Je ne vous ai pas tout raconté, je l'avoue. J'aurais adoré, mais il faut parfois savoir trier. De ces six mois dans le Grand Sud, je garde les caletas perdues et les interminables canaux, les majestueux glaciers et les étonnantes traversées, les mouillages improbables et les paysages inattendus - et la lumière, les lumières. Et toutes ces photos, dont voici une sélection serrée. Mes plus beaux souvenirs. De quoi vous évader - et, pourquoi pas, vous convertir à la
Note :
Il y a pire comme point de vue, non ? A l'avant du Santa Maria Australis, une équipière avisée a trouvé l'endroit parfait pour profiter au maximum du paysage.
Photo © Anne Recoules
Je n'avais rien prévu. Absolument rien. En arrivant à Ushuaia, ville la plus au Sud d'Argentine, je ne pensais pas naviguer. D'ailleurs, je n'avais aucun équipement dans mon sac à dos. Irrésistiblement, je me suis dirigée vers le ponton. Et c'est là que tout a commencé. Que tout s'est enclenché.
Tout d'abord cette invitation à faire des ronds dans l'eau, le temps de quelques régates sur fond d'hiver austral. Combinaison de ski, gants fourrés et bonnet. L'équipement requis ne m'a pas dégoûtée. Au contraire, je me suis sentie profondément encouragée. Par ces longues discussions, dans un carré bien chauffé ou accoudée au comptoir du Micalvi de Puerto Williams. Par ces photos que les navigateurs du coin ou d'ailleurs s'amusaient à faire défiler devant mes yeux, pour mieux me convaincre. Et puis cette phrase, lancée comme un défi : <Anne, reviens dans quelques mois, c'est la saison du charter, il y a plein de bateaux et tu pourras aller dans les canaux et en Antarctique !>
Et pourtant, je n'avais fait qu'effleurer ces nombreux récits qui parlent du Grand Sud, plus par hasard que par réelle attirance. Shackleton, Poncet, Charcot, Flahaut... A chaque époque ses carnets de bord ou de voyage. A chaque marin ses modèles. Pour ma part, tout cela était bien lointain. Naviguer au large des côtes bretonnes suffisait amplement à contenter la navigatrice du dimanche que je suis. Ni fascinée, ni irrésistiblement attirée. Mais curieuse. Terriblement curieuse.
Et pourtant, avant de sauter de voiliers en voiliers dans ces froides contrées, j'étais d'une frilosité à désespérer. Le nez rouge au moindre coup de vent, une écharpe aussi grosse qu'une couverture autour du cou. Aujourd'hui, mes doigts continuent de virer au bleu et mes orteils au blanc, mais je mets désormais un peu moins de couches sur mon dos. J'ôte un pull là où j'en mettais deux auparavant. Et j'ai même apprécié boire mon thé du matin sur le pont, par 6°C...
Et pourtant, j'avais le mal de mer. Pas un mal à rester scotchée sur ma bannette sans pouvoir lever le moindre petit doigt. Plutôt un mal pénible, nauséeux, sournois. Usant. Mais entre les coups de vents à anticiper, les manoeuvres à effectuer et les paysages à contempler, j'avais autre chose à penser. Et c'est passé.
Et pourtant, je ne pensais pas embarquer aussi longtemps. Six mois dans le Grand Sud, dont deux en Antarctique. Moi qui ai toujours revendiqué le droit à un arrêt au café du port, et qui ne peux m'empêcher de filer à terre à peine le bateau amarré. Moi l'animal social, j'ai adoré cet isolement relatif où les seules préoccupations consistent à trouver un mouillage sécurisé, préparer un bon dîner bien chaud et se demander quel paysage extraordinaire on va explorer le lendemain. A quelques détails près.
Celle du matin, celle du soir et même celles de la nuit, quand celle-ci n'est pas tout à fait noire. Là-bas, les lumières sont en permanence changeantes et constamment médusantes. Pas étonnant qu'il y ait autant de livres de photos sur la Patagonie...
Photo © Anne Recoules
C'est ma curiosité, le hasard et les opportunités qui m'ont guidée. Et tous ces marins. Ceux qui revenaient des canaux de Patagonie, ceux qui rentraient du cap Horn et celui-ci, qui arrivait tout juste d'Antarctique. Leur engouement, leurs récits et leur passion m'ont convertie. Mais surtout, le fait qu'ils m'en parlent comme quelque chose de possible. <Oui c'est possible, Anne. Tu es là, dans le Sud, tu as du temps devant toi. Pourquoi ça ne le serait pas ?> A leurs yeux, c'était une évidence. Aux miens, ça l'est devenu, petit à petit. Au début, j'en parlais comme une possibilité. Puis comme une envie, un désir. Un objectif. Il fallait que j'aille voir de mes propres yeux ce qu'il cachait, ce Grand Sud.
