Actualité à la Hune

Détection FFV / Collectif France Espoir Monotype

Les 5 commandements de l’apprenti coureur au large

  • Publié le : 04/02/2013 - 00:01

AdaptationAvec un enthousiasme communicatif, les jeunes enchaînent les manœuvres en tâchant d'être les plus efficaces possible, même s'ils n'ont encore jamais navigué ensemble. Les encadrants ne les connaissent pas tous par leurs noms, mais ils sont identifiés par des dossards. Photo @ Manon Borsi

Souvent critiquée dans sa détection, la FFV investit pourtant de gros moyens pour intégrer les jeunes prometteurs dans des collectifs d’entrainement. Immersion dans deux journées de recrutement.

Objectif "Régate de haut niveau"

C’est d’abord le TFV, épreuve reine du Championnat de France de Course au Large en Équipage, qui attire ces jeunes : en 2012, une partie des retenus dans le collectif avaient trouvé leur place à bord des deux M34 de l’ENV, armés par les Côtes d'Armor et la BRED associée à la région Normandie.
Pour 2013, les perspectives étaient plutôt plus alléchantes, puisque Damien Seguin et Julien Bontemps avaient un troisième projet à leur offrir ; hélas, la situation économique a compliqué les choses au point qu’aucun de ces trois projets n’a encore bouclé son budget.
Quoi qu’il advienne, la FFV est bien décidée à proposer une formation poussée à ces recrues et à les accompagner sur des projets, qu’ils se fassent en M34, en J80 et/ou en match-race.

Le deuxième week-end de janvier, à Quiberon, ça pince. Surtout une fois que le soleil s’est caché, que la brise s’est renforcée et que le pont des Bénéteau 7.5 est vaporisé d’embruns… Mais rien qui n’efface le sourire des jeunes qui enchainent les petits parcours, efficaces et montés sur des ressorts.

Ils s’appellent Martin, François ou Chloé, ont entre 18 et 25 ans et font partie des 37 coureurs retenus parmi les 84 dossiers remontés via les pôles d’entrainement et les régions au département Habitable de la FFV et à l’ENV. C’est la troisième année consécutive que l’on a recours à ce procédé pour détecter les futurs grands de la course en équipage. Les jeunes ont financé leur déplacement jusqu’ici, on leur offre le gîte et le couvert… Et peut-être une place dans le Collectif France Espoirs Course au Large, s’ils sont suffisamment prometteurs.

«Dire si un jeune mérite ou non que l’on parie sur lui est terriblement difficile, explique Marc Bouvet qui pilote le projet aux côtés de Baptiste Meyer-Dieu, Julien Bontemps, Jean-Yves Le Déroff, Stéphane Krause, Marc Bouet et Laurent Bregeon, car on ne peut jamais être certain de la manière dont il va évoluer.» Alors, pour éviter aux encadrants de faire des erreurs de castings et aux jeunes de passer à côté de leur sélection, on a misé sur deux journées à l’emploi du temps surchargé : deux après-midi de nav’ bien denses, en plus dess tests physiques, tests théoriques et entretiens individuels. Aux jeunes de prouver qu’ils rentrent dans les cases et méritent leur place.

 

> Adaptable, tu seras
Enchaînement de procéduresSur les deux après-midi, la flotte de Bénéteau 7.5 et les deux M34 enchaînent les parcours banane. Aidé de deux jeunes blessés, Baptiste Meyer-Dieu lance les procédures et organise les transferts d'équipiers d'un bateau à l'autre.Photo @ Manon Borsi Naviguez, jeunesse ! Appuyé au balcon arrière de l’un des deux M34 de l’ENV, Marc Bouet (quatre sélections olympiques et pointure du match-racing, ndlr) suit la manœuvre en levant un sourcil et griffonne ses observations. Chaque jeune porte un dossard numéroté. À la fin de la manche, il donne son avis au barreur : «Dès que l’autre bateau est venu vous chercher, tu aurais dû réagir pour ne pas te faire coincer. – Mais je n’ai pas imaginé qu’ils allaient se la jouer match-race. – Tu aurais dû t’adapter. L’adaptation, les gars, c’est primordial.»
Dans son dossier d’inscription au stage, chacun a indiqué son poste de prédilection et les premiers équipages ont été composés en conséquence, pour naviguer sur M34 et/ou Bénéteau 7.5... Mais le lendemain, c’est une autre histoire : certains sont utilisés à contre-emploi pour être poussés dans leurs retranchements – et éventuellement se retrouver en difficulté. Accepter cette nouvelle donne est un bon début ; se défoncer pour assumer au mieux un poste méconnu témoigne d’une grosse motivation ; savoir s’adapter est décidément la clé.
Incontournable. Mais l’aisance, le fonctionnement en groupe, la capacité de concentration, le leadership, la force physique et l’envie sont quelques-unes des qualités également évaluées. Le niveau que les recrues affichent sur l’eau et leur potentiel de progression restent le souci principal des encadrants et c’est surtout là-dessus que sera fait le choix final de retenir un nom dans le collectif ou non.

