Ils sont architecte, ébéniste, retraité ou traducteur et ont une certaine expérience de la mer. Autre point commun : ils participeront tous au Seaplanet Challenge, un rallye <écocitoyen> - départ prévu le 28 août prochain - qui rejoindra, entre autres, le Maroc et le Cap Vert avant de rallier les Antilles... Surprenant projet ! Qui peuvent bien être ces participants ? Quelles sont leurs motivations ? Réponse en cinq portraits.
Note :
C'est un concept original dans le paysage des rallyes à la voile : le Seaplanet Challenge offre la possibilité de traverser l'Atlantique en réalisant des missions scientifiques et en faisant la promotion des équipements verts (panneaux solaires, hydrogénérateurs). Le départ se fera de La Rochelle et de Port-Camargue, le 28 août prochain, pour rejoindre la Guadeloupe à la mi-décembre.
Il ne s'agit donc pas d'une course, mais bien d'une croisière où celui qui consomme le moins d'énergies fossiles est récompensé. Une partie des missions et des formations de Seaplanet reste encore à définir, mais les organisateurs visent le nombre de 30 participants.
Mais qui peuvent-ils bien être, ces participants verts ? Cinq d'entre eux ont déjà répondu à cet appel. Nous sommes allés à leur rencontre.
Jean-Pierre Ravet (ici à la barre) sera accompagné de quatre équipiers pour réaliser son
> Jean-Pierre Ravet, 55 ans, artisan ébéniste.
> Navigue sur Enomis, un Gib'Sea 37.2 Master.
Son histoire, c'est d'abord celle d'un <rêve de gamin> et d'un défi entre copains : <Et si on faisait la traversée de l'Atlantique ?!>
Un mécano, un informaticien, un touche-à-tout ancien gendarme, un second et Jean-Pierre Ravet seront de la partie.
Dans l'équipage, personne n'a jamais fait de transat... Avec ses 30 ans de voile au compteur, des convoyages et des croisières en Méditerranée, Jean-Pierre sera l'un des plus capés sur Enomis.
Et puis, ils sont tombés <par hasard> sur le site internet du Seaplanet. <On a pensé : c'est nouveau, ça nous permet de rencontrer du monde, donc pourquoi pas !> L'artisan ébéniste se dit d'ailleurs <attaché à la nature sans être écolo.>
L'équipage a multiplié les sorties en Méditerranée, par gros temps entre Port-Camargue et Marseille. Cela forge un équipage. De toute façon, Jean-Pierre Ravet préfère naviguer l'hiver avec du vent, plutôt qu'entouré de touristes, l'été.
A bord, leur seule faiblesse d'après le skipper, c'est qu'aucun d'entre eux n'est doué pour ferrer le poisson !
Après être sorti de <la mare à canard> (il rit quand il parle du surnom donné par certains Bretons à la Méditerranée) et une fois sa société d'ébénisterie vendue, Jean-Pierre Ravet souhaiterait réaliser une grande boucle à la voile autour du globe. Mais ça c'est une autre histoire.
Natacha Mottart a déjà réalisé une croisière de 25 jours sur la côte est des Etats-Unis.
Photo © D.R.
<Nous souhaitions être en contact avec des scientifiques>
> Natacha Mottart, 38 ans, stagiaire en réalisation de documentaire belge,.
> Navigue sur Amaris, un Outremer 49.
Elle se définit comme une <utopiste, mais pas une baba cool> : Natacha Mottart partira avec son mari Nicolas* et ses deux fils, Aristide, 8 ans, et Ambroise, 6 ans.
Au programme : un périple de 14 mois marqué par la traversée du canal de Panama... Mais à cette aventure, il fallait un fil rouge.
Et la famille belge l'a trouvé avec le Seaplanet : <Nous souhaitions être en contact avec des scientifiques et nous impliquer concrètement dans la protection de l'environnement.>
Quid de l'éducation des enfants ? C'est une motivation de plus, pour Natacha. Elle explique qu'ils sont habitués à vivre partout : Aristide et Ambroise ont déjà vécu en Suède, aux Etats-Unis et en France. Leurs parents ont aussi voyagé en Asie, grâce au travail de Nicolas. Ils naviguent régulièrement depuis quatre ans.
Après le rallye, la petite famille poursuivra l'aventure jusqu'à Tahiti via les Galapagos et les Marquises.
Lucien Truffy a une expérience de la voile côtière de plus de 20 ans.
Photo © D.R.
<C'est peut-être une mode, mais dans l'ambiance actuelle, pourquoi pas ?>
> Lucien Truffy, 63 ans, retraité de l'Education nationale,.
> Navigue sur Al-Andalus, un RM 900.
