Actualité à la Hune

Météo-France

Après Xynthia, la vigilance

  • Publié le : 10/11/2011 - 00:07

Fin octobre, Météo-France a mis en service la vigilance Vagues-submersion dont la création a été décidée après la catastrophe liée à la tempête Xynthia. Elle a été activée ces derniers jours en Méditerranée, en Corse puis sur la Côte d’azur, où des voiliers ont coulé le 8 novembre, avec des dégâts sensibles à terre et six victimes liées aux crues et inondations.

 

La carte de vigilance intègre la vigilance Vagues-submersion.La vigilance Vagues-submersion est désormais présente sur la carte de vigilance de Météo-France. Comme ici en vigilance jaune (Var, Alpes-Maritimes, Corse-du-Sud) ou orange (Haute-Corse).Photo @ Météo-France

Nous l’avions appelée de nos voeux dès notre analyse de la tempête Xynthia. Survenue le 28 février 2010, celle-ci avait entraîné la mort de cinquante-trois personnes et des dégâts considérables, essentiellement en Vendée et en Charente-Maritime. Le 21 octobre 2011, Météo-France a mis en service la vigilance Vagues-submersion qui rejoint ainsi les huit autres pictogrammes existant sur la carte de vigilance, accessible depuis la page d’accueil du site de Météo-France.

Au même titre que le Vent violent, la Pluie-inondation, l’Inondation (c’est également une nouveauté d’octobre 2011, se rapportant aux crues sans précipitations simultanées), les Orages, le Grand froid ou la Canicule, la Neige-verglas et les Avalanches, la vigilance Vagues-submersion peut être au vert (pas de vigilance particulière), ou bien activée au jaune (être attentif si on pratique une activité directement concernée par le phénomène), au orange (être très vigilant car les phénomènes concernés peuvent être dangereux) voire au rouge (vigilance absolue car phénomènes d’une intensité exceptionnelle : du fait du vent, il n’y a eu que deux cas seulement en neuf ans, de 2002 à 2010 inclus, pour les tempêtes Klaus et Xynthia).

Rappelons que la carte de vigilance - qui a tout juste dix ans (elle avait été lancée le 1er octobre 2001, suite aux tempêtes cataclysmiques de décembre 1999) - ne s’adresse pas directement à la météo marine proprement dite, laquelle dispose des Bulletins météorologiques spéciaux (BMS). Mais il est évident qu’elle implique indirectement toute pratique en mer, renforçant la nécessité de prendre la météo spécialisée de la zone où l’on souhaite naviguer.

 

RONIM : les marégraphes du SHOM.Le Réseau d’observation du niveau de la mer (RONIM) est constitué de 26 marégraphes en métropole (dont la Corse), de la mer du Nord à la Méditerranée en passant par la Manche et l’Atlantique.Photo @ Shom

Cependant, la vigilance Vagues-submersion a une incidence directe sur la fréquentation du littoral, de ses routes, de ses zones basses, de l’estran (zone couverte et découverte par la marée), des ouvrages de bord de mer comme les digues (dont la rupture est un risque majeur), les jetées et les ports. À ce titre, elle concerne bien la navigation de plaisance. On l’avait constaté avec les dégâts considérables subis par les ports charentais et vendéens, à commencer par La Rochelle et Les Sables d’Olonne, et ainsi que cela s’est vérifié ces derniers jours en Méditerranée (voir ci-dessous).

Concrètement, sur la carte de vigilance, une bande de couleur est matérialisée sur la côte du (ou des) département(s) concerné(s) où est également affiché le pictogramme Vagues-submersion. Pour accéder au bulletin décrivant l’évolution du phénomène, et prodiguant les conseils pratiques pour s’en protéger, il faut cliquer sur la zone littorale concernée. Un lien vers le site du SHOM est également proposé pour consulter les horaires et les coefficients de marée.

En effet, si Météo-France assure la prévision marine opérationnelle et la modélisation numérique de l’océan superficiel, c’est le Service hydrographique et océanographique de la Marine qui fournit les prédictions de marée, les observations du niveau de la mer en temps réel (grâce à son réseau d’observatoires RONIM), les données d’hydrodynamique côtière, celles relatives aux aléas de référence (niveaux extrêmes), à la bathymétrie et à la nature des fonds marins.

Une dépression méditerranéenne.Cette dépression méditerranéenne est responsable du coup de mer qui a durement frappé l’Ouest de la Corse et la Côte d’azur le mardi 8 novembre. Photo @ Météo-France

Tandis qu’un très gros travail est effectué ces dernières années par le SHOM et l’Institut géographique national (IGN) pour la modélisation de l’interface terre/mer avec Litto 3D, les points sensibles des côtes ont été identifiés. Une base de données a également été constituée avec des données historiques décrivant les phénomènes de submersion passés, avec les contributions du SHOM, des Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), des Directions départementales des territoires et de la mer (DDTM) et du CETMEF (Centre d’études techniques maritimes et fluviales). En croisant toutes ces données, un référentiel a été créé pour les côtes de métropole et de Corse, associant le niveau de danger à des hauteurs d’eau et à des intensités de vagues prévues, d’où découlent directement les passages en vigilance jaune, orange et rouge relatifs au phénomène Vagues-submersion.