Prestation en merSur chaque M34 et Bénéteau 7.5, embarque l'un des encadrants (ici Laurent Bregeon) qui ne participe pas à la manœuvre, mais évalue chacun des jeunes : aisance au poste, motricité, qualités physiques et mentales, esprit d'équipe, rigueur, etc... Photo @ Manon Borsi

> Un minimum de conditions physique, tu afficheras
2 000 m rameurEn guise de test VMA (Vitesse Maximale Aérobie), les jeunes doivent "parcourir" 2 000 mètres en rameur et en un minimum de temps... De quoi se décoller les bronches !Photo @ Manon Borsi 8h30, salle de sport. Ils ont le teint encore froissé et une petite mine, mais écoutent avec attention Julien Bontemps (médaillé d’argent en planche à voile aux JO de Pékin et Professeur de Sport, ndr) leur expliquer le déroulement de la prochaine heure et demie. Au programme, un check-up complet. Combien de mouvements de traction peuvent-ils faire au maximum ? De pompes ? Combien de temps tiennent-ils en tension sur les abdos ? Et surtout, en combien de temps parcourent-ils 2 000 mètres sur un rameur ? On s’attend à ce que cela tourne au concours de biscotos, mais les jeunes ont surtout l’air préoccupé. «Les tests physiques, c’est ce que je redoute le plus…», grimacent-ils. Julien rapporte les résultats dans un tableau à rallonge et les encourage. En réalité, aucune performance n’est vraiment éliminatoire : ces tests servent d’abord à évaluer le niveau général de chacun, ainsi que l’intérêt porté à la préparation physique... En somme, ils sont un bon indicateur de leur culture du sport et de leur motivation !
Examens en règle. En revanche, les apprentis sportifs de haut niveau sont sensés avoir satisfait à la batterie d’examens médicaux légalement prévus. Depuis les années 2000, la France a en effet imposé un suivi médical plus strict à ses sportifs inscrits sur les listes ministérielles (Espoirs et Haut Niveau) : examen médical conduit par un Médecin du sport, examens sanguins et urinaires, test d’efforts, électrocardiogramme et échocardiographie de repos leur sont régulièrement demandés.

 

> Quelques connaissances, tu auras
Heures sup. Nuit noire sur la pointe de Beg Rohu, la mer a disparu. Le cube de verre qui abrite le self de l’ENV se vide en une dizaine de minutes : les stagiaires ont rendez-vous à 20h30 pour passer le test météo élaboré par Claire de Nomazy... Ils ont 30 minutes pour répondre à 21 questions plutôt corsées : frontologie, observation des nuages, rotation du vent, choix tactiques envisagés selon telle ou telle situation… L’assurance des jeunes ne laisse guère présager de leur taux de réussite. Trois seulement obtiendront la moyenne et les encadrants font «Gloups !».
Dans le même genre, il est bienvenu de maîtriser ses règles de course, comme de comprendre un minimum les règles physiques mises en jeu dans le fonctionnement d’un voilier. Ces connaissances sont testées à l’entrée en Centre d’Excellence Régional ou National, mais cette fois-ci, les jeunes échappent à ces questionnaires.

 

> Les idées claires, il te faudra
EntretienL'entretien individuel permet de sonder les motivations des candidats au collectif, de juger de leur maturité, de leur disponibilité et de la qualité de leurs projets de navigation, qu'ils soient finalement retenus dans le collectif ou non... Mais aussi de les remettre sur les rails, si nécessaire.Photo @ Manon Borsi Entretien individuel. La salle éclairée au néon, les chaises de classe, l’ordinateur portable qui ronronne. Il y a quelque chose de solennel dans l’air et face aux deux encadrants qui constituent son jury, les jeunes ne sont pas franchement à l’aise, même au moment de rappeler leur identité et leur numéro de licence. On aurait pensé qu’ils aient préparé leur intervention, mais ça n’a pas l’air…
Dans l’idée, l’entretien individuel doit révéler pas mal de choses, notamment sur la maturité des candidats au Collectif et la qualité de leur projet voile. Beaucoup ont déjà un équipage de J80 et le mondial qui se court à Marseille, en juillet prochain, en ligne de mire. La grosse différence se situe entre ceux qui envisagent deux week-ends d’entrainements d’ici là et ceux qui prévoient de naviguer toutes les semaines… Au final, les doux rêveurs ont peu de chances d’être retenus dans le Collectif – mais bénéficie d’un recadrage en règle. Le haut niveau a quelques exigences et réclame pas mal de rigueur ; lorsque l’on envisage de se lancer dans ce type de pratique, mieux vaut le savoir. Marc Bouvet manie l’euphémisme, mais n’en pousse pas moins fermement les postulants à faire des choix intelligents : «Ceux qui débarquent la fleur au fusil m’inquiètent un peu et je préfère les recadrer.»

 

> Disponible, tu seras
La donne est claire : quel que soit leur cursus professionnel ou de formation, une sélection dans le Collectif France Espoirs Monotype implique d’être disponible pour les différents aspects du projet et de respecter un calendrier de navigation de 80 à 90 jours (entrainements et régates compris, jusqu’au mois de septembre prochain). Premier rendez-vous donné, ces jours-ci, en février.

 

………..
Invitation ENVC'est à l'ENV, où sont logés et nourris les jeunes, qu'est organisée la détection ; le voyage jusqu'à la presqu'île de Quiberon seul reste à leur charge.Photo @ Manon Borsi La sélection 2013 a été donnée fin janvier. Sont retenus :

Nicolas Andrieu
Aymeric Arthaud
Romain Béthune
Quentin Bouchacourt
Maxime Cariou
Baptiste Choquenet
Antoine Guillou
Arthur Herreman
Pierre Laouenan
Josselin Le Moine
Quentin Le Nabour
Martin Le Pape
Arthur Le Vaillant
Simon Moriceau
Brieuc Oger
Yves-Marie Pilon
Yann Rigal
Clément Santoro
Lucie Scheiwiller

> Toute l’actualité du collectif est à retrouver, ici.