Il a beau être un voileux depuis une vingtaine d'années, Lucien Truffy reste modeste quant à son expérience. Après être passé du dériveur léger (Capricone, Finn) au petit voilier de croisière côtière (Belouga, First 260), il a acquis un RM 900 en 2006. <Je ne sais pas si je ferai le rallye en entier, mais si je vais jusqu'au Cap Vert, ça sera déjà pas mal. Et puis il faut que je découvre mes possibilités>, assure t-il.
Histoire de se sentir plus rassuré, ce Parisien espère partir avec son copain Antoine Dequidt (voir le portrait ci-dessous), plus expérimenté que lui en voile hauturière.
C'est l'un des organisateurs du Seaplanet et ami Pierre-Jean Jannin qui l'a décidé à participer. <C'est un concept intéressant, combinant une réflexion entre la voile et l'environnement.>
Comme plusieurs participants, il évoque l'après-Copenhague : <Face à l'incapacité de nos dirigeants, le citoyen doit reprendre le problème à la base. C'est peut-être une mode, mais dans l'ambiance actuelle pourquoi pas ?!>
D'ici au départ, il n'a plus qu'à relever ses manches pour installer des panneaux solaires et un hydogénérateur sur Al-Andalus car <pour l'instant, la seule source d'énergie à bord, c'est le gasoil !>
Preuve s'il en est qu'un "écoplaisancier" est un plaisancier qui a su évoluer !
Antoine Dequidt (ici à la barre) a participé à la Transquadra 2002-2003.
Photo © D.R.
<Le Sea Planet s'apparente peu à un produit>
> Antoine Dequidt, 59 ans, traducteur spécialisé dans le nautisme.
> Equipier de Lucien Truffy sur Al-Andalus, un RM 900.
Antoine Dequidt, c'est la "caution sécurité à bord" de son ami Lucien Truffy, puisqu'il a déjà une Transquadra à son actif et de nombreuses croisières sur presque tous les océans du monde.
Ce traducteur spécialisé dans le nautisme est convaincu que <le Seaplanet peut éveiller la conscience des gens. Mais tout dépend de son écho médiatique... La vague verte ? Elle existe, mais cet événement s'apparente peu à un produit car il n'y a pas d'enjeux commerciaux.> Comme exemple de l'urgence environnementale, ce marin aguerri cite <la dégradation quotidienne de la campagne. Je la constate tous les jours, chez moi dans le Tarn.>
L'un de ses meilleurs souvenirs de mer reste une image nocturne : un arc-en-ciel de lune à la sortie d'un grain, entre l'île de Lampedusa et la Grèce.
Et Antoine Dequidt veut continuer de profiter de tels spectacles le plus longtemps possible...
Olivier de Mot a d'abord essayé l'Integral 43 de Peter Gallinelli (son architecte) en mer Baltique avant d'en commander un pour ses 60 ans.
Photo © D.R.
<Le voyage représente une part importante de ma vie>
> Olivier de Mot, 62 ans, architecte belge.
> Participera à l'édition 2012 à bord de Zitoune, un Integral 43.
Avant de parler de la mer, Olivier de Mot préfère parler du désert. Les dunes du Sahara, il les a parcourues dans les années 70 lors d'une dizaine de séjours, dont un en particulier qui consistait en un convoyage de matériel au Niger, dans le massif de l'Aïr.
Il dit : <Ces deux espaces infinis rendent humble et montrent la fragilité de notre univers.> Cet architecte de 62 ans en vient à établir un parallèle entre l'océan et les paysages du Ténéré.
Pourtant, adolescent, c'est bien la mer qui lui a fait découvrir l'Europe, accompagné de son père. Alors, après ses traversées du désert, il revient à sa première passion en 1997 au hasard des retrouvailles avec un vieux copain. S'en suivent de multiples croisières en Méditerranée et en Atlantique. <Le voyage représente une part importante de sa vie.>
Le Gib Sea 37.2 de Jean-Pierre Ravet fera sa première sortie en Atlantique.
Photo © D.R.
De toutes ces expériences, il garde une certaine curiosité, un goût prononcé pour les rencontres, la découverte de cultures et de paysages.
À ses yeux, <le Seaplanet s'inscrit dans ces principes, avec en plus des visées scientifiques. Et puis aujourd'hui, qui ne se sent pas concerné par la protection de l'environnement ?>
En ligne de mire, il a l'édition 2012. Olivier devrait être à la barre de Zitoune, un Integral 43, <un bateau de voyage en alu avec un aménagement bien pensé.>
Avant de se lancer dans l'aventure, il lui reste encore à fixer une date pour poser son stylo et sa règle d'architecte. <Tu t'es acheté un bateau, ce n'est pas pour continuer à travailler>, lui répète sa femme.
(*) Le prénom a été changé.
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Pour plus d'informations sur le Challenge Seaplanet, lisez l'article <Avec le Seaplanet, la mer s'écrit en vert>, ici.
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