Celui-ci concerne potentiellement toutes les façades maritimes du pays, y compris en Méditerranée, même si la marée y est faible. Logiquement, il menace en priorité les zones basses du littoral mais lorsque la hauteur d’eau s’élève de plusieurs mètres, le territoire peut être envahi très loin à l’intérieur des terres. D’autant plus que l’écoulement des cours d’eau étant alors ralenti, ceux-ci débordent pour se joindre à l’eau de mer (c’est encore pire s’il pleut beaucoup).

Cela dit, le phénomène Vagues-submersion peut aussi être très localisé tant il dépend de facteurs locaux (beaucoup plus que le vent, même si celui-ci est également influencé par le terrain) conjugués à une élévation extrême du niveau de la mer, elle-même due à la combinaison de plusieurs paramètres. D’abord la marée : si le coefficient en est élevé (vive eau) et si la marée haute coïncide avec le passage d’une dépression comme dans le cas de Xynthia, le risque est majeur.

 

Hauteur significative au large : 4,30 mètres.Hauteur moyenne du tiers des vagues les plus hautes observées pendant un temps donné (H 1/3), la hauteur significative la plus forte enregistrée par la bouée Côte d’azur est de 4,30 mètres, le mardi 8 novembre à 14h00 UTC.Photo @ Météo-France

Car le passage d’une tempête entraîne une surcote (surélévation du niveau marin), du fait des vagues résultant de la mer totale (houles et mer du vent), du vent violent qui - lorsqu’il souffle du large - génère des accumulations d’eau à la côte (par frottement et par modification des courants marins) et de la baisse de la pression atmosphérique, par effet “ mécanique ” (le poids de l’air décroît à la surface de la mer, le niveau de celle-ci monte).

Une baisse d’un hectopascal (hPa) de la pression atmosphérique génère une élévation d’un centimètre de la hauteur d’eau (pour une dépression à 970 hPa, cela fait 45 hPa de moins que la pression moyenne de 1 015 hPa et donc 45 centimètres d’eau en plus, même sans le problème des vagues il faut y penser, notamment en Méditerranée !). Enfin, s’ajoute la violence du déferlement des vagues à la côte, avec le déplacement d’eau horizontal et destructeur qu’il implique.

Si tous ces facteurs se conjuguent, la mer envahit la terre. Elle le fait d’autant plus facilement lorsque s’y prêtent la bathymétrie (remontée des fonds favorisant le déferlement ou la transformation de l’énergie des vagues en surélévation du niveau de l’eau), la nature des fonds (elle peut freiner ou accélérer la propagation des vagues suivant le frottement des rochers, des galets, du sable, de la vase...), l’orientation de la côte par rapport aux vagues, et la topographie de l’estran puis de la côte (l’eau s’écoulant suivant les lignes de pente favorables).

Les premières activations de la vigilance Vagues-submersion ont eu lieu en Haute-Corse le week-end des 5 et 6 novembre 2011, puis dans le Var et les Alpes-Maritimes et la quasi totalité de la Corse le 8 novembre (vigilances orange et jaune), du fait de la dépression en Méditerranée occidentale qui a aussi fait de gros dégâts à Gênes, en Italie, et qui est à l’origine du mauvais temps ayant tué les deux alpinistes dans le massif du Mont-Blanc. Cette dépression a stagné plusieurs jours d’où la longue durée des pluies et l’importance de la houle. De nombreux bateaux ont coulé, le 8 novembre, dans les golfes d’Ajaccio et de Valinco ainsi qu’à Saint-Laurent-du-Var (où les vagues ont passé les jetées du port de plaisance), avec des dégâts matériels sensibles à terre à Nice, Cagnes-sur-Mer ou Villefranche-sur-Mer notamment, et cinq morts plus un disparu liés aux crues/inondations.

 

Des vagues pouvant atteindre 6 à 8 mètres à la côte.Comme le 4 mai 2010 (ici la Photo à la hune publiée l’an dernier sur notre site, prise à Nice par Valéry Hache), les vagues ont encore été très grosses à la côte, atteignant parfois jusqu’à 6 à 8 mètres. Le coup de mer a une fois de plus fait des dégâts, y compris dans les ports.Photo @ Valéry Hache

Si l’on regarde les données de la bouée Côte d’azur de Météo-France (indicatif 61001), mouillée par 2 300 mètres de fond à une quinzaine de milles au Sud d’Imperia (Italie) et à trente-quatre milles dans l’Est de Nice (dans une zone déjà moins affectée par le coup de mer du 8 novembre), on constate que la hauteur significative (hauteur moyenne du tiers des vagues les plus hautes observées pendant un temps donné ou H 1/3) la plus forte fut de 4,30 mètres, le mardi 8 novembre à 14h00 UTC (15h00 locale).

Soit vingt centimètres de plus que lors du coup de mer du 4 mai 2010 où l’on avait enregistré les plus grosses vagues ayant frappé la Côte d’azur depuis 1959, avec des déferlantes spectaculaires. Mais à la côte, du fait du vent moins fort cette fois, les vagues ont sans doute été un petit peu moins grosses, et l’élévation du niveau de l’eau inférieure, du fait d’une pression atmosphérique supérieure. Ainsi, mardi 8 novembre, les vagues les plus hautes ont pu atteindre 6 à 8 mètres sur le littoral, en tenant compte de l’effet amplificateur du plateau continental, très proche de la côte.

Enfin, précision importante (notamment pour cette zone de la Côte d’azur très exposée à la menace de raz-de-marée), la vigilance Vagues-submersion ne prend pas directement en compte le risque de tsunami et ses conséquences hors de proportion pour lequel un système d’alerte est en cours de finalisation.