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«Pescavel», le voilier de pêche moderne réinventé

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  • Publié le : 09/02/2011 - 00:43

Voilier de pêche fonctionnel Pescavel a été conçu dès le départ pour fonctionner sous voile et satisfaire aux contraintes de la pêche professionnelle. Les voiles sont ramenées au-dessus des superstructures et le plan de pont optimisé pour le travail des pêcheurs. Photo © D.R. (Pescavel / Jérémie Steyaert) Crise oblige, va-t-on bientôt revoir des bateaux de pêche à voile dans nos ports ? Bien possible. Certains patrons ont déjà pensé à regréer des voiles d'avant sur leurs navires, d'autres s'investissent aux côtés d'entrepreneurs ambitieux. Jérémie Steyaert est l'un d'eux. Il planche aujourd'hui sur un palangrier du futur à La Réunion, une idée qui ne semble ni réactionnaire, ni fantaisiste...
Le jeune ingénieur est parti d'une feuille blanche pour dessiner Pescavel, un catamaran de 20 mètres, toilé de 280 m2. Le cabinet VPLP suit le projet.

La crise énergétique de 2008, le baril de pétrole très haut, le litre de gasoil détaxé proche de 80 centimes, la grève des pêcheurs, les bateaux qui restent à quai et les ports bloqués ont marqué Jérémie Steyaert. Le carburant occupe un poste tel dans le chiffre d'affaire des entreprises de pêche que pour lui, il devient évident que <les bateaux de pêche d'aujourd'hui ne sont pas adaptés à un gasoil cher.>
La solution alternative lui vient l'été suivant, alors qu'il navigue en croisière dans le golfe de Gascogne et pêche le thon blanc à la voile : les voiliers de pêche professionnels doivent être remis au goût du jour.

Mais hors de question pour cet ingénieur, jeune diplômé de l'INSA de Lyon, <d'être nostalgique de la pêche d'antan et de revenir en arrière.> Il imagine un voilier de pêche qui réponde aux mêmes contraintes que les navires actuels : même vitesse, même capacité de cale, même équipage, même autonomie...
Soutenu par l'Incubateur de Charente-Maritime, Steyaert lance sa société Pescavel - un nom facile à comprendre - et planche sur son projet. Il se rapproche ensuite du CRAIN, le Centre de recherche pour l'architecture et l'industrie nautiques, basé à La Rochelle, dirigé par Philippe Pallu de la Barrière.

Pescavel, le palangrier du futur à La Réunion Les lignes de quille et les safrans doivent faire du catamaran un bateau marin, mais aussi préserver les lignes de pêche dans le cas où il passerait dessus. Photo © D.R. (Pescavel / Jérémie Steyaert) En parallèle, Steyaert rencontre les marins pêcheurs de Charente-Maritime, embarque avec eux, échange sur les aspects techniques afin de valider ses choix de plan de pont, d'ergonomie extérieure... <Afin que le bateau soit optimisé pour le métier.>

Le projet Pescavel devient un catamaran à l'architecture simple : les cales se trouvent dans les coques et les voiles sont ramenées au-dessus des superstructures, afin de ne pas gêner le travail de l'équipage. Les voiles seront utilisées lors des périodes de route, le moteur reprendra ses fonctions sur les lieux de pêche. Le navire de pêche sera dédié à la pêche aux arts dormants (palangres, filets, casiers,... ndlr).

Taillé pour la route Pour afficher les mêmes performances qu'un bateau de pêche traditionnel, 280 m2 de toile ont été gréés sur le voilier de pêche Pescavel. Son grand gennaker lui permet de remonter jusqu'à 70° du vent. Photo © D.R. (Pescavel / Jérémie Steyaert) <Le raisonnement n'est pas tout à fait le même que pour un voilier de plaisance, explique-t-il. Ici, la robustesse et la fiabilité prennent le pas sur l'esthétique. Toutes nos solutions doivent être viables 250 à 300 jours par an et il est hors de question que le marin pêcheur aille régler son foc toutes les cinq minutes.>

La consommation de carburant
peut être divisée par deux.

Incidence, envoi et réduction de toile... Toutes les manoeuvres de voiles sont assistées mécaniquement par des moteurs et vérins hydrauliques, mais non automatisées, insiste l'ingénieur, qui préfère faire confiance à l'homme de quart plutôt qu'à la machine.

