Actualité à la Hune

Système d’alerte aux tsunamis

L’Europe a passé son premier test

Le 10 août 2011 a eu lieu le premier test grandeur nature du Système d'alerte aux tsunamis en Atlantique Nord-Est et en Méditerranée. En retard depuis le lancement du programme en 2005, l'Europe et ses voisins tentent d'accélérer le passage à la phase opérationnelle, suite au tsunami qui a ravagé le Japon le 11 mars 2011. Car, la menace est réellement forte en Méditerranée et présente en Atlantique...

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  • Publié le : 19/08/2011 - 05:19

Le niveau de la mer en temps réel. Les marégraphes du monde entier transmettent leurs données à la Commission océanographique intergouvernementale. Celle-ci assure ainsi le suivi du niveau de la mer en temps réel. Photo © Commission Océanographique Intergouvernementale Le Système d'alerte rapide aux tsunamis et d'atténuation de leurs effets (NEAMTWS : Tsunami Early Warning and Mitigation System) dans l'Atlantique Nord-Est, la Méditerranée et les mers adjacentes a passé avec succès son premier test grandeur nature, le 10 août 2011. À 10h36 UTC, un message a été envoyé - depuis l'Observatoire et institut de recherche sismique Kandilli (KOERI) basé à Istanbul en Turquie -, à destination des services concernés dans les trente et un pays membres du programme (*).

Outre le mél et le fax, le mode de transmission a surtout utilisé le Système mondial de télécommunications (SMT). Placé sous l'égide de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), celui-ci assure la collecte et la diffusion des observations météos sur l'ensemble du globe. Il est théoriquement plus sûr et plus fiable qu'Internet en cas de dérèglement des communications.

Modéliser les effets des surcotes comme des tsunamis. La modélisation du littoral répond aux besoins d'aménagement du littoral mais aussi aux phénomènes exceptionnels que sont les surcotes (ici lors de la tempête Xynthia aux Sables d'Olonne) ou les tsunamis. Photo © Jacques Archambaud (SAEMSO) Depuis le raz-de-marée survenu au Japon le 11 mars 2011 - dont les conséquences apocalyptiques ont frappé l'opinion mondiale -, les retards pris par l'Europe et ses voisins ces dernières années dans ce programme, lancé en 2005 sous l'égide de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) (Intergovernmental Oceanographic Commission : IOC) de l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), ont fait prendre conscience de l'urgence de doter nos côtes d'un système d'alerte.

Ce système doit être comparable à celui qui a fait ses preuves dans le Pacifique depuis longtemps, et à celui qui a été mis en place dans l'océan Indien, après le tsunami du 26 décembre 2004 en Asie du Sud-Est. Le quatrième système d'alerte aux tsunamis existant dans le monde est celui dévolu à la zone Caraïbe, également sujette à une forte activité sismique.

La Méditerranée est une zone particulièrement exposée. La Méditerranée est une zone particulièrement exposée aux tsunamis. Cette carte ne regroupe que les tremblements de terre des deux premières semaines d'août 2011. Notez la concentration en mer Égée ! Impressionnante même si la plupart sont de magnitude inférieure à 4. Photo © Centre Sismologique Euro-Méditerranéen (CSEM) Les deux premiers centres régionaux d'alerte aux tsunamis - KOERI en Turquie et le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) en France - devraient être opérationnels en 2012. Comme l'Institut national des sciences de l'univers (INSU/CNRS), le CEA a les sismomètres capables de détecter les tremblements de terre, tandis que le Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM) apporte son Réseau d'observation du niveau de la mer (RONIM), lequel participe au suivi du niveau de la mer en temps réel par les marégraphes du monde entier que pilote la Commission océanographique intergouvernementale.

Avant de passer à l'opérationnel, il y aura encore un exercice d'alerte de plus grande ampleur, impliquant également les médias. Ce ne serait pas trop tôt... alors qu'à l'origine, la date de fin 2007 avait été annoncée ! Espérons aussi que les informations transmises seront un peu moins vagues (sans mauvais jeu de mot) que le communiqué de l'UNESCO se félicitant que < les messages ont été bien reçus quelques minutes à peine après leur envoi >. Vu la vitesse de propagation de l'onde - environ 600 km/h sur les profondeurs de 1 000 à 200 mètres, puis dix fois moins sur les fonds moindres à l'approche de la côte dans le cas du tsunami japonais - on ose l'espérer ! Comme on aimerait avoir la garantie que la VHF et le Navtex seront opérationnels pour les navigateurs que nous sommes...