Pas de point final à ces récits que je vous ai conté au fil des mois. Mais des points de suspension, parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver. Et une sélection de photos, avec tous ces mouillages et ces paysages incroyables qui ont jalonné mes navigations, durant ces six mois hors du temps. Hors de tout...
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Les six articles précédents
Six mois en bateau-stop dans le Grand Sud (1) / De Buenos Aires à Ushuaia, ma descente vers le Grand Sud
Six mois en bateau-stop dans le Grand Sud (2) / Mes navigations en Terre de Feu : les lieux mythiques
Six mois en bateau-stop dans le Grand Sud (3) / J'ai régaté dans les 50e !
Six mois en bateau-stop dans le Grand Sud (4) / Du cap Horn aux îles Wollaston
Six mois en bateau-stop dans le Grand Sud (5) / Deux mois en péninsule Antarctique : mes coups de coeur !
Six mois en bateau-stop dans le Grand Sud (6) / 1 400 milles en 3 semaines dans les canaux de Patagonie
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28/05/2011 - 00:01
Diaporama : 14 moments inoubliables…
De mes six mois dans le Grand Sud, je garde les caletas perdues et les interminables canaux, les majestueux glaciers et les étonnantes traversées, les mouillages improbables et les paysages inattendus – et la lumière, les lumières. Et toutes ces photos, dont je vous glisse ici quelques exemples choisis. Parmi mes plus beaux souvenirs…
04/05/2011 - 00:04
1 400 milles en trois semaines dans les canaux de Patagonie
Les cinquantièmes, Ushuaia, la Terre de Feu, les canaux de Patagonie, la Péninsule Antarctique. Un voyage en Amérique du Sud et le hasard du bateau-stop m'ont poussée vers le Sud. Le Grand Sud. Six mois, bonnet vissé sur la tête, dans des territoires aussi sauvages que somptueux, où le vent fait ce qu'il veut. Après cinq mois d'escapade Sudiste, il est temps pour moi de remonter. Ce sera côté chilien, par les canaux de Patagonie. Un immense labyrinthe aquatique, à géométrie et accessibilité variables. Là où l'on ne croise personne. Inoubliable.
31/03/2011 - 06:04
Deux mois en péninsule Antarctique : mes quatre coups de cœur !
Les cinquantièmes, Ushuaia, la Terre de Feu, les canaux de Patagonie, la Péninsule Antarctique. Un voyage en Amérique du Sud et le du bateau-stop m'ont poussée vers le Sud. Le Grand Sud. Six mois, bonnet vissé sur la tête, dans des territoires sauvages et somptueux. Après avoir navigué le long de la côte argentine sur Persimmon, un voilier australien, le capitaine me garde à son bord : c'est décidé, on tente l'Antarctique. Deux semaines plus tard, cap Horn dans le dos, nous entamons la descente du passage du Drake. Deux mois d'émerveillement, c'est long à raconter ! Je vous raconte donc ici mes quatre coups de coeur pour le sixième continent.
08/03/2011 - 05:06
Du cap Horn aux îles Wollaston
Les cinquantièmes, Ushuaia, la Terre de Feu, les canaux de Patagonie, la Péninsule Antarctique. Un voyage en Amérique du Sud et le hasard des rencontres et du bateau-stop m'ont poussée vers le Sud. Le Grand Sud. Six mois, bonnet vissé sur la tête, dans des territoires aussi sauvages que somptueux, où le vent fait ce qu'il veut. Mais la Terre de Feu ne se laisse pas aborder aisément. Et le cap Horn, qui n'est pas loin, le sait bien. D'ailleurs, il n'est pas tout seul, ce rocher. Autour de lui, les îles Wollaston veillent au grain. A terre ou en mer, un archipel captivant dont il faut savoir se méfier. Le bout du monde, c'est ici.
12/02/2011 - 00:03
J’ai régaté dans les 50e !
Les cinquantièmes, Ushuaia, la Terre de Feu, les canaux de Patagonie, la Péninsule Antarctique. Le hasard des rencontres et du bateau-stop m'ont poussée vers le Sud. Le Grand Sud. Six mois, bonnet vissé sur la tête, dans des territoires aussi sauvages que somptueux, où le vent fait ce qu'il veut. Là-bas, on ne fait pas que des belles croisières. On régate aussi. Même quand les températures fricotent avec le 0, les plaisanciers locaux tirent des bords dans le Beagle. Entre froid, kelp et vents catabatiques...
01/02/2011 - 06:02
Mes navigations en Terre de Feu : les lieux mythiques
Les cinquantièmes, Ushuaia, la Terre de Feu, les canaux de Patagonie, la Péninsule Antarctique. Un voyage en Amérique du Sud et le hasard des rencontres et du bateau-stop m'ont poussée vers le Sud. Le Grand Sud. Six mois, bonnet vissé sur la tête, dans des territoires aussi sauvages que somptueux, où le vent fait ce qu'il veut. Après avoir longé la côte argentine, me voici en Terre de Feu. De villages isolés en bar de marins, petit aperçu des lieux mythiques des navigateurs australs.