Actualité à la Hune

Expédition Watch the Waste en RM 1050

Indigestes îles flottantes…

Il est partout. Pratique, léger, souple et résistant, il se plie à tous nos désirs, à tous nos usages. Il est aussi un cauchemar écologique. Car, oui, le plastique est partout - y compris sur la mer. Bouchons, bidons, bouteilles, sacs, bâches, quasiment indestructibles, s'agrègent en îles flottantes, façonnées par les vent et les courants. L'expédition Watch the Waste, partie de France en octobre dernier à bord d'un RM 1050, commence à cartographier, en Atlantique, cette triste et mouvante géographie créée par l'homme.

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  • Publié le : 11/05/2010 - 05:04

Bouteilles, sacrées bouteilles… Les dessous de cette image - détail d'un tableau de l'artiste américain Chris Jordan - donnent le vertige : dans son entier, cette oeuvre représente deux millions de bouteilles plastique - c'est-à-dire ce que consomment les États-Unis toutes les cinq minutes ! Photo © Chris Jordan Plus de 3,5 millions de tonnes. Même pour une île, ça commence à faire lourd - surtout si l'on sait qu'elle n'est composée que de bouteilles, bidons, bouchons, morceaux et débris de plastique. Une île flottante, donc, mais indigeste. Pire : vénéneuse, mortelle. Ses macro-déchets asphyxient les tortues, perforent les entrailles des dauphins et la gorge des albatros qui les prennent pour de la nourriture ; ses micro-particules empoisonnent peu à peu l'eau salée.

Douloureuse indigestion Ils sont des milliers d'albatros, chaque année, à mourir pour avoir ingéré nos déchets de plastique balancés à la mer - briquets, bouchons, morceaux de bouteilles... Le photographe Chris Jordan parcourt les îles du Pacifique pour en témoigner. Photo © Chris Jordan (http://chrisjordan.com) Cette île errante est connue. Elle a même deux noms : Eastern Garbage Patch (<Zone d'agglomération détritique Est>) ou Pacific Trash Vortex (<Vortex d'ordure pacifique>). Des patronymes anglais, vu qu'elle grandit et se balade lentement dans le Pacifique, au Nord d'Hawaii, au gré de courants gyroscopiques géants qui cerclent dans le sens des aiguilles d'une montre.

Gardons le terme de <Garbage patch>. Car c'est lui qui sera aussi utilisé en Atlantique. Oui, le futur s'impose : curieusement, la géographie de ces mouvantes cochonneries est mieux connue au sein du plus grand océan du monde qu'entre Etats-Unis et Europe, plan d'eau pourtant fréquenté par la pêche, la marine, le commerce et la plaisance !

Et voici le triangle des mers brunes Plus trash et plus réel que le triangle des Bermudes, celui-ci ne fait pas disparaître avions et navires, mais apparaître des îles flottantes de déchets. Celles-ci sont recensées par l'expédition Watch the Waste, partie de France en octobre dernier à bord du RM 1050 Alcavelis. Tristes tropiques. Photo © Watch The Waste Afin de mieux cerner un phénomène dont on sait simplement qu'il existe - les témoignages des marins abondent en ce sens -, une expédition, Watch the Waste (<Surveillons les déchets, le gâchis>), a quitté la France en octobre dernier. A bord d'un RM 1050, quatre hommes - Yann Geffriaud, 26 ans, ingénieur architecte naval, Baptiste Monsaingeon, 25 ans, doctorant en socio-anthropologie, Julien Vever, 27 ans, jeune diplômé en architecture, Pierre Sassier, 24 ans, diplômé de droit notarial - sillonnent l'Atlantique et, surtout, la mer des Sargasses. Car c'est là, indéniablement, que se concentrent les macro-déchets de plastique. Il s'agit donc d'en étudier à la fois les traces visibles et invisibles.

