Actualité à la Hune

La croisière sans souci (7)

Ma première traversée ! (2)

Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles & Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est toujours bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! L'heure est venue de prendre le large. À travers ma dernière escapade en Corse, en deux épisodes, je fais le tour des questions qui se posent quand on traverse pour la première fois. Épisode 2.

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  • Publié le : 28/08/2010 - 00:57

Seul en mer La traversée, c'est une parenthèse, un îlot de rêve. Un tête-à-tête avec soi-même, ou avec la mer et le ciel, c'est comme on veut. Mais un moment privilégié, c'est certain. Surtout lorsque la nuit tombe... Photo © Delphine Fleury Nous y sommes. Le large, enfin. Mais au fait, combien de milles on a fait ? Et qu'est-ce qu'on mange à midi ? Tu crois pas qu'on pourrait choquer un peu du génois, là ? Dis, c'est toi qui prends le premier quart, ce soir, ou c'est moi ?
Pendant une traversée, même lorsqu'elle ne dure que 24 heures, le voilier est comme une île, une terre isolée et mouvante, un petit monde coupé du monde. Les rapports humains, les habitudes de vie, les mouvements même sont changés. Revue des petits plaisirs et tracas de la vie quotidienne en traversée.

1. Le rythme. Dans le déroulement d'une traversée, même courte, le temps ne s'écoule pas de façon rectiligne. Les premières heures semblent souvent longues : on est encore dans le temps de la terre, dans la frénésie des préparatifs de départ. Il faut prendre ses marques. Si les conditions sont clémentes, ce temps d'adaptation peut ne durer que quelques heures, mais quand on navigue au près ou dans la mer formée, il faut parfois passer le cap des 24 heures avant de commencer à se sentir en phase. Cette nouvelle période, qui dure presque autant de temps que la traversée, est la meilleure. On épouse le rythme de la mer, on ne fait plus qu'un avec son bateau. La terre est loin, elle n'existe plus. Puis à l'approche de l'arrivée, le temps prend une subite accélération. Le charme est rompu. Notre esprit n'est déjà plus tout à fait en mer. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, les dernières heures paraissent toujours interminables.

2. Le mal de mer. Oui, ça arrive à tout le monde. Justement parce que, selon les conditions et l'état d'esprit dans lequel on est, on met plus ou moins de temps à s'acclimater à cet environnement mouvant. J'y ai eu droit, cette fois-ci. Pourquoi ? L'appréhension. Le fait de traverser pour la première fois avec mon bébé à bord. L'obligation de passer de longs moments à l'intérieur pour m'occuper de lui, alors que ça remuait. Je n'ai plus rien pu avaler jusqu'à l'arrivée - et il m'a fallu attendre d'avoir posé les deux pieds à terre pour remettre mon estomac à l'endroit. Règles d'or pour empêcher le mal de mer de s'installer : rester dehors. Eviter les longs séjours à l'intérieur - sinon en position allongée. Se couvrir, se nourrir, s'occuper (prendre la barre c'est encore le mieux). Respirer. Et ne pas hésiter à prendre un cachet contre le mal de mer quelques heures avant le départ si l'on se sent vulnérable. Il n'y a pas de honte à ça.

3. Les quarts. Faut-il organiser strictement les quarts et faire un tableau de rotation comme en école de voile, ou mieux vaut-il laisser une place à l'improvisation ? Autant on peut s'accommoder d'un certain flou sur les horaires et les rôles de chacun de jour ; autant il est nécessaire de cadrer un peu les choses de nuit, surtout avec un équipage nombreux, pour que chacun trouve sa place et que personne ne soit privé de barre ou de sommeil. Les quarts peuvent durer deux, trois ou quatre heures, c'est à voir en fonction des conditions. Si l'on veut avoir de vraies périodes de sommeil, les quarts de 3 ou 4 heures sont les plus adaptés, mais s'il fait froid ou si la navigation est exigeante, mieux vaut prévoir des quarts assez courts. A deux, sans pilote, on a fait au feeling : on passait parfois moins d'une heure à la barre, puis trois heures d'affilée, selon notre état de fatigue et notre bon plaisir - lui adore être seul dans la nuit, moi j'aime voir le jour se lever et barrer au petit matin.

Croiser le fer Loin, très loin, tout près ? Un navire à l'horizon, c'est tout de suite une question : vais-je croiser sa route ? Sur une traversée comme celle entre continent et Corse, en plein été, il peut y avoir foule ! La vigilance est de mise. Photo © Delphine Fleury 4. Les croisements. Nous n'avons pas croisé beaucoup de monde pendant la traversée aller - les premiers jours de juillet, ce n'est pas encore l'autoroute ! Cela ne nous a pas empêché de rester vigilants sur les croisements avec d'autres navires. Le jour, un repère dans les haubans ou les filières pour vérifier l'alignement suffit ; on sort le compas de relèvement en cas de doute (si le gisement, pris à intervalles réguliers, reste le même, c'est qu'il y a route de collision). La nuit, en Méditerranée, on croise surtout des bateaux de pêche - qu'on ne croise pas vraiment, d'ailleurs : avant de voir leurs feux distinctement, on les identifie surtout parce qu'ils sont immobiles. Les navires marchands et ferries sont assez facilement reconnaissables de par leur vitesse, mais ils imposent de réagir vite. Il ne faut pas hésiter à modifier sa route en cas de doute - mais alors il faut le faire vite, et franchement, pour que le pilote comprenne vos intentions. Surtout, au moindre doute, à la moindre hésitation, il faut absolument alerter l'autre, même s'il dort profondément. Une fausse alerte vaut mieux qu'un réveil brutal...

