Actualité à la Hune

Rubrique ados minots / Enquête

Qui seront les champions de demain ?

Si la liste des athlètes retenus en Equipe de France n'est pas encore officialisée, une certitude se dessine déjà : les athlètes qui postulent pour 2012 auront, à deux exceptions près, entre 30 et 45 ans à Londres ! Dans cette perspective, 2016 pourrait bien sonner le glas des performances françaises... Pour repère, former un athlète à l'élite olympique nécessite en moyenne plus de dix ans.

  • Note :

    4 votes
  • 0 commentaire(s)
  • 4753 consultation(s)
  • Publié le : 24/01/2009 - 20:00

L'Optimist, roi de la formation en dériveur Les nouveaux dériveurs séduisent toujours plus de monde, mais l'Optimist reste une référence dans la formation des futurs athlètes de haut niveau. Photo © Thierry Martinez (Sea & Co) A juste titre, la Fédération française de voile se félicite des trois médailles conquises cet été aux JO de Pékin. Trois médailles, c'est énorme. Surtout ramenées à l'investissement des coureurs récompensés. En moyenne, un coureur a besoin de deux préparations olympiques pour décrocher une médaille.

Deux préparations olympiques, huit ans minimum à compter du moment où le coureur est qualifié d'athlète de haut niveau... Mieux vaut ne pas trop traîner !

Le compte des médaillés 2008

En planche, Julien Bontemps était déjà cité parmi les favoris en 2004, à Athènes - il a navigué deux préparations olympiques pour décrocher l'argent à Qingdao. Dix années courues à haut niveau.

En Finn, Guillaume Florent a suivi quatre préparations olympiques. Seize années de haut niveau pour décocher le bronze.

En 470, Nicolas Charbonnier en est à sa deuxième préparation olympique. Dix années de haut niveau pour rapporter le bronze.

Hélas, quand on voit que les athlètes qui postulent pour 2012 auront entre 30 et 45 ans arrivés à Londres, on a de quoi craindre le pire pour 2016...

A l'évidence, nous allons en avant d'une grave pénurie de champions.

Le DTN Philippe Gouard élude : <Les athlètes de demain, ce seront les bons que l'on aura fidélisés.>
Peut-être pour 2012, mais honnêtement, à eux seuls, Sarah Steyaert (22 ans, aujourd'hui) et Jean-Baptiste Bernaz (21 ans), les benjamins de Qingdao, auront bien du mal à relever le défi des médailles en 2016.

En septembre dernier, Londres organisait la Skandia RYA Sail for Gold Regatta - épreuve de répétition des Jeux. Peu de nations y ont envoyé leurs bons coureurs, en raison de sa proximité avec les JO de Pékin. La FFV a elle fait le choix d'y inscrire ses espoirs.

Résultat : aucun podium. Inquiétant.

A l'évidence, nous allons en avant d'une grave pénurie de champions. Henri Bacchini, le vice-président de la FFV, concède que ces dix dernières années, un virage capital dans la détection des nouveaux talents a été manqué. Il témoigne : <L'olympisme, c'est l'histoire d'un individu. [...] Lorsqu'un coureur est sélectionné, il est pris pour ses qualités et ses défauts. On ne peut espérer améliorer ses défauts après coup. Un individu, c'est une intégrité... Qu'un athlète comme Guillaume Florent évolue sur 25 ans, cela arrive, mais c'est très rare.>
Bacchini ajoute : <Ce n'est pas lorsqu'ils ont 25 ans et sont "terminés" qu'il faut espérer les faire changer. L'idéal est de prendre des gens jeunes, comme Sarah Steyaert et Jean-Baptiste Bernaz, et de les former.>

De fait, Steyaert était déjà championne du monde ISAF Jeunes en 2002. Elle avait 16 ans. Et Charbonnier - médaillé de bronze en 470 cet été, à 27 ans - décrochait son premier titre de champion de France en Optimist minime à 12 ans !

Ah, l'Optimist ! Mot dissonant s'il en est un aujourd'hui ! Ah, l'Optimist ! Que n'a-t-on pas dit sur cette immonde caisse à savon !

En juillet dernier, Mathias Derrien termine quatrième du championnat du monde d'Optimist...
Problème : jamais entendu parler, ou presque.

L'Optimist, oui. L'IODA (NDLR : International Optimist Dinghy Association, soit l'association internationale des Optimist) passe très sérieusement au crible le tableau 2008 des médailles olympiques (exceptées celles des planches) et publie des chiffres éloquents.
63 % des 210 coureurs sélectionnés à Pékin se sont formés en Optimist ; 46 % avaient un niveau international reconnu... Précisions : 85 % des médaillés 2008 sont passés par l'Optimist ; 67 % avaient un niveau international.

A noter que Charbonnier apparaît parmi les anciens Optimists de niveau international, mais n'y a jamais réalisé de gros coup.
Or, en juillet dernier, le premier Français de la flotte du championnat du monde d'Optimist termine quatrième, à un point du podium. Son nom ?
Mathias Derrien, quinze ans, licencié à Port La Forêt.

Jamais entendu parler, ou presque... Problème.

<L'année prochaine, j'aimerais faire du 29er, pour ensuite passer au 49er olympique, dès que mon gabarit me le permettra.>, déclare le fameux Derrien, très sûr de lui, avant d'ajouter : <Pour les Jeux de Londres, j'aurai 19 ans.>
Du potentiel et de l'ambition, Derrien en a, cela ne fait aucun doute. Car une place de 4e à un championnat du monde d'Optimist, c'est une performance énorme !
Mais aux dires de son père et entraîneur, son fils n'a jamais été contacté par la FFV. Remonté, il assène : <On a l'impression que la FFV laisse le problème du budget aux parents - ce qui laisse un arrière-goût amer de sélection par l'argent -, se repose sur les bénévoles et récupère l'usufruit. [...] Une section 29er s'est montée à La Baule, grâce aux relations entre gens du milieu et à la bonne volonté des parents. C'est un système parallèle.>

En fait, le DTN a fini par se pencher sur l'épineux problème de la détection. <Nous avons besoin d'un cadre dévolu à la détection des talents. De cette manière, nous pourrons parier sur un groupe de gamins détectés que l'on observera et formera sur une période assez longue.>
Les dériveurs - Opti, Open Bic, Tyka et autres 29er - seront mis à la disposition des éléments détectés. En fonction de leur âge et de leur potentiel, les jeunes skippers seront ensuite classés selon trois groupes : les Bleuets (moins de 14 ans), les Espoirs et les athlètes en Equipe de France.

Plus qu'à espérer que Derrien - 16 ans en 2009 - ne passe pas au travers des mailles de ce filet. Sans quoi, après 2012, nous risquons d'attendre un bout de temps avant de pouvoir signer pour un nouveau pack de médailles.

...........
La formation en Optimist des barreurs sélectionnés à Qingdao

L'IODA retient que Jean-Baptiste Bernaz (Laser), Nicolas Charbonnier (470), Guillaume Florent (Finn), Anne Le Helley (Yngling), Ingrid Petitjean (470) et Xavier Rohart (Star) navigaient en Optimist à un niveau internationnal et Emmanuel Dyen (49er), Xavier Revil (Tornado) et Sarah Steyaert (Laser Radial) à un niveau national.

Consultez le tableau complet édité par l'IODA en cliquant ici.

Ajoutez votre commentaire

Connectez-vous pour publier un commentaire.

Vous êtes abonné(e) ou vous avez déjà posté un commentaire identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?

Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)