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Philippe Péché abandonne la Golden Globe Race

Retour sur une polémique téléphonique

  • Publié le : 26/08/2018 - 19:05
retour sur une polémique téléphonique

En appelant sa compagne la semaine dernière alors qu’il affrontait une tempête en plein Atlantique Sud sur son bateau devenu désemparé, Philippe Péché, concurrent de la Golden Globe Race sur son Rustler 36 PRB, s’est de lui-même retiré de cette course au regard des règlements internes de ce tour du monde sans escale, sans assistance et sans moyens de communication modernes dont il avait pris le départ le 1er juillet dernier des Sables-d’Olonne avec 16 autres participants.
Une élimination qui reste en travers de la gorge du marin français qui a finalement réussi samedi 25 août à rallier Le Cap (Afrique du Sud) et sur laquelle revient sans amertume Marianne, la destinatrice de ce coup de téléphone interdit, suivi par d’autres appels depuis, mais qui regrette seulement qu’«on élimine un homme d’une course pour laquelle il a tout donné pendant 3 ans seulement pour un coup de téléphone qui n'était pas -technique-».
«Je sais bien qu’il y a des règlements de course, dit-elle encore. Mais ceux de cette Golden Globe Race ne sont pas clairs, finalement. En cas d’urgence, Philippe avait le droit d’appeler sur le téléphone satellite l’organisation de la course puis une personne de son choix. C’est ce qu’il a fait. Il a eu le directeur. L’autre personne, c’était moi. Et il y avait -situation d’urgence- : Philippe n’avait plus de pilote depuis 15 jours, il barrait 15 heures par jour avec une barre qui s’était brisée. Il était en pleine tempête. Des vents dans le nez de plus de 45 nœuds dans une mer folle. C’était la nuit. La barre venait de se casser complètement. Il s’est mis à la panne avec un bout de voile, il s’est réfugié dedans et il a appelé».
Ce coup de téléphone du 10 août, Marianne s’en souviendra sans doute longtemps : «Il était un peu plus de 16 heures en France quand ça a sonné. Sur l’écran, il y avait des numéros bizarres. Avec plein de chiffres 8 au début. C’était sa voix : -Coucou, chérie. C’est ton marin !-. Il m’a dit aussi que ça allait pour lui, mais plus du tout pour le bateau. Il était calme, lucide. Il m’a demandé de rassurer sa mère, qu’il allait essayer de dormir, qu’il déciderait demain s’il continue ou pas. Et ça a raccroché».
Dans l’esprit de Philippe Péché et de sa compagne, la course continue donc. Le son de cloche est différent pour l’organisation au regard de deux articles de son règlements que chaque concurrent a signé. L’article 3-1-4, qui interdit de «demander une assistance extérieure par le téléphone de secours ou de faire une escale technique». Et l’article 3-1-12 précisant que tout concurrent enfreignant cette règle sera considéré en «situation d’abandon».
Mais, considérant que l’appel de Philippe Péché à sa compagne n’a pas été suivi d’une demande d’assistance, la direction prévient le 13 août ce dernier qu’il ne se verra infligé que d’une pénalité de 18 heures, en plus de sa relégation en Classe Chichester s’il fait escale, tout en envoyant nombre de messages de soutien et de réconfort au marin qui a décidé de rejoindre Cape Town afin de réparer mais qui, du coup, téléphone a de nombreuses autres reprises pour préparer cette escale et une réparation la plus rapide possible. C’est son erreur.
Une étape technique constituant une deuxième entrave à la règle s’ajoutant désormais aux multiples demandes d’aides extérieures, Philippe Péché est prévenu qu’il ne pourra plus courir en classe Chichester, mais seulement en classe Carozzo, donc hors classement. C’est en arrivant samedi au Cap que Philippe Péché a prévenu la direction de course qu’il jetait l’éponge définitivement. Décision que cette direction a pris grand soin de ne pas commenter tout en renouvelant ses messages de «respect, d’affection et de soutien» Marianne, elle-aussi, ne cesse depuis de réconforter Philippe au téléphone avant de partir le rejoindre dans quelques jours. Non, elle ne veut pas critiquer les organisateurs de cette «course magnifique»