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Reçu 5 sur 5 / N°3

Sortez au trapèze !

  • Publié le : 14/04/2013 - 00:05

CoordinationLe trapèze permet d'augmenter considérablement le couple de rappel de l'équipage, à "moindre effort"... La position demande avant tout de la dextérité et de la coordination, y compris entre barreur et équipier. Le poids pendu au bout du câble n'est anodin ni pour l'assiette du bateau, ni pour le profil du gréement !Photo @ Jesús Renedo Sofia Mapfre

Vaguement intimidante, la position de l’équipier au trapèze peut faire hésiter certains à s’essayer à des supports un peu punchy… Il n’y a pourtant pas de quoi fouetter un chat. Voici un B.A.-BA en 5 points.

 

1. Le trapèze, c’est quoi ?
Le trapèze, c’est une histoire de couple de rappel augmenté : l’intégralité du corps de l’équipier (et éventuellement du barreur) est déporté à l’extérieur du bateau, à l’horizontal au-dessus de l’eau. Les pieds du trapéziste sont sur le liston et il est retenu par un câble fixé au mât. Cette technique permet de tenir des dériveurs de plus en plus puissants… Et provoque des sensations assez surprenantes ! «Voler» au ras de l’eau sur un dériveur qui envoie a quelque chose d’assez excitant !   

 

Trapèze, mode d"emploiEn 470, le barreur est au rappel et l'équipier monte au trapèze dès que le vent forcit ; ce dernier se charge en même temps des écoutes de foc et de spi. (Cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.)Photo @ Jesús Renedo Sofia Mapfre / Voiles et Voiliers

 

2. Quels mots pour parler trapèze ?
Babouinage.
Ce n’est pas le mot le plus courant, mais plutôt l’un des plus récents pour désigner une technique utilisée par les meilleurs naviguant dans des séries où la règle 42 (régissant la manière de propulser son bateau…) est tolérante. Le babouinage consiste à travailler le câble de trapèze de manière à brusquer le gréement et pomper les voiles, comme le font les planchistes (parfois surnommés les «babouins»), afin de gagner en cap et en vitesse.
Câble de trapèze. A dénombrer par paire, un sur chaque bord. Ces câbles ont un usage propre (ils sont donc à différencier des haubans !) et se fixent de part et d’autre du mât. Chacun se termine par une cuillère (dans laquelle on crochète) et peut être équipé d’un palan : un élastique l’assure au niveau du liston. Ils peuvent être de nature textile.
Ceinture de trapèze. Les ceintures de trapèze sont de plus en plus ergonomiques et les modèles se diversifient, mais il s’agit toujours d’un baudrier intégrant une barre de trapèze qui présente un crochet. Sangles, bouts ou velcros permettent de l’ajuster ; pour éviter les blessures et être performant, la barre de trapèze doit faire corps avec le bassin et le dos ne doit pas travailler cambré.
Cuillère. Boucle en inox sur laquelle on crochète sa ceinture de trapèze.
Double cuillère. La même que précédemment, offrant deux boucles pour crocheter, donc deux réglages.
Palan. La longueur du câble de trapèze étant fixe, un palan permet au trapéziste d’ajuster sa position, se descendant plus ou moins selon les conditions de vent et de mer, les performances visées et son confort.
Poignée. Placée en amont du palan, une poignée – parfois très minimaliste – permet au trapéziste de se tenir chaque fois qu’il n’est pas crocheté via sa ceinture, notamment au moment de sortir ou de rentrer au trapèze.

 

Yo-yoEn Nacra 17, barreur et équipier sont au trapèze et il revient à l"équipier de contrôler la gîte : afin de diminuer le couple de rappel, il rentre un peu en pliant les jambes.Photo @ Jesús Renedo Sofia Mapfre

 

3. Comment se met-on au trapèze ?
Pour sortir, on se place accroupi sur le liston au vent et on se crochète. On saisit la poignée d'une main, se tend en poussant sur la jambe avant et en s’équilibrant de la main opposée. Une fois tendu, on lâche la poignée. Grâce au palan, on peut se descendre plus ou moins, en fonction de son confort, de la force du vent et de la hauteur des vagues. Garder de la mobilité au niveau du buste est important, que ce soit pour observer le plan d’eau ou travailler la conduite en bougeant pour accompagner le bateau. Pour proposer le meilleur couple de rappel, il faut se grandir au maximum. Pour diminuer le couple, il ne faut pas raccourcir le palan, mais plier les jambes.

Pour rentrer du trapèze, on saisit sa poignée, plie la jambe avant et se laisse glisser à l’intérieur du bateau. Il faut penser à se décrocheter.

L’équipier a souvent une écoute (foc ou spi le plus souvent) à gérer au trapèze, tandis que le barreur des dériveurs et catamarans à double trapèze a sa barre et parfois une écoute dans les mains.

 

4. Est-ce que c’est dur ?
Le trapèze, c’est technique, avant tout. Cela réclame donc de l’agilité, un peu d’explosivité aux virements de bord dans la brise, du dynamisme, une certaine coordination… Et une bonne dissociation entre le bas et le haut du corps. Mais musculairement, cela ne sollicite guère les jambes. Le dos et les abdos souffrent davantage – y compris si la ceinture de trapèze est mal ajustée, alors gare ! Par ailleurs, si l’on se retrouve au trapèze, c’est que l’on navigue sur un bateau puissant… Donc qu’il risque d’y avoir pas mal de pression dans les voiles et que les bras risque de chauffer.

 

Sur le brasNon, vous ne rêvez pas : en sortant du virement, cet équipier de 49er s'est jeté au trapèze à la seule force du bras... Et se crochète après coup. Le fin du fin.Photo @ Nico Martinez www.martinezstudio.es / Sofia Mapfre

 

5. Y a-t-il de la marge de progression ?
Comme toute technique un peu pointue, il existe pas mal de petits détails à travailler pour être un as, parmi lesquels les quelques suivants :

> À mesure que l’on maîtrise ce nouvel équilibre et que l’on se sent à l’aise, on diminue l’écart entre les pieds jusqu’à ce que les jambes soient serrées.

Bras tendu, meilleur coupleTendre le bras au trapèze permet de déporter du poids plus à l'extérieur encore, donc d'augmenter le couple de rappel, mais cette position n'a rien de facile à tenir.Photo @ Jesús Renedo Sofia Mapfre> Pour gagner des centimètres, on se met sur la pointe des pieds.

> Au portant, on fait en sorte de ne pas se laisser emporter par le spi, donc on cherche le meilleur réglage de palan afin d’être bien calé.

> On ne place pas le pied avant perpendiculaire au liston (comme le pied arrière), mais parallèle : cette position permet d’être plus stable (notamment en cas de freinage brutal) et de se tourner plus facilement.

> On tend un bras derrière soit, afin d’augmenter le couple de rappel.

> On sort et on rentre au trapèze à la seule force du bras, en se tenant à la poignée et on ne se crochète qu’après coup… Une bonne manière de gagner en rapidité et en fluidité aux virements et aux enroulements de marque.