vendredi 03 septembre 2010

article

Vendée Globe 2008-09

Jean-Yves Bernot : «Mich’ nous a présenté son chef-d’œuvre»

  • Par Hervé Hillard
  • Note des internautes :
  •  
  • 0 commentaires
  •  consultations
  • Publié le : 04/02/2009 11:30
Trajectoires fluides, analyse et réflexion poussées, anticipation pratiquement jamais prise en défaut : à bord de Foncia, Mich'Desj' a montré une impressionnante maîtrise de la météo, de la tactique et de la stratégie. Tous le disent : «Mich' est au sommet de son art». Trajectoires fluides, analyse et réflexion poussées, anticipation pratiquement jamais prise en défaut : à bord de Foncia, Mich'Desj' a montré une impressionnante maîtrise de la météo, de la tactique et de la stratégie. Tous le disent : «Mich' est au sommet de son art».
Photo © Gilles Martin-Raget (Sea & Co)
The Race, Fastnet, Volvo Ocean Race, records de l'Atlantique, Admiral' Cup : Jean-Yves Bernot aime autant naviguer que traquer les fronts, veiller les dép' – et transmettre son savoir ! The Race, Fastnet, Volvo Ocean Race, records de l'Atlantique, Admiral' Cup : Jean-Yves Bernot aime autant naviguer que traquer les fronts, veiller les dép' – et transmettre son savoir !
Photo © D.R.
Depuis le début du Vendée Globe, le navigateur-routeur-météorologue Jean-Yves Bernot décrypte pour nous la course, les options des solitaires, les phénomènes météo.
A l’occasion de la victoire de Michel Desjoyeaux, nous avons questionné «le Sorcier» sur cette sixième édition et la victoire de celui qu’il connaît depuis longtemps et avec qui il a navigué. Les «Gremlins» de Port-La Forêt – Mich’, Bilou, Le Cam ou Bernot – ont bien grandi. Et, il faut le reconnaître, l’eau ne leur a pas trop mal réussi…
 
Voiles & Voiliers : Comment caractériserais-tu ce sixième Vendée Globe d'un point de vue météo ?
Jean-Yves Bernot : Le temps a été «classique»… Atlantique Nord en novembre avec passage de front froid actif : c’est pas de chance, mais c’est une situation commune.  La zone intertropicale ne s’est pas fait remarquer ni en bien, ni en mal. On y a retrouvé les schémas connus et les coureurs commencent à savoir les manier correctement.
Plus au Sud, on a eu une démonstration de ce qu’est le temps de l’océan Austral en été, pour une année moyenne (je vous laisse imaginer l’hiver…). Les deux précédentes éditions s’étaient déroulées dans des conditions plus clémentes, ce que l’on pourrait appeler un bel été chez nous. Cette année, on a eu droit à un été «standard». D’autres éditions avaient eu droit à un «été pourri».
En fait, le Vendée Globe se passe en partie dans les zones tempérées et sub-polaires (des deux hémisphères), qui se caractérisent par un temps très variable associé aux passages dépressionnaires et aux bordures anticycloniques. On en a vu un certain nombre…
Plus anormale a été l’étendue des glaces dérivantes telles que présentée par les données du CLS. En imaginant qu’il n’y a pas trop de fausses alertes dans l’interprétation de ces données, l’année semble avoir été exceptionnelle autour du parcours du Vendée Globe. On doit probablement y voir le résultat de la fragmentation d’énormes icebergs détachés du continent antarctique, voici quelques années.
Le 25 novembre, Desjoyeaux (bateau vert) est 13e. Comme il doit être tenant de «couper le fromage» pour raccourcir la route ! Mais, au contraire, Mich' fait le grand tour par l'Ouest. Il a raison : il va garder davantage de vent que les autres jusqu'aux forts flux des quarantièmes. Le 25 novembre, Desjoyeaux (bateau vert) est 13e. Comme il doit être tenant de «couper le fromage» pour raccourcir la route ! Mais, au contraire, Mich' fait le grand tour par l'Ouest. Il a raison : il va garder davantage de vent que les autres jusqu'aux forts flux des quarantièmes.
Photo © Actinext / Vendée Globe


