"Grenelle". Le sacro-saint mot est revenu quelques semaines avant le printemps, comme pour annoncer les marées d'équinoxe, mais cette fois, il s'agit de celui de la mer. C'était le 27 février dernier, donc, même si l'attaché à la communication de Jean-Louis Borloo ne s'en souvient pas avec exactitude. Il est vrai que pour moi c'est plus facile, j'ai le dossier de presse sous le nez. 24 pages pour une mer plus belle et un équilibre écologique respecté, c'est bath ! Ah non. C'est pas tout à fait ça.
Note :
Jean-Louis Borloo, donc, ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie, de l'Energie, du développement durable et de l'Aménagement du territoire l'a lancé le 27 février dernier, le Grenelle de la Mer. Dominique Bussereau, Secrétaire d'Etat chargé des Transports, et Chantal Jouanno, Secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, sont associés à ce projet.
On va donc s'occuper de la mer. En prendre soin.
Olala, stop ! On fait fausse route ! "Grenelle de l'Environnement" n'a rien d'une expression monolithique. "Grenelle", c'est "Grenelle". Et "environnement", c'est autre chose. C'est à dire ? "Grenelle", cela veut dire "réunion, table ronde, discussion". Le "Grenelle de la Mer" n'a pas été lancé pour l'écologie.
Non, contrairement aux apparences, ce n'est pas pour cette fois que l'écologie et la plaisance prennent l'avantage sur les enjeux économiques.
Photo © François-Xavier Ricardou
Ah. Je suis déçue, comment ça ?
Hélas, une voix du milieu scientifique, préférant garder l'anonymat, me le confirme rapidement : <Je n'ai pas l'impression que la question environnementale soit primordiale.>
Pourtant, on a soigné les apparences. Le premier quart du dossier de presse explique comment La Boudeuse, un trois-mâts goélette de commerce construit en 1916, a reçu une lettre de mission ministérielle. <Le navire La Boudeuse, battant pavillon français, se consacrera principalement aux études scientifiques et humaines concernant la biosphère, le réchauffement climatique, la protection de l'environnement et le développement durable.>
Bon, c'est vrai qu'on pourrait jaser d'un tel choix, La Boudeuse ne venant pas tout de suite à l'esprit lorsqu'il est question d'expédition scientifique... On insiste. <C'est une histoire de peoplisation... On ne comprend pas l'attitude du ministère. Quitte à prendre un bateau pour donner un vernis d'aventure et d'expédition scientifique, autant que ce soit avec un projet crédible>, s'agace notre scientifique. Tara ou Vagabond ?
<Gestion, réglementation, régulation à chaque échelle géographique, autoroute de la mer.>
Par ailleurs, imaginer le trois-mâts de 46 mètres et de plus de 400 tonnes s'enfoncer dans les méandres de l'Amazone n'est pas dénué de potentiel comique. Particulièrement le moment où Patrice Franceschi, le capitaine, mettra pied à terre afin de rencontrer l'autochtone et d'axer <son travail dans le sens d'une meilleure compréhension des peuples [... et] s'efforcera de diffuser les messages de développement durable auprès des populations rencontrés et évoquer avec eux les mobilisations qui s'imposent.> La tête que ces gens vont faire... Tiens, ça me rappelle vaguement quelque chose... La France se prendrait-elle pour le centre du monde ? Ambiance.
Et sous le vernis, alors, qu'y a-t-il ? Que ce soit dans la présentation du Grenelle de la Mer faite sur le site internet du ministère, ou de façon plus nette dans le dossier de presse, les préoccupations environnementales sont très rapidement balayées par les aspirations de la France à se trouver une place plus favorable dans l'économie mondiale. L'objectif est de coordonner les différents acteurs économiques (et institutionnels) afin de se livrer à une meilleure exploitation de ses ressources maritimes... <Gestion, réglementation, régulation à chaque échelle géographique, autoroute de la mer.> Gloups.
En pleine période de doute économique et financier, ce genre de mots a de quoi faire frémir. Et pour l'environnement, en effet, on repassera.
Seule consolation, si l'on peut dire, pas grand monde ne semble avoir été convié à la table du Grenelle de la Mer. A son lancement, les choses ont même failli mal tourner, puisque <même le Cluster (organisme privé de promotion de l'économie maritime française, ndlr) a dû se manifester de lui-même, car au début le Grenelle prétendait se pencher sur des questions économiques mais avait négligé de convier les professionnels à sa table>, raconte notre témoin anonyme.
Drôle d'histoire. Au Ministère et dans les différents secrétariats d'Etat, personne ne semble disposer de temps pour approfondir la question. Dommage. On aurait au moins aimé savoir si l'initiative française se trouvait en amont ou en aval des directives européennes - l'Europe a publié son livret vert <Vers une politique maritime de l'union : une vision européenne des océans et des mers>, en 2006... Et aussi si le Grenelle de la Mer se soucie de la plaisance. Car s'interroger sur le nombre d'anneaux des ports et se pencher sur la réforme du CROSS ne sont pas des réflexions sans conséquences.
Du reste, alors qu'il a été lancé depuis plus d'un mois - ses conclusions sont prévues pour le début de l'été -, la première réunion ne semble pas avoir eu lieu.
Drôle de manière d'agiter les grelots avant les cloches de Pâques.
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Retrouvez les ambitions résumées du Grenelle de la Mer sur le site du Ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du développement durable et de l'Aménagement du territoire ici.
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