Actualité à la Hune

Immersion

Jacques Gheerbrant, antihéros de la SNSM

  • Note :

    3 votes
  • 1 commentaire(s)
  • 5031 consultation(s)
  • Publié le : 29/08/2011 - 04:13

Indispensables mais discrets, les sauveteurs bénévoles de la SNSM n'en restent pas moins des hommes de l'ombre méconnus, voire méjugés, du grand public. Pour contrarier les préjugés, mettre en valeur leurs actions et comprendre leur quotidien, www.voilesetvoiliers.com a donc décidé d'aller à la rencontre de l'un d'entre eux, Jacques Gheerbrant, président de la petite station SNSM de Pornic. Portrait d'un sauveteur qui garde la tête sur les épaules et les pieds sur terre, malgré la richesse de son parcours professionnel et l'importance de son engagement.


Jacques Gheerbrant, président de la station SNSM de Pornic Avant d'être bénévole à la SNSM, Jacques Gheerbrant a été pilote de chasse de l'aéronavale, vice amiral d'escadre et préfet maritime de l'Atlantique. Pour le président de la station SNSM de Pornic, il est tout naturel de s'engager pour sauver des vies. Photo © Matthieu Cotinat Ce qui frappe chez ce marin, c'est son côté... terre à terre. Le qualifier de bourru serait pourtant un peu facile. A 65 ans, Jacques Gheerbrant, le président de la station SNSM de Pornic, donne en tout cas l'impression d'en avoir vu pas mal dans sa vie, sans vouloir l'étaler.

Son parcours professionnel parle pour lui. Ancien pilote de chasse de l'aéronavale - <Il n'y a qu'un marin pour poser un avion sur le pont d'un bateau> - et vice amiral d'escadre, il a aussi été préfet maritime de l'Atlantique ! Forcément, le sauvetage en mer, ça le connaît.
<En tant que préfet maritime, j'avais souvent apporté mon soutien à la SNSM ; c'était logique que j'apporte mon expérience>, dit l'homme pour expliquer son engagement. Jacques Gheerbrant oeuvre au sein de la Société nationale de sauvetage en mer à Pornic depuis 2004.

La SNSM en chiffres (2010)

> Nombre de personnes secourues : 5 400
> Nombre d'interventions : 2 816
> Nombre de flotteurs impliqués :
2 210 dont 34 % de bateaux à voile

> Nombres de sauveteurs embarqués bénévoles : 3 500
> Nombre de bateaux : 229 canots et vedettes, 400 pneumatiques
> Budget :
plus de 22 millions d'euros dont 67,5 % financés grâce à des fonds privés (dons et partenariats)

Il n'est pas le seul. Retraités de la Marine Nationale, officiers de la Marine Marchande, marins pêcheurs, ostréiculteurs ou plaisanciers expérimentés : ils sont 3 500 sauveteurs français embarqués et bénévoles à appareiller en 15 minutes (lire ci-dessous).

A Pornic où nous nous sommes rendus, l'équipe est constituée de 17 personnes. Un équipage de quatre sauveteurs (patron, radio, mécano, équipier) se tient prêt à rejoindre le phare de la Noëveillard et son port situé en contrebas.
Les sauveteurs peuvent prendre la mer sur la vedette SNS 200, 365 jours par an et 24 heures sur 24. Les préjugés n'en ont pas moins la dent dure. <Beaucoup de gens ne savent pas qu'on existe, d'autres croient qu'on est fonctionnaire et se jettent sur leurs gilets de sauvetage quand ils nous voient arriver>, détaille Jacques Gheerbrant. Pourtant, les marins de la SNSM ne font pas partie des affaires maritimes, des douanes ou de la gendarmerie nationale. Membres d'une association privée loi 1901, ils assurent une mission de service public.

