Actualité à la Hune

De l’estuaire de l’Odet au raz de Sein

Hydroliennes : du courant grâce aux courants !

Moteur ? Ça tourne ! Sauf que là, le moteur, c'est l'eau salée. Les courants. La marée. Carburant gratuit, a priori inépuisable. Les essais de l'hydrolienne Sabella D03, immergée depuis mars 2008 dans l'estuaire de l'Odet, sont concluants. Produire de l'électricité avec des <éoliennes sous-marines> - pardonnez l'expression -, voilà un beau défi en matière d'énergies alternatives. Action !

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  • Publié le : 02/05/2009 - 10:47

Une grande simplicité Même s'il ne s'agit que d'un proto, la Sabella D3 montre bien sa compacité et sa simplicité : 3 mètres de diamètre pour 5,50 mètres de hauteur. Photo © Emmanuel Donfut Sabella. Son nom vient du latin et désigne la sabelle, ver tubulaire dont la tête est formée de deux éventails de tentacules plumeux. Son silencieux rotor entraîné par le courant de la fosse où elle est posée, cernée de bancs de poissons qui la prennent pour un récif, l'hydrolienne finistérienne a des allures d'animal marin parfaitement adapté à son environnement.

Testée depuis un an près du Fort du Coq à Bénodet, elle mesure 3 mètres de diamètre pour 5,50 mètres de hauteur. Après deux campagnes d'essais riches en enseignements (mesure des courants, quantité d'énergie électrique produite, neutralité environnementale...), chaque donnée fournie par le prototype Sabella D03 a été analysée et modélisée.

Les tests acoustiques réalisés par l'Ifremer concluent que les ultrasons et infrasons générés ne devraient pas perturber la géolocalisation des mammifères marins ni faire fuir les poissons.

En terme de performances, les résultats sont conformes aux prévisions : dans des sites à configuration favorable, tels le raz de Sein ou le Fromveur, ce petit proto pourrait fournir 80 kilowatts/heure pour des vitesses de courant d'environ 5 noeuds, donc satisfaire la consommation moyenne de 80 foyers.

Petit proto, car la Sabella D03 va s'éclipser pour laisser place à la Sabella D10, modèle industriel de 10 mètres de diamètre et de 300 à 500 kW de puissance, soit le tiers de celle d'une éolienne de... 70 mètres de diamètre. A moyen terme, cinq hydroliennes semblables devraient être couplées pour une puissance de l'ordre de 2 mégawatts - soit la consommation annuelle d'une ville de 5 000 habitants.

Hydroliennes en batterie A moyen terme, un site comme le raz de Sein ou le Fromveur pourrait accueillir cinq hydroliennes Sabella D10 en batterie. Photo © D.R. Sabella SAS, fondée par quatre sociétés bretonnes comme Hydrohelix Energies, concepteur de l'hydrolienne, est aux commandes de ce projet avec l'aide de la région, des départements et des communautés de communes, tous conscients de l'intérêt de leur indépendance énergétique alternative.

Des manutentions faciles Là encore, il ne s'agit que du prototype qui était mouillé dans l'estuaire de l'Odet. Mais l'hydrolienne industrielle, de 10 mètres de diamètre, ne devrait pas poser de problèmes de manutention. Photo © Emmanuel Donfut Un demi-million d'euros ont été débloqués pour mettre au point cette technologie simple, robuste et très prometteuse. Cette énergie marine - rachetée 0,15 euro le kWh - permettra, une fois la technologie mature et les chaînes de production en place, de rentabiliser les investissements à l'instar de l'économie de l'éolien. <Bien que la création de fermes d'hydroliennes soit une véritable opportunité économique pour notre pays, explique Jean-François Daviau, président de Sabella SAS, avec la crise, nous peinons à mobiliser de l'investissement privé. Nous sommes actuellement en pourparlers avec d'autres pays, où les conditions sont plus incitatives qu'en France>.

Alors, quel avenir pour les énergies renouvelables marines ? L'hydrolienne - au contraire de l'éolienne - a l'avantage de la prédictibilité de sa production d'énergie, liée au rythme des marées. Comme elle est invisible, son développement devrait être facilité. Dans le raz de Sein et le Fromveur, les sites potentiels ne devraient pas perturber l'activité des marins-pêcheurs, laquelle est là-bas cantonnée aux ligneurs de bars, chalutiers, fileyeurs et caseyeurs n'opérant pas sur ces zones au risque de perdre leurs appareils de pêche. Par ailleurs, d'autres professionnels de la mer pourraient trouver dans cette filière industrielle une possible reconversion.

Reste à vérifier la durée de vie de ces machines, leur résistance au bio-fouling, les conditions de leur maintenance. Là réside le défi : imposer le développement durable dans les mentalités françaises et rattraper d'autres pays européens, plus en avance que nous dans ce domaine pourtant vital. Et la maintenance ? Une des inconnues de cette technologie reste la durée de vie et la maintenance de tels équipements. Immergées à environ 30 ou 40 mètres, les hydroliennes restent cependant facilement accessibles aux plongeurs. Photo © Yves Gladu

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