jeunes arborant tous des planches de surf ! Et, avec eux, nous sommes allés explorer les spots les plus secrets du globe !
Note :
Les territoires de navigations du Mexique : des zones très marquées !
Photo © Mark Meadows
Deux groupes bien distincts de plaisanciers voyageurs, une frontière imaginaire... jamais nous n'aurions pensé que les territoires de navigation puissent être si clairement définis ! C'est pourtant le cas le long de la côte mexicaine.
C'est à Zihuatanejo que le vrai changement s'est produit. Cette Mecque de la croisière marque en effet la fin de la boucle saisonnière des plaisanciers américains au Mexique - fin avril, ils rangent leurs bouteilles d'apéro pour remonter à Mazatlan ou en mer de Cortez, afin de se mettre à l'abri des cyclones.
Les candidats pour l'Amérique Centrale, eux, sont à ce stade obnubilés par le passage du golfe de Tehuantepec, dont les vents peuvent atteindre les 50 noeuds. Aussi font-ils tout pour franchir au plus vite ce délicat passage - pas question de caboter en bordure du Golfe dans des mouillages réputés inconfortables et de possibles courants contraires. Ils voyagent aussi souvent groupés pour <sauter> le Téhuantepec et s'engouffrer dans les mangroves salvadoriennes, où ils pourront trinquer tranquilles.
Voyager à deux bateaux sur d'aussi petites distances est pour nous l'occasion de pouvoir faire tourner les équipages.
Photo © Daniel Laggner
Autant vous dire que les mouillages du Sud du Mexique sont quasiment déserts. Même à Acapulco, où nous avons passé deux semaines, nous n'avons pas vu un voilier au mouillage de l'île de la Roqueta ! Toute voilure surgissant sur l'horizon devint alors source de curiosité. Surfers ou problème technique ? Mark et moi avons passé de nombreux paris - dans 90 % des cas, il s'agissait de surfers.
Combiner voile et planche : un rêve
de surfer
Il faut dire que question surf, c'est au Sud du Mexique que cela se passe. L'Etat de l'Oaxaca accueille en effet les plus prestigieuses compétitions internationales de planche, Puerto Escondido en tête.
Plage de Zicatela, Puerto Escondido, Mexique. Un spot de surf magnifique, connu dans le monde entier - et pour une fois désert. Il est vrai que nous sommes hors-saison...
Photo © Paul Mangasarian
Imaginez un canyon sous-marin de 110 pieds de profondeur à 20 mètres de la plage. Cette faille permet à Puerto Escondido de faire partie des cinq spots de surf les plus réputés au monde, car elle crée des vagues géantes (pouvant atteindre 10 mètres l'été), en forme de tube. Sur la plage et dans l'eau, s'alignent photographes professionnels et sponsors officiels. Dans l'eau, seuls les pros semblent survivre. Il faut une sacrée endurance pour être capable de sortir de la barre des vagues et tenir sous l'eau lorsque des rouleaux d'une telle intensité vous ramènent systématiquement au fond.
Nos trois mousquetaires de Patience, au mouillage, dans l'attente des belles vagues.
Photo © Amélie Padioleau
Mais si Puerto Escondido est l'objet de tous les regards, le reste de la côte de l'Oaxaca, avec ses pointes successives de Puerto Angel à Salina Cruz, regorge de potentiels <breaks> de surfs de qualité équivalente. Ces derniers sont toutefois inaccessibles à la majorité de surfers - le Mexique, ce n'est pas les Landes. Même un bon 4x4 ne permet pas de fendre la jungle pour rejoindre la côte. Certaines parties sont aussi privées.
Du coup, marier voilier et surf est une excellente idée ! Cela permet d'explorer des sites vierges, choisir ses spots, le tout sans craindre de se faire fendre le crâne par la planche de son voisin. C'est se retrouver seul au milieu de cette énergie vitale devenue une véritable drogue. C'est enfin être au premier rang pour déterminer quel est le meilleur moment d'entrer dans l'eau. Le surf revêt en effet ce caractère très aléatoire qui veut qu'en l'espace d'une heure, les conditions d'un spot peuvent changer du tout au tout. L'amplitude de la houle, sa direction, la direction du vent par rapport à la vague et sa force, les marées sont autant d'éléments susceptibles d'affecter la taille et le visage des vagues. Un voilier permet ainsi d'être sur les vagues au bon moment.
Des marins-surfers à la conquête des spots les plus secrets du monde !
Tapio et son équipage sur Hoku Kea, à Puerto Escondido.
Photo © Amélie Padioleau
Forts de cette révélation, un certain nombre de surfers se sont ainsi lancés dans l'achat d'un bateau avant de partir à la découverte des spots les plus secrets du monde.