V&V : Qu'est-ce qui t'impressionne le plus chez Michel Desjoyeaux ?
JYB : Mich’ est en ce moment au sommet de son art. Il l’avait déjà montré en remportant le Figaro pour la troisième fois, et là, il nous a présenté son chef-d’œuvre.
Dans tous les compartiments du jeu, il a été au niveau des meilleurs et souvent un cran au-dessus. Outre la navigation impressionnante et la capacité à mener la course à un train d’enfer, la façon de préparer le bateau et le projet a été exemplaire. Dans de gros projets complexes comme le Vendée Globe, la hiérarchisation des problèmes est primordiale. On a en gros deux méthodes :
• Le bulldozer. On liste les problèmes et on avance les solutions de front : «Ça va dans le bons sens» devient la phrase magique. De combien ? Euh, faut voir… Efficace à condition de posséder des ressources énormes en temps, argent et compétences. C’est la solution souvent utilisée dans les projets type Coupe de l’America ou Volvo Race.
• Le calcul. On tente d’évaluer les problèmes ainsi que les gains à espérer lorsque l’on apporte une solution. «Combien ça coûte et combien ça rapporte» est la phrase magique. Efficace à condition d’avoir beaucoup d’expérience et de jugement.
Et c’est là – entre autres – que Mich’ est redoutable…


V&V : A sa place, est-ce qu'il y a un moment où tu aurais agi différemment de lui ?
JYB : Devant un tel résultat, il serait assez présomptueux de faire la fine bouche. Il n’y a qu’à regarder la trajectoire de Mich’ pour voir qu’il domine le sujet : chaque écart par rapport à la route directe est suivi d’un gain significatif ou d’un positionnement déterminant. On est là dans la stratégie réfléchie et non dans de la réactivité à court terme.
Une fois la trajectoire générale décidée, le bonhomme possède assez de talent pour gérer au mieux les inévitables aléas et approximations de la prévision.
Si on veut vraiment chipoter, on peut dire que la trajectoire le long du Brésil, à la remontée, aurait pu être plus audacieuse. Mais il ne s’agit là que de détails et cela peut s’expliquer par le désir de ne prendre aucun risque tactique dans une région réputée difficile.


Des flèches violettes, et même noires : au passage du front froid, quelques heures après le départ du sixième Vendée Globe, le vent va buffler à 50-60 nœuds. Et changer brutalement de direction. La casse commence… Des flèches violettes, et même noires : au passage du front froid, quelques heures après le départ du sixième Vendée Globe, le vent va buffler à 50-60 nœuds. Et changer brutalement de direction. La casse commence…
Photo © D.R. (NOAA/Quickscat NRT)
V&V : Aujourd'hui, est-ce que tous les coureurs bénéficient ou peuvent bénéficier des mêmes données météo ?
JYB : Autant que je le sache, oui. De toute façon, je ne crois guère à la donnée météo «qui tue», permettant de faire le coup du siècle. La plupart des concurrents utilisent Synboat (Météo-France), fourni par l’organisation, ainsi que Ugrib Pro. Ces logiciels permettent d’acquérir rapidement les données utiles en évitant de perdre temps et argent  sur le Web. Ils permettent en outre la visualisation fine des données acquises : superpositions, animations… La formation météo que nous avons donnée à Port-Laf’ à pas mal de concurrents du Vendée a consisté à savoir déchiffrer, corréler et surtout évaluer la qualité des données météo.


Confiée à Voiles et Voiliers par Michel Desjoyeaux juste après son arrivée, voici la capture écran de l’ordinateur de Foncia, prise le 27 janvier au soir. Elle montre le fabuleux logiciel dont disposait le Professeur, version exclusive de MaxSea Time Zero. Confiée à Voiles et Voiliers par Michel Desjoyeaux juste après son arrivée, voici la capture écran de l’ordinateur de Foncia, prise le 27 janvier au soir. Elle montre le fabuleux logiciel dont disposait le Professeur, version exclusive de MaxSea Time Zero.
Photo © Michel Desjoyeaux (Foncia)
V&V : L'analyse météo est-elle encore capitale avec les progrès des logiciels de routage ?
JYB : Le logiciel de routage ne fait pas plus le navigateur-stratège que le traitement de texte ne fait l’écrivain. L’arme fatale en stratégie n’est pas du soft. C’est du hard : la tête dure du navigateur.
Comme le savent ceux qui ont utilisé à bord les logiciels de routage, le suivi du résultat brut du routage est loin de suffire à établir une stratégie. Les logiciels de routage sont une aide extrêmement précieuse à la prise de décision et un merveilleux outil de simulation permettant une anticipation fine.
Mais c’est une fois que le logiciel a fourni le résultat de sa simulation que le vrai travail commence. Il consiste à :
• Gérer le fait que la prévision ne couvre pas l’étendue de la traversée. Une option gagnante à six jours peut être un cul-de-sac le septième ! La solution passe par une connaissance fine des stratégies classiques dans la zone.
• Comparer les modèles de façon à établir des scénarios alternatifs plausibles.
Deux cartes météo qui font froid dans le dos. Emanant du Centre Européen de prévision à moyen terme, elles montrent la situation attendue sur le Horn vendredi 16 janvier à 0 heure (à g.), et à midi (à dr.). Cette violente tempête va concerner Brian Thompson, Dee Caffari et Arnaud Boissières. Deux cartes météo qui font froid dans le dos. Emanant du Centre Européen de prévision à moyen terme, elles montrent la situation attendue sur le Horn vendredi 16 janvier à 0 heure (à g.), et à midi (à dr.). Cette violente tempête va concerner Brian Thompson, Dee Caffari et Arnaud Boissières.
Photo © Ecmwf

