Actualité à la Hune

Tsunamis

La France aura son système d’alerte en 2012

Réchauffement climatique, tremblements de terre ou tsunamis d'une part, peuplement dense du littoral d'autre part, sont autant de raisons de surveiller de façon plus étroite le niveau de la mer. Si celui-ci est observé depuis longtemps, c'est un véritable réseau d'alerte en temps réel qui se met en place, en France et en Europe.

  • Publié le : 24/12/2009 - 00:07

L’Aquila : le tremblement marquant de 2009 en Europe. L'épicentre du tremblement de terre du 6 avril 2009 est matérialisé par l'étoile rouge. Le trait brun marque la limite tectonique des plaques africaine et européenne. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir comme pour toutes les suivantes). Photo © Emsc Le 17 décembre dernier à 01h38 UTC, un tremblement de terre de magnitude 6,3 sur l'échelle de Richter a été ressenti au Portugal, en Espagne et au Maroc jusqu'à Casablanca inclus. Survenu assez loin au large en Atlantique, ce séisme n'aurait fait aucune victime et peu de dégâts. Rien à voir avec celui qui a frappé le coeur de l'Italie, le 6 avril 2009, près de L'Aquila dans les Abruzzes, faisant près de trois cents morts.

Cette catastrophe a rappelé combien la Méditerranée est une zone sismique active où un tsunami (ou raz-de-marée) de grande ampleur pourrait survenir. Mer fermée de dimensions modestes, la Méditerranée est particulièrement exposée et elle a déjà subi ces tsunamis destructeurs, notamment ceux liés aux explosions de l'Etna (il y a 8 000 ans) ou de Santorin (il y a 3 600 ans), et quelques autres depuis le début de notre ère.

Euro-Med : un réseau dense. Le réseau des 1 672 stations Euro-Med liées au Centre sismologique euro-méditerranéen (CSEM/EMSC) ont fourni des données sismiques en temps réel (ici la synthèse de 2008). Photo © Emsc En Méditerranée occidentale, la zone critique se situe entre l'Italie et le Maghreb. Elle conditionne la création d'une vague remontant le bassin du Sud au Nord, comme cela s'est produit le 21 mai 2003, faisant des milliers de victimes et des dégâts considérables en Algérie. De part et d'autre de l'épicentre - situé en mer à quarante milles d'Alger - sur deux cents kilomètres du littoral algérien, le niveau de l'eau avait très brutalement et fortement baissé avant de remonter un quart d'heure plus tard, mais à un niveau inférieur.

Une heure seulement après le tremblement de terre, une vague de près de trois mètres avait frappé le littoral Sud des Baléares, avant d'être observée plus tardivement et très affaiblie sur les côtes françaises. Cette onde du tsunami avait ainsi jeté à la côte et coulé plus de cent cinquante bateaux. Le port de Mahon, dans le Sud-Est de Minorque, avait été le plus durement frappé, avec la moitié des pertes totales et seize millions d'euros de dégâts. Au large, les navires en route n'avaient pas forcément ressenti le phénomène, l'oscillation étant moins sensible sur les grands fonds. Aux Baléares, un raz-de-marée de cette intensité n'avait pas été enregistré depuis 1856.

Séismes : les points chauds. En 2008, 10 063 événements sismiques avaient été reportés sur le réseau d'information en temps réel Euro-Med du Centre sismologique euro-méditerranéen (CSEM/EMSC). Si l'activité en Atlantique est assez lointaine (sur la dorsale médiane de l'océan), la menace est proche en Méditerranée. Photo © Emsc Le tsunami du 26 décembre 2004 en Asie du Sud-Est a accéléré la prise de conscience. Lorsque se reproduira un tel phénomène, c'est à la côte que sera le danger, principalement pour les petits bateaux, dont ceux de pêche et de plaisance. D'où la nécessité de mettre en place un système d'alerte afin de leur permettre de prendre le large ou d'évacuer leur bord et les plages. À cent cinquante noeuds, il ne faudrait pas beaucoup plus de deux heures, depuis l'Afrique, pour atteindre la côte française de métropole.

