Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles & Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est toujours bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! L'heure est venue de prendre le large. À travers ma dernière escapade en Corse, en deux épisodes, je fais le tour des questions qui se posent quand on traverse pour la première fois. Épisode 1.
Note :
Traverser. N'avoir devant soi que de l'eau, du ciel, et des milles à parcourir en toute liberté : un rêve accessible. La Corse n'est qu'à une centaine de milles, vingt-quatre heures de navigation. Mais une traversée n'a rien d'une formalité : ça se prépare un minimum !
Photo © Delphine Fleury
Plus aucune terre en vue. La mer, rien que la mer. Des heures, peut-être des jours en tête à tête avec les vagues et le vent. La traversée est une parenthèse longtemps attendue, espérée, préparée. Pourtant, il en faudrait peu pour que ce rendez-vous amoureux ne tourne au vinaigre. Une météo pas tout à fait conciliante, un équipage peu rassuré, un mal de mer qui s'invite, une petite voie d'eau qui s'immisce... et tout fout le camp !
Au large, le moindre grain de sable peut rapidement prendre des proportions démesurées et altérer la confiance que l'on avait dans son bateau ou son skipper. Bateau, météo, trajet, point d'atterrissage, équipement... revue de tout ce à quoi il vaut mieux penser avant, pour profiter pleinement de ce moment.
1. Soyez sûr de votre bateau. Notre traversée était initialement prévue à Pâques, mais nous avions finalement rebroussé chemin au bout de quelques heures, parce que notre safran en bois (rapporté sur le tableau arrière) était fendu et qu'au portant, la fente semblait s'élargir un peu plus à chaque vague. On n'entame pas une traversée sur un bateau dont on n'est pas totalement sûr ou en ayant un doute sur la fiabilité de tel ou tel élément. Et encore moins avec un point faible avéré. Il y a déjà tellement de possibilités d'être surpris par une avarie que l'on n'imaginait pas ! Alors, mieux vaut ne pas partir avec une épée de Damoclès au dessus de la tête !
2. Choisissez bien votre port de départ. Puisque l'avarie de safran nous avait contraints à rester sur le continent, nous avions laissé notre bateau à Antibes, où l'on savait pouvoir le faire réparer facilement. Ainsi, la Corse ne serait plus qu'à 90 petits milles pour la prochaine fois - c'est toujours ça de gagné ! De plus, à Antibes, nous pouvions arriver en train et rejoindre le bateau à pied (la gare est à deux pas du port), ce qui n'était pas le cas de Porquerolles où nous avions aussi la possibilité de laisser notre voilier. Des détails qui, le jour du départ, les bras chargés de bagages, prennent toute leur importance.
La cité fortifiée de Calvi est facilement reconnaissable lorsqu'on vient du large et sa visite vaut la peine. En revanche, n'espérez pas êtres accueillis à bras ouverts en pleine saison : le port est saturé. De toute façon, les nuits y sont si agitées qu'il vaut mieux dormir un peu plus loin...
Photo © Delphine Fleury
3. Choisissez bien votre lieu d'atterrissage. Partant d'Antibes, l'arrivée à Calvi s'est pour nous imposée immédiatement. Parce que c'est la route logique et que Calvi est un point d'atterrissage bien commode : on s'arrange pour faire coïncider l'approche de la terre avec la fin de nuit et il n'y a plus qu'à se laisser guider par le fameux phare de la Revellata, visible à 21 milles. Passée la pointe, voir apparaître au petit matin la cité fortifiée derrière les rochers est un enchantement. Même si - mieux vaut être prévenu - en saison, vous risquez fort de devoir prendre une bouée à l'extérieur du port ou mouiller à l'autre bout de la baie. Ici, on n'attend pas que vous, même si vous arrivez du large !
4. Optimisez votre route. La route la plus courte n'est pas toujours la meilleure. Selon les conditions de vent, de mer, et les évolutions prévues, il est parfois plus judicieux de parcourir quelques milles supplémentaires pour recevoir le vent ou les vagues du bon côté. Partant avec un vent de Sud-Ouest (donc travers) à 4 beaufort qui devait monter à 5 en milieu de nuit, j'ai préféré serrer un peu plus le vent dans les premières heures, pour me laisser la possibilité d'abattre quand il monterait plutôt que de me retrouver pile travers à la lame quand les vagues seraient plus formées. Finalement, le vent n'a pas forci mais a nettement refusé au matin : nous avons pu arriver sur un seul bord alors qu'il nous aurait sans doute fallu louvoyer sans ce petit <bout de gras>.
5. Regardez la carte. Avant de rentrer quelque point que ce soit dans le GPS, il est impératif de regarder d'abord la carte, pour avoir bien en tête la configuration de la côte, son orientation, les dangers ou obstacles à éviter. A force de se fier au GPS, on finit par naviguer dans des chiffres, des caps, des vitesses et des distances au but, sans plus savoir réellement où on va. Je me souviens d'un équipage de Japonais qui participait à la Transquadra, qu'on avait retrouvé échoué (et sans bulbe de quille) en Martinique dans la Baie des Anglais. Je reste intimement persuadée que, la fatigue d'une transat en course aidant, ils suivaient aveuglément le cap indiqué par le GPS, entré depuis le départ, qui leur indiquait le port du Marin - sauf qu'il y avait, sur leur route, toute la pointe Sud de l'île à contourner.
