Actualité à la Hune

Taxe de mouillage

La Corse instaure un péage autour des Bouches de Bonifacio

Du 1er juin au 30 septembre, jeter l'ancre au Sud de la Corse sera désormais... payant ! Votée par l'Assemblée territoriale, cette mesure applicable à l'immense Réserve naturelle des Bouches de Bonifacio est inspirée de ce qui se fait déjà au Nord de la Sardaigne depuis 2006. Elle pourrait se généraliser...

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  • Publié le : 25/01/2010 - 06:06

Les Bouches de Bonifacio entre Corse et Sardaigne. Séparant la Corse de la Sardaigne, les Bouches de Bonifacio (ici au cap Pertusato au Sud-Est de l'île de Beauté), distribuent de nombreux mouillages dont la fréquentation va devenir payante en été. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir comme pour toutes les suivantes). Photo © Olivier Chapuis Vingt euros par mètre de longueur hors-tout pour avoir le droit de mouiller, c'est-à-dire de jeter sa propre ancre (on ne parle pas ici de zones de mouillage organisés sur corps-morts). Votée à l'unanimité par l'Assemblée territoriale de Corse, le 12 novembre 2009, à la demande de l'Office pour l'environnement de l'île, l'instauration d'une taxe forfaitaire de mouillage pour les bateaux de plaisance entend appliquer le principe du < pollueur payeur >.

Présentée comme < expérimentale >, la décision est lourde de conséquences. Elle concernera dès le 1er juin - et pour toute la période allant chaque année du 1er juin au 30 septembre - tout plaisancier voulant mouiller dans la Réserve naturelle des Bouches de Bonifacio (dans les zones autorisées, bien évidemment). Or, celle-ci dépasse très largement les seules Bouches de Bonifacio et l'archipel de Lavezzi puisqu'elle concerne en réalité tout le Sud de la Corse, depuis la hauteur de la tourelle des Moines sur la côte Ouest jusqu'à la pointe de la Chiappa sur la côte Est ! Cette Réserve étant partie prenante du Parc marin international Corse/Sardaigne qui englobe également, côté sarde, l'archipel de la Maddalena.

Le Parc marin international Corse/Sardaigne, projet franco-italien. Le Parc marin international Corse/Sardaigne englobe côté français la Réserve naturelle des Bouches de Bonifacio (en bleu roi) et côté italien, le Parc national de l'archipel de la Maddalena (en bleu clair) auquel il faut ajouter toutes la zone en rose. Photo © Parc Marin International Corse/Sardaigne C'est d'ailleurs l'exemple de la Maddalena, où existe déjà une fiscalité comparable (sur des bases tarifaires différentes : 2 euros par mètre pour des unités de moins de 17 mètres... mais par jour, avec possibilité d'abonnement par quinzaine ou par mois), qui a inspiré les élus corses. Selon certains responsables, la création de la taxe sarde (en avril 2006), de l'autre côté des Bouches de Bonifacio, aurait entraîné une fréquentation accrue des eaux corses ces dernières années et les problèmes de pollution en découlant. Le produit de cette taxe - qui concerne également la Réserve naturelle de la Scandola, sur la côte Ouest de la Corse - serait ainsi affecté à la gestion de la Réserve naturelle... notamment à la création de < brigades bleues > (prévues par le Grenelle de la mer... comme s'il n'y avait pas déjà assez de polices différentes sur l'eau) qui seraient justement chargées de contrôler et de sanctionner le cas échéant.