SNS 200 La vedette SNS 200 de Pornic - ici doublant Foncia, lors du record SNSM en 2009 - est le prototype de la nouvelle génération des vedettes de 2e classe. Photo © D.R.
<Pouvoir garder 20 euros à donner à la SNSM>
Le vice amiral d'escadre ne citera pas de coups d'éclats. <Je n'ai pas la culture de l'exploit. En mer, la frime est la porte ouverte à toutes les catastrophes. Et ce n'est pas dans la philosophie du sauveteur de trop faire vibrer la corde héroïque>, explique-t-il. Les recherches de disparus sont évidement des moments forts pour lui, mais il préfère ne pas s'en vanter. Toujours cette fameuse modestie qui revient souvent chez ce personnage. Le naufrage de l'Erika et surtout le sauvetage de l'équipage sont les références qui le marquent le plus, bien qu'il n'y ait pas participé.

Aux commandes de SNS 200 La passerelle de la vedette SNS 200 accueille les quatre hommes d'équipage : le patron sur le siège avant droit, le radio à l'avant gauche, un mécano et un équipier à l'arrière. Des poignées permettent d'orienter les différents spots en cas de recherche la nuit. Photo © Matthieu Cotinat Pour décrire un sauveteur de la SNSM, plus que ses compétences indispensables, Jacques Gheerbrant met en avant ses qualités humaines : <Les gens doivent être bien câblés et être hyper précautionneux>, insiste t-il. Avant d'ajouter : <La consigne principale, c'est de ne pas faire de sur-accident. On peut tout à fait dire "C'est trop dangereux pour nous de prendre la mer, il y a d'autres moyens pour intervenir comme le canot tout temps de l'Herbaudière ou les hélicoptères".>

Contrairement à une nouvelle idée reçue, la principale difficulté dans leur travail n'est pas le gros temps. <Comme dans n'importe quelle association, il faut réussir à maintenir la cohésion avec de fortes personnalités, certains qui se surinvestissent et d'autres qui se sous investissent>, estime l'ancien préfet maritime.

Et le financement ? <On arrive toujours à faire face>, répond rapidement le marin. Les bénévoles de Pornic doivent pourtant trouver 30 000 euros par an pour faire tourner leur station. Ils financent cette somme grâce aux dons, aux adhésions et à leurs 35 interventions par an. Car si l'assistance aux personnes est gratuite, il n'en est pas de même pour les bateaux. Le tarif dépend des moyens mis en oeuvre - pour la vedette SNS 200, il faut compter 255 euros de l'heure. Mais l'essentiel du budget de la SNSM provient de fonds privés (voir encadré).

A ce sujet, Jacques Gheerbrant ne comprend toujours pas une chose : <Pourquoi il y a 800 000 bateaux immatriculés en France et seulement 80 000 adhérents réguliers ? Le gars qui a un bateau devrait pouvoir garder 20 euros à donner chaque année à la SNSM.> Pour sauver des vies et assurer sa sécurité.

> Plus d'infos sur la SNSM, ici.


> 15 minutes pour appareiller

Sécurité : jouez la carte de la modestie !

Pas de répression mais de la pédagogie. Tel est le maitre mot des bénévoles de la SNSM et en particulier de Jacques Gheerbrant. <On ne fait jamais de reproches aux gens qu'on secourt, pourtant on rencontre des inconscients>, constate le président de la station SNSM de Pornic. Et l'ancien vice amiral d'escadre de citer les cas (désolants ou révoltants ?) <d'un couple défoncé avec un bébé de 6 mois à bord>, d'un "marin" qui, faute de vent, appelle les secours par peur de rater... son train. Plutôt que de jouer les têtes brûlées, mieux vaut jouer la carte de la modestie. <Même si vous avez un problème mineur, n'hésitez pas à le signaler, c'est mieux que d'avoir un mec qui appelle à 22 heures car il n'a pas réussi à réparer son moteur. Un petit ennui mécanique peut avoir des conséquences beaucoup plus graves>, rappelle Jacques Gheerbrant. Pour lui, la modestie va de soi, tout comme le port du gilet de sauvetage, <comme la ceinture de sécurité, il faut le porter en toutes circonstances>. Reste aussi à prévenir quand et où on part, pour combien de temps et dans quelles conditions météo. Vérifier sa VHF (canal 16), son GPS et ses équipements (flasheur, harnais, balise...) font aussi partie des réflexes à avoir. A chacun de connaître ses limites, ses capacités et de se fixer ses règles (retrouvez notre article à ce sujet ici).

