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Voile hauturière
Annie Van de Wiele, disparition d’une pionnière de la grande croisière
Après Willy de Roos et Nicole Van de Kerchove, c’est une nouvelle grande figure de la plaisance d’origine belge qui vient de disparaître. Annie Van de Wiele fut une pionnière qui anticipa sur les navigations plus ouvertement féministes des années 1960-70. Sa relation fusionnelle avec son mari, Louis, ne la portait pourtant pas à une quelconque revendication en la matière. Son ouvrage «Pénélope était du voyage», au titre éloquent, a connu un succès considérable.
- Par Eric Vibart
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- Publié le : 23/04/2009 10:30
Anna opte pour le prénom "Annie" à dix-huit ans, lorsque les armées allemandes déferlent sur la Belgique, et c’est sous l’occupation, entre études et activités de résistance, qu’elle rencontre Louis de Wiele. Ce dernier, assistant de son professeur d’ethnologie, nourrit comme elle le rêve de partir un jour en bateau autour du monde.
Premiers essais et tour du monde
Une première navigation amène les Van de Wiele d’Ostende à Nice. Là, délaissant un projet de départ vers la Grèce, le couple laisse quelques mois Omoo au mouillage pour embarquer vers Tahiti à bord du Fleur d’Océan de la famille Argod. Cette première expérience essentielle confirme tous leurs goûts pour la navigation hauturière et leur révèle la Polynésie.
De retour à Zeebrugge, Annie Van de Wiele rédige avec beaucoup d’esprit ce qui devient un classique de la littérature vagabonde : Pénélope était du voyage.
Traduit en plusieurs langues, dont en anglais sous le très joli titre The West in my Eyes, le succès de son livre est considérable et permet au couple de repartir peu après, sans but défini, vers la Méditerranée, la mer Rouge et l’océan Indien.
L’aventure à terre
Parvenus à Mombasa en 1956, Annie et Louis y vendent Omoo «avec des larmes» pour réaliser un autre rêve de jeunesse : la chasse au gros gibier en Afrique.
Louis y devient chasseur professionnel, mais après un an d’exercice, réalise que les grands animaux ont avant tout besoin d’être protégés. Cette prise de conscience détermine un changement radical et amène le couple à travailler bénévolement pendant quatre ans pour les parcs et réserves. Logeant dans une petite ferme avec vue sur le mont Kenya, Louis, entre chasse aux braconniers et comptage de populations animales, installe dans une cahute un petit atelier d’architecture navale au sol de bouse de vache et de sang séché.
Cap vers les Antilles
Une belle création. Plus petit qu’Omoo, Hierro fut le bateau des aventures heureuses aux Antilles avant de partir pour les quarantièmes avec Loïck Fougeron. Profondément restauré, il navigue encore aujourd’hui.Photo © D.R.
Notons que Hierro sera racheté par Loïck Fougeron qui en fera le premier Captain Browne avec lequel il s’engagera dans le Golden Globe et subira un mémorable "knock-down" en Atlantique Sud.
Architecte discret, Louis Van de Wiele dessina des bateaux en acier marquant l’histoire de la voile au long cours, qu’il s’agisse du second Captain Browne ou du Williwaw avec lequel Willy de Roos réalisa le premier passage du Nord-Ouest. Une vingtaine de Hierro furent lancés avec divers gréements, ainsi que quelques sistership de Omoo et une série de Madaillan de 14 mètres.
Après le temps des voyages, un voyage dans le temps
Le Madaillan tirait son nom d’un château fort du XIIe siècle en ruine que le couple Van de Wiele acquit dans le Lot et Garonne, non loin d’Agen, dans les années soixante-dix, et qu’ils passèrent dix ans à restaurer en partie de leurs mains. Devenus de véritables spécialistes de l’architecture médiévale, Annie et Louis trouvèrent en ce lieu une nouvelle aventure à leur mesure et, logés sur un éperon rocheux, le privilège de rompre leur relative solitude à leur guise.
Pendant dix ans, Madaillan devint le point de passage de nombreux navigateurs au long cours parmi lesquels, Loïck Fougeron, Françoise Moitessier, Nicole Van de Kerchove, Willy de Roos et bien d’autres. (Visitez virtuellement le château ici.)
Abandonnant leur château à regret («Nous l'avons mis en vente sur un coup de tête et avons bien regretté de l'avoir quitté.»), le couple se retira dans une grande maison bourgeoise d’un petit village du Gers quelques temps avant la disparition de Louis, en 1989.
Annie, discrète et Juste parmi les Nations
Restée seule, Annie Van de Wiele qui se proclamait «gardienne du musée» avait tous les dehors d’une petite dame tranquille, partagée entre les soins de son jardin et son amour de toujours pour les petits chiens vifs. Les plans de Louis, soigneusement roulés, étaient conservés dans un superbe coffre de bois au décor médiéval.
Mais Annie, toujours discrète, gardait quelques surprises en réserve pour ses contemporains. Un beau jour de 1992, elle créa l’émoi dans son village de Miradoux, 500 habitants, le jour où l’ambassadeur d’Israël vint lui remettre la Médaille des Justes parmi les Nations pour avoir, avec ses parents, sauvé des Juifs pendant la guerre, épisode qu’elle avait toujours passé sous silence. «Une fois la guerre terminée nous voulions tout oublier. Tout ce que nous avons fait allait de soi», disait-elle comme pour s’excuser.
Malle au trésor. Annie conservait pieusement tous les plans de son mari dans cette grande malle, élément essentiel du « musée » qu’elle avait rassemblé dans sa belle maison du Gers.Photo © D.R.
Profitant du succès de ses rééditions, Annie remania des manuscrits laissés en souffrance et publia encore, toujours chez Hoebëke, Cabotage et Fleur d’Océan, relatant respectivement l’expérience africaine du couple et son premier grand voyage préliminaire vers Tahiti.
Ouverte, spontanément accueillante dès qu’il s’agissait de voiliers et de navigations, Annie Van de Wiele était une personnalité discrète et pleine d’esprit. Epistolière inlassable, c’était une passionnée de littérature, de récits de voyages et de bandes dessinées avec une prédilection pour Tintin qu’elle connaissait par cœur. Pour la petite histoire, Morris, créateur de Lucky Luke, était un cousin germain de Louis !
Ses lettres, parfois écrites sur des cartons taillés dans des cartes marines et glissées dans des enveloppes faites de même, si soigneusement réalisées qu’on les aurait crues manufacturées, étaient souvent de petits chefs d’œuvre d’humour et de légèreté.
«Louis m’a quitté pour des navigations élyséennes d’où l’on ne revient jamais, écrivait Annie dans la préface à la réédition de Pénélope était du voyage. Il m’a laissée seule à la barre, mais son ombre est assise à mes côtés. Nous finirons bien par arriver quelque part ensemble »
Après une très belle vie, Annie Van de Wiele vient d’arriver à bon port.
Pénélope polyglotte. Annie, elle même traductrice, fut traduite en de multiples langues, ce qui assura un rayonnement international à son récit au ton et à l’humour tout anglo-saxons.Photo © D.R.
Les ouvrages d’Annie Van de Wiele,
Cabotage et Fleur d’Océan
sont encore disponibles chez Hoebëke.
de livres anciens www.chapitre.com
ou www.livre-rare-book.com
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