Quatre mousquetaires dans le vent L'équipage de Watch the Waste (de g. à dr.) : Julien Vever, Baptiste Monsaingeon, Yann Geffriaud et Pierre Sassier. Leur mission : recenser les zones de concentration de macro-déchets et de tester des protocoles d'échantillonnage. Photo © D.R Les quatre équipiers d'Alcavelis ont ainsi multiplié les prélèvements planctoniques et les observations détaillées des résidus flottants à la surface d'un Triangle des Bermudes qu'on aurait envie de rebaptiser moins poétiquement, ce nom comportant les cinq lettres chères à Cambronne et symbolisant parfaitement le phénomène.

<En moins d'un quart d'heure de navigation, nous avons vu plus de déchets en pleine mer qu'au cours de tout notre itinéraire passé depuis la France !> raconte Yann, alors entre Cuba et Bahamas. Le constat est clair. Il y a bien des agglomérations de déchets comparables au <Garbage patch> pacifique. <Dans la mer des Sargasses, les algues, regroupées en gigantesques amas ou en longs filaments, ne voyagent pas seules. Elles renferment une grande quantité de plastique de taille et couleur variables : pains de polystyrène, sacs, flacons, bouchons, bidons, couverts, bouteilles...>

Mais il y a aussi ce qu'on ne voit pas tout de suite : <Au cours de veilles à l'étrave de notre RM, nous avons remarqué que les déchets ne se trouvaient pas uniquement en surface, et qu'une densité toute aussi impressionnante flottait entre deux eaux...>

Une longue boucle Atlantique Parti de La Trinité en octobre dernier, le RM 1050 Alcavelis et ses quatre équipiers vont quitter le Triangle des Bermudes et revenir vers la France en accompagnant le Gulf Stream. Toujours avec l'idée de cartographier les îles de déchets en plastique qui dérivent dans l'Atlantique. Photo © Dolink.Fr (Géolocalisation de bateaux de plaisance pour les particuliers) Le pire, évidemment, reste que ces phénomènes d'<îles-poubelles> ne datent pas d'hier. Matériau récent - une soixantaine d'années -, le plastique n'en a pas moins rapidement pollué les océans, charrié par les fleuves, balancé à l'eau depuis les navires ou la côte. Et la concentration de déchets en mer avait déjà été repérée et décrite voici près de quarante ans par l'océanographe Edward J. Carpenter !

Comment agir aujourd'hui ? <L'urgence est à la prise de conscience, affirment les membres de l'association Watch the Waste, car il n'y a pas, aujourd'hui, de solutions de dépollution : les espaces atteints sont trop vastes et trop éloignés de la côte. Les quantités de matière à récupérer sont telles que le moindre projet de "pêche aux déchets" serait pharaonique et très polluant, ne serait-ce qu'en termes de carburant>.

Que faire, alors ? <Continuer à améliorer notre connaissance de ces phénomènes, répond l'association, dont le RM 1050 regagnera La Trinité mi-juin, et ce, en associant un maximum d'acteurs dans ce travail de fourmi. Le Portail d'Observation des Déchets En Mer (PODEM) est une proposition fédératrice pour mutualiser les observations du plus grand nombre de plaisanciers et de marins professionnels>. L'outil consiste à permettre à chaque observateur de déchet de les recenser facilement et d'alimenter une base commune précise et cartographiée. Donc de sensibiliser le plus grand nombre à ce gâchis. Et d'essayer ainsi de limiter les comportements qui nourrissent cette pollution. Il est encore temps.

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Incroyable : les macro-déchets... ne sont pas des déchets !

Les macro-déchets sont tous ces détritus solides d'origine humaine, visibles à l'oeil nu, abandonnés sur nos côtes, flottant en surface ou immergés.
Malheureusement, cette définition reste officieuse, car la législation européenne ne considère comme déchet uniquement ce qui a été <délibérément abandonné>. L'incertitude sur la provenance des déchets en mer ne permet pas encore de considérer ces derniers comme de véritables <déchets> au sens officiel !
Du coup, l'association Surfrider Foundation Europe a lancé une pétition pour que les macro-déchets soient enfin reconnus comme déchets. Nous vous encourageons à la signer ici.

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Vous pouvez télécharger le pdf du formulaire du Portail d'Observation des Déchets En Mer (PODEM) ici.

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