Tapio, un Finlandais d'une quarantaine d'année, rencontré à Puerto Escondido, est ainsi parti de San Diego en février 2011, avec six planches de surf à bord. A bord de Hoku Kea - un magnifique Cheoy Lee, construction taïwanaise, architecture américaine -, il est régulièrement rejoint par ses amis surfers de Californie (www.sailblogs.com/member/adventuresoftape).
Avec lui, nous vivrons la joie et les désagréments d'un mouillage à proximité d'un spot de surf aussi monumental que Puerto Escondido.
A bord de Patience, un Coronado 34, Jakob, un marin surfer.
Photo © Amélie Padioleau
La joie, car il est grisant de pouvoir mouiller à 20 mètres de vagues de 2 à 3 mètres cassantes. La géographie des fonds marins de ce port de pêche est en effet si inégale qu'en dépit de la proximité du break, nous avons toujours 60 pieds de profondeur, et ce, à quelques mètres de la plage !
Par contre, nous n'avons pas anticipé qu'avec autant d'eau mouvante, le sable autour de notre mouillage risquait d'être aussi perturbé ! Le jour du départ, nous faisons moins les malins. Nos chaînes respectives sont recouvertes par des dunes sous-marines de 3 mètres de sable fin. Même avec un moteur à plein gaz, impossible de les libérer. Il nous faudra louer des bouteilles de plongée pour pouvoir les déterrer à la pelle ! Petite opération qui ne nous prendra que.... sept heures !
Opération désensablage de notre chaîne de mouillage : plus de 3 mètres de sable déposés dessus par les ressac et les vagues - et sept heures de travail !
Photo © Amélie Padioleau
Daniel et Jakob Laggner et Paul Mangasarian sont trois autres figures de marins-surfers, qui ont surgi à notre bâbord à Huatulco, un peu au Sud d'Escondido. Il y a un an, ces trentenaires ont acheté leur Coronado de 34 pieds - un sloop de 1969 baptisé Patience - dans l'idée de rejoindre le Costa Rica. Leur idée : coupler la navigation et le surf tout en essayant d'en vivre.
A la tête d'une entreprise nommée <Trek and Tracks>, qui propose déjà des séjours d'escalades en Californie et des expéditions à cheval dans le Colorado, ils souhaitent désormais monter un centre de surf, de voile et yoga à proximité de Golfito, au Sud du Costa Rica. Avant d'arriver à bon port, ils sont bien décidés de vivre intensément leur aventure à la voile et explorer tous les possibles spots de la côte (http://vimeo.com/21419422)
Le rack
Nous sommes même allés jusqu'à dessiner notre arceau à l'arrière de sorte qu'il intègre des racks pour nos planches : une <long board> pour moi qui suis encore débutante, accompagnée d'une autre planche plus effilée pour Mark, conçue pour les hautes vagues - vagues si grandes qu'à Escondido, elles lui ont littéralement fendu sa planche en deux.
La réalité des expéditions de surf
à la voile
Allier la voile et le surf n'est toutefois pas toujours idyllique. Un voilier n'est pas toute à fait une camionnette flottante. <D'abord, le break de surf est le dernier endroit où tu souhaites avoir ton voilier, explique Jakob (Patience) - c'est peu profond, parfois rocheux, dangereux à cause des courants et des changements de direction de la houle.> Entre prendre une bonne vague et perdre le bateau, il faut choisir ! <Oui, et nous sommes des débutants, rigole-t-il. Nous n'avons pas l'expérience des vieux loups de mer pour mouiller dans des sites difficiles. Nous avons connu quelques frayeurs au cours de la descente. A Point Sal, en Californie, nous avons failli perdre notre ancre et notre chaîne. Lorsque j'ai remonté l'aussière, le point d'épissure était à deux doigts de lâcher. C'était une bonne leçon>.
Après Hualtuco, Blue Goose et Patience vont joindre leur course et se retrouver au coucher de soleil.
Photo © Amélie Padioleau
Autre point important- et là, je peux en témoigner depuis deux mois -, un spot de surf c'est souvent un mouillage rouleur, voire très rouleur ! Bien sûr, il y a toujours moyen de mouiller une ancre à l'arrière pour empêcher le voilier de se retrouver travers aux vagues, mais c'est sans compter de possibles courants générés par le va-et-vient des lames ou les énormes déplacements de sable provoqués par les vagues.
Dernier point : combiner les deux activités demande des conditions d'athlètes. <Jamais nous n'avions pensé qu'il nous faudrait le double de temps de récupération pour combiner les deux activités>, raconte Daniel. <Quand tu arrives au mouillage, tu es littéralement vanné, confirme Paul. Pour naviguer et faire du surf, il faut du temps>.