En 2006, dans le cadre du plan Séisme, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) avait lancé une étude des risques sur notre littoral méditerranéen, Corse incluse. Outre tout ce qu'il est possible de faire via Internet, à l'instar du Centre sismologique euro-méditerranéen (CSEM, EMSC en anglais), pour les services de l'État et pour le grand public en matière de prévision des tremblements de terre - dont les conséquences sont potentiellement beaucoup plus destructrices - un système d'alerte utilisant tous les relais de l'information nautique, VHF et Navtex notamment, était en préparation.

RONIM : les marégraphes du SHOM. Le Réseau d'observation du niveau de la mer (RONIM) est constitué de 26 marégraphes en métropole (dont la Corse), de la mer du Nord à la Méditerranée en passant par la Manche et l'Atlantique. Photo © Shom En novembre 2005, le Groupe de coordination intergouvernementale du système d'alerte rapide aux tsunamis de la Commission océanographique (IOC) de l'UNESCO avait fixé la fin de l'année 2007 pour la mise en place de ce système. En novembre 2007, lors de sa conférence de Lisbonne, la phase de test des logiciels entre centres régionaux européens a été lancée avec retard. En novembre 2008 à Athènes, la France s'est portée candidate pour héberger un tel organisme dédié à la Méditerranée occidentale au sein du centre national qui va être installé, d'ici au début de 2012, par le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), avec la collaboration de l'Institut national des sciences de l'univers (INSU/CNRS) - ces deux organismes ayant les sismomètres capables de détecter les tremblements de terre - et du Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM), avec son Réseau d'observation du niveau de la mer (RONIM).

Mis en place en 1992, pour servir de base à la réduction des sondes (c'est-à-dire pour les rapporter aux plus basses mers possibles et au zéro hydrographique) et aux calculs des prédictions de marées (mais aussi à d'autres applications comme la calibration des radars altimétriques des satellites par exemple), le RONIM est aujourd'hui constitué de 26 marégraphes en métropole et de 6 autres outre-mer. Il est en cours d'adaptation pour prendre en compte la prévention des risques de submersion des zones côtières les plus basses. Une base de données est notamment constituée avec les observations des marégraphes installés sur nos côtes depuis 1844 et avec d'autres observations collectées au sein du Système d'observation du niveau des eaux littorales (SONEL), l'objectif étant de disposer de repères fiables afin de déterminer en temps réel si un tremblement de terre est susceptible de donner ou non un raz-de-marée.

Litto 3D : la modélisation de l’interface terre/mer. Comme ici dans le golfe du Morbihan (l'Île-aux-Moines face à Arradon), Litto 3D cartographie bien l'interface terre/mer, dont l'estran, jusque-là plutôt délaissé par les cartes. L'image est constituée de photos et de données de lasers topographique et bathymétrique ou de sondeur multifaisceaux. Photo © Shom Le tsunami survenu aux îles Samoa le 30 septembre dernier a confirmé l'efficacité du système d'alerte qui existe dans l'océan Pacifique depuis plus de quarante ans. D'où l'importance de développer de tels réseaux sur tous les bassins océaniques et maritimes, à commencer par l'océan Indien où les ravages ont été considérables en décembre 2004. D'autres risques seront pris en compte pour le littoral de notre pays, comme les ondes de tempête et les fortes vagues, alors que le SHOM calcule déjà les surcotes et les niveaux extrêmes générés par exemple lors d'une dépression très creuse. Enfin, avec la nouvelle cartographie intégrée Litto 3D, modèle numérique Terre-Mer développé par le SHOM et l'Institut géographique national (IGN), les risques d'inondation du littoral peuvent être modélisés et permettent de prévoir les évacuations en cas d'alerte, quelle qu'en soit la cause, au large ou sur le continent.