6. Ayez une bonne couverture météo. Pour une traversée courte comme celle-ci, on peut fort bien se passer de Navtex, de fichiers grib et autres bulletins de prévisions. A condition d'avoir suivi, quelques jours avant le départ, les évolutions de la météo et de ne pas se contenter du bulletin affiché à la capitainerie le matin de l'appareillage. Même si la traversée ne doit durer que 24 heures, une météo à trois jours est un minimum pour avoir une bonne visibilité - une voile déchirée, une panne de vent et de moteur, et votre ambitieuse ETA (heure estimée d'arrivée) ne sera plus qu'un vague souvenir ! De même, ce n'est pas un bulletin qu'il vous faut prendre, mais trois : la zone côtière de départ, le bulletin large et la zone des 20 milles de votre destination. Les conditions sur les côtes de la Corse sont souvent bien différentes de celles rencontrées à la même période sur le continent. Mieux vaut savoir comment vous allez être cueillis !
Le phare de la Revellata est un excellent point de repère pour l'atterrissage à Calvi. Il suffit d'arriver en approche des côtes en fin de nuit et l'on profite lors des derniers milles de son feu (deux éclats blancs toutes les 10 secondes), avant de voir le jour se lever sur les montagnes corses.
Photo © Delphine Fleury
7. Embarquez le matériel adéquat. Avez-vous un radeau de survie ? L'équipement hauturier réglementaire est-il complet ? De quel moyen de communication disposez-vous ? Il est temps de vous poser la question. Non pas que les affaires maritimes vous attendent à mi-route pour vous verbaliser, mais disons qu'au large, mieux vaut ne compter que sur soi-même. Pensez au radeau de survie, donc, mais aussi à vérifier et compléter la trousse de pharmacie, le jeu de pinoches, les fusées de détresse. Soyez autonomes en gasoil - quitte à acheter un bidon supplémentaire -, car le vent vient souvent à manquer en été. Installez, si ce n'est déjà fait, un réflecteur radar dans votre mâture : vous allez croiser pas mal de monde. Pensez aux lampes torches, aux lampes frontales, aux piles de rechange. (Voir notre article <Avant de partir : des petits gestes pour de grands services !>, ici.)
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> A faire
. Assurez-vous du bon fonctionnement de votre VHF. Vous pouvez, avec une ASN, envoyer un <message de routine >, avec accusé de réception. Vous avez aussi le droit d'appeler le CROSS en phonie, sur le canal 16, en précisant <pour essai VH>. Vous saurez si vos messages sont bien reçus.
. Prenez le dernier bulletin météo depuis le bateau. Même si vous n'avez ni Navtex ni connexion internet à bord, vous pouvez entendre les bulletins météo des sémaphores à la VHF et même téléphoner à un service météo avec votre portable : on continue à capter pendant une bonne dizaine de milles après le départ.
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> A ne pas faire
. Ne partez pas bille en tête, avec une météo approximative et un bateau <à peu près prêt>, sous prétexte que la Corse n'est pas si loin. Une traversée, même de 100 milles, n'est jamais anodine.
. Ne vous interdisez pas de changer vos plans en cours de route. Si le vent vient à être contraire, trop fort ou carrément absent, n'hésitez pas à étudier d'autres ports ou mouillages d'atterrissage possibles. Quitte à aller en Italie, sur la côte orientale de la Corse ou à rejoindre directement le Sud de l'île, si cela peut vous rendre la navigation plus sûre.
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10/08/2010 - 05:25
Pendille, quand tu nous tiens !
Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles & Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est toujours bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! Vous naviguez en Méditerranée cet été ? Bienvenue au royaume de la pendille ! Allez, pas d'inquiétude, on finit par s'y faire !
13/07/2010 - 06:28
Sécurité : établissez vos propres règles
Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles & Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! Place cette fois-ci à la sécurité à bord, ou comment se forger ses propres règles pour naviguer prudemment.
10/07/2010 - 00:29
Enfants à bord : évitez la mutinerie !
Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles & Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! Et quand on embarque nos enfants, mieux vaut connaître quelques petites astuces pour les ménager, les occuper... et éviter la mutinerie !
01/07/2010 - 06:45
Avant de partir : des petits gestes pour de grands services !
Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles et Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée - et tout s'est bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps, pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! On appareille ? Là, tout de suite ? Attendez, il me reste deux ou trois choses à faire !
10/06/2010 - 05:50
Manœuvres de port : cent fois sur le métier…
Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles et Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps, pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! A commencer par les manoeuvres de port, sujet d'angoisse s'il en est, que j'ai domptées une fois pour toutes. Non mais !