Une fois chargés de ses 15 tonnes de poissons, les bateaux de pêche atteignent les 60 tonnes, ce qui induit un couple très important. D'où la nécessité de dimensionner en conséquence le gréement - à titre d'exemple, la bôme de Pescavel pèse environ 500 kilos, soit plus du double de celle d'un voilier de plaisance. Ce qui n'empêche pas, par ailleurs, de faire la chasse au poids et d'optimiser les formes de carènes. Une démarche de conception inspirée de la course au large, mais d'un genre innovant dans le domaine de la pêche.

En 2010, ce projet offre à Steyaert d'être lauréat du concours national d'aide à la création d'entreprise de technologies innovantes. A La Réunion, le centre technique CAP RUN (Centre technique d'appui à la pêche réunionnaise, ndlr), lui offre de définir avec lui un cahier des charges plus précis pour le Palangrier du futur à La Réunion.

Pourquoi là-bas ? Parce que c'est dans les régions de l'alizé, où les vents sont stables, que Pescavel sera le plus performant.
De plus, dans ces zones, les marins pêcheurs font beaucoup de route pour rallier leur zone de pêche et le poste carburant compte pour 20% du chiffre d'affaire du bateau... En utilisant la voile, la consommation de carburant peut être divisée par deux. L'argument a valeur économique comme environnementale.

Le projet adapté pour les pêcheurs réunionnais concerne de l'espadon et la palangre. Le voilier mesurera environ 20 mètres, sera mené par sept personnes d'équipage (auxquelles peuvent s'ajouter des scientifiques) et pourra charger 12 à 15 tonnes de poissons en cale. Avec ses 280 m2 de toile, sa vitesse moyenne de route sera de 9 noeuds.

Jérémie Steyaert En parallèle de ses études à l'INSA, Steyaert naviguait en Laser, enchaînant les PO d'Athènes et Pékin. Photo © Gilles Martin-Raget (FFV) Steyaert s'est rendu à La Réunion en novembre, a embarqué à bord d'un palagrier de la flotille et rencontré les patrons afin de définir un cahier des charges optimal pour le Palangrier du futur. L'objectif est que ce projet présente un intérêt collecif pour la filière plangrière réunionnaise et débouche sur la constitution d'une flottille de navires construits sur le même modèle.

La conception, en partenariat avec VPLP et suivie par Axel de Beaufort, débutera en mars prochain et la première unité devrait être construite en 2012 et pourrait ainsi se voir exporter.

En effet, <le concept peut être décliné pour d'autres types de pêche et d'autres régions maritimes, souligne Jérémie Steyaert, à partir du moment où la contrainte est réduite et le modèle rentable.>

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Vos commentaires

    • Tiens, tiens...la crise du petrole va obliger beaucoup a devenir intelligents. Je m'en doutais qu'on pouvais faire beaucoup mieux dans la conception des bateaux professionnels et dans la plaisance aussi. La crise continuant, il y a des rafiots construits aujourd'hui qui ne vont pas valoir un sou demain! Quand le concepteur dit: "Toutes nos solutions doivent être viables 250 à 300 jours par an et il est hors de question que le marin pêcheur aille régler son foc toutes les cinq minutes." c'est que des solutions existaint pour faire du solide et sûr, mais la majorité des concepteurs, surtout en plaisance fait de la merde par incompétence et paresse!

      Ajouté par Jdfcar le 09/02/2011 - 11:48
    • Initiative interessante, j'espere qu'elle rencontrera le succés Mais cela nécessite de changer les mentalités de certains. C'est un peu comme si on demandais de remplacer les lave-vaisselles par des éponges .... Nous sommes passionnés par la voile, mais ce n'est pas le cas de tous le monde! Et puis pour la peche du futur il faut agir aujourd'hui sur les methodes : Aujourd'hui on a moins de bateau, mais plus de longueur de filet par bateau (plusieurs dizaines de kilometre)... Alors pour retirer un crabe ou une araigné du filet, on utilise un bon maillet, on secoue tout ça dans l'eau .... pour nourir les poissons. Au mois de fevrier personne ne veut de maquereaux... Les cours baissent alors on les remets à l'eau, mort, pour les oiseaux...

      Ajouté par Bastien le 25/02/2011 - 16:00