• Comprendre la stratégie prévue de façon à dégager les paramètres météorologiques de suivi permettant de savoir si «on est dans les clous» on non.
• Evaluer les approximations et erreurs de prévisions les plus probables et y trouver les parades stratégiques.
• Gérer la relation tactique (court terme par rapport à la flotte)/stratégie (long terme par rapport aux évolutions météo).
La «philosophie» derrière tout cela est :
• La prévision météo possède ses limites que l’on essaie d’évaluer.
• Mais on va affiner la connaissance des stratégies applicables dans la zone de navigation et se donner les moyens de les trier.
C’est tout le sens du lourd travail fait en amont avec les coureurs : road-book météo et stratégie, études stratégiques sous forme d’animations, entraînement sur situations réelles…
En ce vendredi 16 janvier, la tempête annoncée au cap Horn est bel et bien là. Brian Thompson (Bahrain Team Pindar), Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et Dee Caffari (Aviva) tiennent le coup, chacun avec une stratégie différente, dictée par sa position – ou l’état de son bateau. En ce vendredi 16 janvier, la tempête annoncée au cap Horn est bel et bien là. Brian Thompson (Bahrain Team Pindar), Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et Dee Caffari (Aviva) tiennent le coup, chacun avec une stratégie différente, dictée par sa position – ou l’état de son bateau.
Photo © Brian Thompson (Bahrain Team Pindar/Vendée Globe)


………..
Pour lire le blog pro de Jean-Yves Bernot sur le décryptage du Vendée Globe, cliquez ici.

Et si vous voulez voir une photo des «Gremlins» dont il est question en tête d’article, posant aux côtés de Philippe Jeantot sur son cata Crédit Agricole, lisez donc le 6e billet du blog de Bernot, intitulé «Les mers du Sud», ou encore le 23e, intitulé «Le monde est petit» !
………..
Pour découvrir les temps forts et les dates-clés de la course de Mich’Desj’, cliquez ici.
Pour voir le diaporama des «Photos à la hune» du Vendée Globe, cliquez ici.
Pour lire l'entrée dans la légende de Mich'Desj', cliquez ici.
Pour lire le détail des abandons du Vendée Globe à ce jour, cliquez ici.

Pour lire les petites phrases de Michel Desjoyeaux à son arrivée, cliquez ici.
Pour lire l'article «Mich' qui rit, Bilou qui pleure», cliquez ici.

………..
Découvrez le dossier complet consacré au Vendée Globe dans le prochain numéro de Voiles & Voiliers, n°457, mars 2009, en kiosque dès le 17 février.


………..
Vivez le Vendée Globe en direct sur france-info.com
H.H.

Les tags de cet article

En complément

Les Diaporamas
associées

Les articles également consultés

11/02/2009 - 11:57 Course régate

La chronique de Gilles Martin Raget / Pacific Series (15)

É-POUS-TOU-FLANT !

Les articles du mème auteur

Ajoutez votre commentaire

Cette zone de commentaire est limitée à 1500 caractères

Aller plus loin

Les Photos à la hune

> Publicité

Les Vidéos à la hune

> Publicité

Les Indispensables

Cavale contre Cavaledeux

Triaskell (Plasmor/Baley)

Liens Sponsorisés

 

Les Vidéos

La Boutique

Les Petites Annonces

First 26

19 500 €


First 28 GTE

19 000 €


Gib'Sea 522

155 000 €


Bavaria 38 Cruiser

109 500 €


Maramu

145 000 €

Ruchaud

Les Nouveautés Produits

 

Les Promotions des Loueurs