Cela dit, l'expérience est extrêmement gratifiante. C'est un peu comme faire du ski hors-piste. Il faut entrer dans des baies qui n'ont pas été toujours cartographiées, faire confiance à son bon sens, être capable de prendre des décisions très vite. A ce petit jeu, on gagne vite en indépendance. Pour Mark et moi, ce fut une vraie bouffée d'air frais. En poussant les limites, nous avons gagné en liberté. Mettez-nous sur n'importe quel fond sableux à 30 pieds, et nous nous croirons au Ritz !
Notre ami Jakob tout en douceur sur la vague. Instinct, décontraction, sensibilité, réflexes, font un bon surfeur.
Photo © Mark Meadows
Le surf est enfin un excellent moyen de se rappeler sur le dos de quel dieu nous chevauchons. Contrairement au voilier, la planche de surf ne protège pas le surfer. Prendre une vague, c'est faire corps avec la mer. Il faut se laisser porter par l'énergie de la vague, lâcher prise pour aller avec elle. C'est très intuitif. Dès que l'on se met à intellectualiser la chose, c'est le fiasco. En même temps, la mer peut s'avérer très dangereuse. Il faut donc être très présent, dans chaque partie de son corps, pour prétendre jouer avec elle. Surfer nous permet de cultiver cet état d'esprit - et de le garder à bord lorsque nous naviguons.
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Liz Clark, star parmi les marins surfers
Petit bout de femme d'une trentaine d'année, Liz Clark a quitté Santa Barbara en 2006 à bord son bien nommé Swell (<houle>, en français), un Cal 40 de 1976. Après avoir longé la côte mexicaine et celles de l'Amérique Centrale, elle a rallié la Polynésie. Des milliers de surfers (et de non-surfers) suivent ses aventures sur son blog (www.swellvoyage.com).
Il faut dire qu'elle a su faire parler d'elle. Elle tient notamment l'affiche d'un film nommé <Dear and Yonder>, réalisé par Tiffany Campbell and Andria Lessler (www.villavillacola.com/trailer.html).
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Vous voulez rejoindre nos amis de Patience ? Leur site est ici : www.treksandtracks.com
Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)
26/05/2011 - 05:12
Rencontre avec La Loupiote, l’incroyable bateau-scène et ses acrobates
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile dans un voilier de 38 pieds, voici maintenant quatre ans. Nous avons quitté Los Angeles, avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. En escale à Puerto Vallarta pour réparer notre gréement, nous rencontrons par chance le petit cirque flottant de la Loupiote. Portrait de ces acrobates au long-cours.
15/05/2011 - 03:29
Isabela, l’île mexicaine aux 13000 oiseaux
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile dans un voilier de 38 pieds, il y a maintenant quatre ans. Nous avons quitté Los Angeles, avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Après avoir passé l'été et l'hiver 2010 à explorer la mer de Cortez, nous avons décidé de mettre cap au Sud et de rejoindre l'Amérique Centrale. Première escale : l'incroyable île d'Isabela, une réserve ornithologique accessible uniquement à la voile.
18/03/2011 - 05:24
Une nuit avec les pêcheurs de calamars géants
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile dans un voilier de 38 pieds, voici quatre ans. Nous avons quitté Los Angeles, avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Loin des marinas surpeuplées, nous avons découvert en chemin les pêcheurs de calamars géants de la mer de Cortez, devenus nos compagnons de route.
10/03/2011 - 05:34
Nous avons été attaqués par un chubasco en mer de Cortez !
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile dans un voilier de 38 pieds, voici quatre ans. Nous avons quitté Los Angeles avec l'envie de vivre une expérience à deux - et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Remontés pendant l'été au Nord de la mer de Cortez pour fuir les cyclones, nous avons été attaqués par les chubascos ! Vous ne savez pas ce que c'est ? Vous allez vite comprendre !
15/12/2010 - 00:19
600 kilomètres de désert avec une annexe sous le bras
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile dans un voilier de 38 pieds, voici quatre ans. Nous avons quitté Los Angeles avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau... Si nous avons appris des Américains sur l'équipement et l'autonomie, ce sont des leçons d'entraide et de débrouillardise que nous enseignent désormais les Mexicains. Mise en pratique avec un sujet d'importance : l'annexe !
19/10/2010 - 07:36
Les îles enchantées, à mi-chemin entre le paradis et l’enfer
Nous sommes un couple franco-américain de 34 et 42 ans qui avons élu domicile dans un voilier de 38 pieds, voici maintenant quatre ans. Nous avons quitté Los Angeles avec l'envie de vivre une expérience à deux et l'assurance de pouvoir apprendre au fil de l'eau. Nous voilà au fin fond de la mer de Cortez à explorer cet étrange désert montagneux, bordé par quelques sommaires campements de pêcheurs. Et semé d'îles étranges...
Vos commentaires
Merci beaucoup de nous avoir fait partagé ce voyage. Je suis en train de le lire depuis ma chambre parisienne... Vous êtes peut-être en ce moment sur une vague mexicaine ;) C'est très inspirant ! Bon vent à vous.