La Réserve naturelle des Bouches de Bonifacio. La Réserve naturelle des Bouches de Bonifacio, où s'applique la nouvelle taxe, dépasse largement les seules Bouches de Bonifacio et l'archipel de Lavezzi puisqu'elle englobe tout le Sud de la Corse, depuis la tourelle des Moines sur la côte Ouest jusqu'à la pointe de la Chiappa sur la côte Est ! Photo © Parc Marin International Corse/Sardaigne Depuis plusieurs mois, le débat est assez vif entre les associations locales qui se félicitent de cette mesure de protection de l'environnement et ceux des plaisanciers qui voient en une telle mesure une nouvelle restriction à la liberté de naviguer, pour le moins une sélection par l'argent consistant à acheter un < permis de polluer >. Certains y voient surtout une forme d'hypocrisie, ayant le sentiment qu'on leur reproche autant que leur implication dans un problème environnemental dont la plaisance est une cause parmi d'autres, le fait qu'en mouillant par leurs propres moyens, ils n'apportent pas à l'économie locale les retombées financières que génèrent les autres touristes.

En l'état du projet qui reste à valider en Conseil d'État, l'exonération pour les bateaux équipés d'un réservoir d'eaux noires ne semble ainsi pas prévue. Cela peut surprendre même si bien d'autres sources de pollution existent, comme le labourage des posidonies par les ancres ou les rejets d'hydrocarbures et d'eaux grises. Une telle exemption ne serait certes pas sans créer d'autres problèmes. Il serait ainsi choquant qu'un grand yacht de luxe à moteur équipé d'un réservoir d'eaux noires puisse être exonéré alors qu'un petit voilier sans installation similaire ne le serait pas.

Le Parc national de l’archipel de la Maddalena. Pionnier dans la région, le Parc national de l'archipel de la Maddalena a servi de modèle (et de prétexte ?) à l'Assemblée territoriale de Corse pour voter sa nouvelle taxe de mouillage. Photo © Parc Marin International Corse/Sardaigne Cependant, une exonération est d'ores et déjà prévue pour tout bateau de plaisance pouvant justifier d'un titre de stationnement en cours de validité dans un port corse - à l'eau ou à sec - ou dans une zone de mouillage organisée de l'île. Le législateur considérant alors que le pollueur potentiel a déjà payé sa part du < droit > de polluer. Si les modalités pratiques de la perception de la redevance restent à clarifier - comment la payer au préalable, tel que le texte le prévoit, sans être contraint de relâcher avant tout mouillage dans un port (payant selon le principe de la double peine...), un accès Internet sera-t-il prévu pour éviter cela ? - il est d'ores et déjà certain que les contrôles vont devenir systématiques.

La taxe pour éviter le mistral. Mouiller au Sud-Est de la Corse (comme ici à l'ouvert du golfe de Rondinara) devient une nécessité par coup de mistral. Cela ne sera désormais plus possible sans avoir acquitté auparavant la taxe... Pas très marin ! Photo © Olivier Chapuis Outre qu'il faudra désormais payer des deux côtés des Bouches de Bonifacio (!), cela promet des croisières animées... lorsqu'il faudra recevoir chaque jour la visite des représentants de l'État français (pour ne pas parler du côté italien), voire plusieurs fois par jour quand diverses administrations font le même travail sans coordination véritable, ce qui arrive souvent sur nos côtes... Ceux qui seraient tentés de louvoyer avec cette réglementation doivent savoir que celle-ci prévoit une amende s'élevant au triple de la taxe (un surcoût limité à 50 % est prévu si l'on paie immédiatement). Enfin, et ce n'est pas le moins important, cette nouvelle fiscalité sert de laboratoire au projet d'une extension ultérieure à toutes les aires marines protégées de Corse, puis du littoral méditerranéen de métropole. À bon entendeur...