Les îles Lipari au coeur de la sismicité en Méditerranée occidentale. Les îles Lipari - au Nord-Est de la Sicile, ici avec l'île de Vulcano et son célèbre volcan - sont au coeur de la zone de Méditerranée occidentale où la sismicité est la plus élevée. Photo © Olivier Chapuis Car la menace est bien réelle. Au moins en Méditerranée où elle est presque aussi élevée que celle liée aux surcotes exceptionnelles en Atlantique, telle que celle qui s'est produite avec la tempête Xynthia, le 28 février 2010. Même s'il y est moins important que dans le Pacifique et l'océan Indien, ce risque majeur nécessite une modélisation de tout notre littoral, tout particulièrement de son interface terre-mer, à laquelle travaillent le Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM) et l'Institut géographique national (IGN) avec Litto 3D.

Mer fermée de dimensions modestes, la Méditerranée est particulièrement exposée. Elle a déjà subi ces tsunamis destructeurs, notamment ceux liés aux explosions de l'Etna (il y a 8 000 ans) ou de Santorin (il y a 3 600 ans), et quelques autres depuis le début de notre ère. Des pays comme la Grèce y sont particulièrement exposés (les îles ioniennes ont notamment été ravagées en 1953), mais aussi la Méditerranée occidentale, où la zone critique se situe entre l'Italie et le Maghreb. Le 21 mai 2003, l'Algérie a ainsi été très durement frappée, et le raz-de-marée consécutif a causé d'importants dégâts à Mahon, sur l'île de Minorque, aux Baléares.

Lisbonne rappelle que l’Atlantique n’est pas à l’abri. Le tremblement de terre et le raz-de-marée associé qui ont détruit l'essentiel de la ville de Lisbonne en 1755 rappellent que le Nord-Est de l'Atlantique n'est pas complètement à l'abri du risque de tsunami. Photo © Olivier Chapuis La côte française n'échappe pas à cette menace, tout particulièrement sur la Côte d'azur. À cent cinquante noeuds, il ne faudrait pas beaucoup plus de deux heures pour l'atteindre depuis l'Afrique. Lorsque se produit un tsunami, c'est à la côte qu'est le danger. Sur l'eau, ce sont les petits bateaux qui sont les plus exposés, dont ceux de pêche et de plaisance. D'où la nécessité de prendre le large ou d'évacuer leur bord, comme les plages.

À terre, la dernière catastrophe remonte au 6 avril 2009, en Italie, près de L'Aquila dans les Abruzzes. Elle y a fait près de trois cents morts. En 1908, un séisme sous-marin, suivi d'un tsunami, avait tué cent mille personnes en Sicile et en Calabre, la zone autour des îles Lipari étant particulièrement exposée.

Le risque sismique n'est cependant pas absent en Atlantique. En 1755, la ville de Lisbonne a été détruite par un tremblement de terre et un raz-de-marée, provoqués par des mouvements tectoniques sur la faille des Açores et en direction de Gibraltar. C'était il y a deux siècles et demi. Autant dire une poignée de secondes à l'échelle géologique...

(*) Les trente et un pays membres du Groupe intergouvernemental de coordination du Système d'alerte rapide aux tsunamis et de mitigation dans l'Atlantique Nord-Est, la Méditerranée et les mers adjacentes (GIC/NEAMTWS) sont : Allemagne, Belgique, Bulgarie, Cap Vert, Chypre, Croatie, Danemark, Égypte, Espagne, Estonie, Fédération de Russie, Finlande, France, Grèce, Irlande, Israël, Italie, Liban, Malte, Monaco, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni, Slovénie, Suède, Syrie, Turquie, Ukraine.

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    • A lire "Tsunamis" Ed La Découvrance mai 2011: un tsunami envahit les collines d'oliviers de la baie des Canoubiers et détruit Saint Tropez

      Ajouté par payne le 20/08/2011 - 08:38