5. Les manoeuvres. Contrairement à ce qu'impose la navigation côtière, il peut se passer des heures sans qu'on ait à manoeuvrer. Pour peu que le vent ne varie pas trop, il arrive qu'on puisse faire la traversée sans même un virement de bord - ce fut notre cas à l'aller, où nous sommes restés au travers puis bon plein, tribord amures, d'Antibes à Calvi ! En revanche, les variations en force imposent d'adapter sa toile et d'anticiper les éventuels changements. Partis au moteur à la mi-journée, nous avons fait l'essentiel de la traversée par 15 à 20 noeuds de vent, qui se sont maintenus jusqu'en milieu de nuit. Nous avons donc pris un ris et installé la trinquette dès que le vent est monté, en sachant que nous avions encore la possibilité de prendre un deuxième ris et d'ariser la voile d'avant si ça se corsait. L'idée était de ne pas avoir à effectuer un changement de voile en pleine nuit. Ainsi, quand le vent est finalement retombé à 10 noeuds (alors qu'il était supposé forcir), nous avons largué le premier ris, mais gardé la trinquette. Nous avons donc navigué légèrement sous-toilé pendant quelques heures en fin de nuit, mais le vent, qui est remonté à 20 noeuds à l'arrivée sur les côtés de Corse, nous a donné raison. En équipage réduit, autant limiter ses efforts... et ne pas multiplier les risques.

Privilège de marins Au retour de Corse, alors que nous longeons la côte camarguaise après deux jours de mer, ce splendide coucher de soleil nous est offert en apothéose. Nous ne sommes même pas rentrés, et déjà nous pensons à repartir au large... Photo © Delphine Fleury 6. Les repas. Ils rythment la vie du bord et sont les meilleures, parfois les seules, occasions de rassembler l'équipage. Ils sont aussi, bien plus qu'à terre, de très importants régulateurs d'humeur. Un bon repas fait mieux pour le moral des troupes que toutes les paroles d'encouragement, quand les conditions sont difficiles. Pour autant, il n'est pas nécessaire d'être un fin cuisinier : en mer, les mets les plus simples sont souvent les meilleurs (vive les pâtes !). Prévoyez des repas tout prêts ou des sandwiches pour les premières heures : vous ne cuisinerez pas (ou alors vous pouvez tout de suite vous reporter au chapitre <mal de mer> plus haut !). Sachez qu'en été, surtout s'il fait chaud, vous mangerez beaucoup plus de produits frais que de conserves : pas la peine d'en embarquer pour deux mois ! En revanche, vous devez prévoir suffisamment d'eau et de nourriture pour être totalement autonome pendant plusieurs jours, on ne sait jamais...

7. L'entretien courant. Malgré tout le soin que vous portez à votre bateau à terre, une navigation plus longue que de coutume peut révéler des faiblesses ou des points d'usure auxquels vous n'avez pas encore été confronté. Un très long bord de portant et c'est votre grand-voile qui frotte au niveau des barres de flèche, les rivets de votre vit-de-mulet qui commencent à prendre du jeu. Un grand bord de près et c'est un peu d'eau qui apparaît dans les fonds, venue d'on ne sait où. Une traversée au moteur dans la pétole et votre fier in-board finit par vous illuminer de tous ses voyants ! Bref, ayez un oeil vigilant sur tous ces points névralgiques et ouvrez de temps en temps le capot moteur : ménagez votre monture si vous voulez qu'elle vous emmène loin !


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Les détails auxquels on ne pense pas forcément

. Dans votre voilier de location ou votre set de vaisselle flambant neuf, vérifiez que vous avez des tasses avec anses (en mer, il relève de l'impossible de boire un thé bouillant dans un bol) et des assiettes creuses.

. Porteurs de lentilles oculaires, prévoyez des lunettes : vous aurez besoin d'y voir clair aussi la nuit, pendant que vos lentilles sont au trempage !


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> A faire

. Faites attention au soleil. Comme il y a plus d'air qu'à terre, on ne le sent pas forcément, mais on y est exposé toute la journée. Prévoyez impérativement lunettes, chapeau et crème solaire. Et buvez beaucoup d'eau.

. Profitez des plaisirs simples. Un café chaud à la nuit tombée, un seau d'eau de mer pour se rafraîchir, une sieste dans le cockpit, trois pages d'un bon roman... En haute mer, le moindre petit plaisir devient une vraie délectation. Ne vous en privez pas !


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> A ne pas faire

. N'essayez pas de vivre comme à terre. Horaires, habitudes culinaires, rythme de sommeil, activités... en traversée, tout change. Ne luttez pas. Laissez-vous aller, tout ira bien !

. Ne dépensez pas sans compter (l'eau, le gasoil, l'énergie). En haute mer, il faut toujours se laisser une grande marge de sécurité, au cas où. Faites la vaisselle à l'eau de mer, même si vous avez de grands réservoirs. Lavez-vous à l'eau de mer dans le cockpit, même si vous avez une douche chaude. Eclairez-vous plutôt aux ampoules à LED qu'au puissant plafonnier. Vous verrez, ces petits sacrifices deviendront de grands plaisirs !

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Vos commentaires

    • toujours aussi sympas ces articles et écrits avec beaucoup de simplicité. Merci, continuez

      Ajouté par JJ le 12/03/2011 - 15:04
    • quel beau coucher de soleil

      Ajouté par dam35 le 26/04/2011 - 17:00

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