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Vos commentaires

    • C'est tout simplement écœurant, une pompe à fric de plus. J'aime énormément la Corse, aussi bien celle de la montagne que celle de la mer, et je me félicite d'avoir navigué plusieurs fois dans ces eaux des bouches de Bonifacio avant cette mesure inique et élitiste. Les rupins pourront enfin rester entre eux sans risquer de croiser la plèbe (les unités de moins de 25 m...). Une ambiance qu'on commençait déjà à ressentir dans certains ports, notamment Bonifacio : si tu n'as pas un yacht à deux ou trois ponts, il n'y a de place, moustique. Mais la plèbe polluante restera tolérée à la saison creuse, pour continuer de faire tourner le commerce quand les ploutocrates sont à Gstaad ou aux Seychelles. De deux choses l'une : ou bien on pollue gravement et il faut interdire, ou bien c'est du flan et l'on nous prend pour des pigeons. Hé bien c'est fini, on n'y retournera plus. Vive la Bretagne, son crachin et ses petits bateaux pas tous flambant neufs, mais qui naviguent en liberté, pour le moment. Avec un peu de chance je serai vieux ou mort avant que tout soit interdit ou taxé dans ce pays de m... qu'est devenue ma France bien-aimée. P.S. Que fait la FFV contre ça ? Ah bon, elle est occupée à prélever des taxes sur les régates...

      Ajouté par Anonyme le 27/01/2010 - 14:41

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    • fuyons la corse et ses rivages inhospitaliers,retrouvons nous dans les iles italiennes,capraia,elbe,ventotene etc ,,, ou nous sommes bien recus,et ou les habitants sont contents de nous parler francais ,en corse durant l été il vaut mieux parler italien ou corse pour etre bien accueillis

      Ajouté par staross le 29/01/2010 - 11:08

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    • 20€ par mètre de long par jour,il n'y aurai pas eut une p'tite erreur?non! c'est bien 20 pas 2!!!!....et ils fournissent quels services en échange(ramassage des poubelles, vidange des eaux noires ....)ha non rien!? et en cas de fort coups de vent, pour assurer la sécurité des personnes ?????il n'y a pas de place dans les ports!!! ???? Ben voilà c'est pas plus compliquer que çà de faire le tri. Et pourquoi pas des horodateurs,il y aurait encore plus de fric à se faire.Et on voudra nous faire croire que tout ce fric ira bien dans sa totalité à la protection du site????? Corse vous avez dit ?j'aurai tellement aimer y passer du temps,bon tant pis je n'irai pas, j'irai dépenser mon argent à l'étranger! !voilà le tri se fera comme çà aussi!!!!

      Ajouté par Anonyme le 29/01/2010 - 15:27

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    • Bon, soyons clairs! Navigateur et plongeur pro, j'ai sillonné et plongé un peu partout en Méditerranée et en Adriatique. Les herbiers de posidonies représentent des surfaces colossales et ce, jusqu'à 40 m de profondeurs. Les très rares mouillages qui nous restent, où se trouvent quelques herbiers qui n'ont pas encore été bétonnés pour créer une marina, représentent une goutte d'eau dans la mer de posidonies. Cette taxe, destinée, soi-disant, à protéger la nature et les fonds sous-marins est un nouveau racket. D'autant plus que la plupart du temps on mouille l'ancre sur fonds de sable...Il faut à tout pris boycotter la Corse, et tant pis pour les commerçants, on ira s'approvisionner ailleurs!

      Ajouté par dansea le 07/03/2010 - 10:40

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    • C'est proprement du délire écolo-administratif.Colbert a encore de nombreuses émules qui ont l'art de mettre en place des usines à gaz .Lesquelles usines permettent la création de postes de fonctionnaires(nationaux,territoriaux ou locaux),procédé endémique sur cette île française. Si encore ils organisaient des mouillages sur corps- mort ,ce serait au moins logique,dans l'idée d'une limitation des "dégâts environnementaux".

      Ajouté par celou3pa le 25/03/2011 - 23:29

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    • C’est lamentable, encore une fois on s’attaque à ceux qui ont peu de moyens pour se défendre mais on ne touche pas aux lobbies. Comme par exemple les navettes qui déversent des milliers de touristes par an sur les iles lavezzi avec eux aussi leurs lot de pollution et pas des moindres, sans qu’ils ne soient inquiétés par une quelconque taxe…. C’est plus facile de faire payer les plaisanciers que les armateurs. On ira naviguer ailleurs.

      Ajouté par fetenat le 03/08/2011 - 23:21

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