Si nous avions pu embarquer sur l'une des vedettes de la SNSM, nous l'aurions fait. Mais on ne commande pas une opération de sauvetage sur un claquement de doigt et heureusement ! Avec le concours de Jacques Gheerbrant, le président de la station SNSM de Pornic, nous vous racontons donc une opération fictive.

C'est le genre d'appels que le CROSS d'Etel préférerait éviter de recevoir. Il est 2 heures du matin lorsque le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage d'Etel (Morbihan) reçoit un appel de détresse (ici fictif) d'un voilier naviguant à 50 miles au large de Noirmoutier.
La mer hachée et le vent de force 8 viennent d'emporter un homme à la mer. Un équipier qui devait prendre le quart suivant a pu alerter les secours avec la VHF du bord. Cas assez rare : il a su donner la position précise du navire grâce au GPS.
Le CROSS met en oeuvre le canot tout temps et la vedette SNS 200 des stations SNSM de l'Herbaudière et de Pornic. Les bénévoles de garde mettent 15 minutes pour rejoindre leurs embarcations et appareiller. Les patrons signalent leur départ au CROSS avec qui ils resteront en contact tout au long de l'opération de sauvetage.

Equipements de SNS 200 A tribord, une potence, un palan et une plateforme abaissée permettent de repêcher et de hisser d'éventuels naufragés. Photo © Matthieu Cotinat Le CROSS communique la zone où le skipper est passé par-dessus bord, puis la position précise du navire. Les marins de la SNSM apprennent aussi que l'homme est équipé d'un VIF (vêtement à flottabilité intégrée) et qu'un hélicoptère de la Marine nationale a été dépêché sur zone. Un plan de recherche est rapidement mis en place. Quelques minutes plus tard, grâce à la caméra thermique de l'hélicoptère, le naufragé est localisé, inconscient. L'homme est repêché par un plongeur. L'aide des bénévoles de la SNSM est précieuse pour hélitreuiller la victime. Celle-ci est évacuée vers le CHU de Nantes.

L'histoire fictive se termine bien, <mais malheureusement dans les cas d'homme à la mer, il est très rare qu'on retrouve la personne>, précise Jacques Gheerbrant. Depuis un bateau, il est en effet très difficile de localiser une personne dans l'océan, d'autant plus quand la mer est formée. Et un corps inerte met seulement quelques minutes avant de couler à pic. Les chances de survie sont donc très limitées. Reste alors un dernier point essentiel à retenir pour la réussite d'un sauvetage : donner la position précise de votre bateau fait gagner un temps précieux aux sauveteurs !


...........
Les différents bateaux de la SNSM

Accueil des naufragés Ces couchettes ne sont pas destinées à l'équipage, mais à accueillir les rescapés d'un naufrage. Photo © Matthieu Cotinat > Le canot tout temps (vert et orange)
Longueur : 17,60 m
Vitesse : 18 à 22 noeuds
Puissance : 2 moteurs diesel 400 cv

> Vedette classe V1 (bleu et orange)
Longueur : 14 m
Vitesse : 25 noeuds
Puissance : 2 moteurs diesel 400 cv

> Vedette classe V2 (bleu et orange)
Longueur : 9 m et 10,50 m
Vitesse : 25 noeuds
Puissance : 2 moteurs diesel 330 cv

> Vedette classe V3 (bleu et orange)
Longueur : 8 m
Vitesse : 16 noeuds
Puissance : un moteur diesel de 199 c

Ajoutez votre commentaire

Connectez-vous pour publier un commentaire.

Vous êtes abonné(e) ou vous avez déjà posté un commentaire identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?

Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)

Vos commentaires

    • IL SERIAT BON QUE LES TARIFS DE REMORQUAGE SOIENT SIGNALES EN AMONT COMME LE FONT LES PRIVEES ET NE PAS METTRE LES REQUERANTS DEVANT LE FAIT ACCOMPLI AVEC UNE FACTURE EN ARRIVANT AU PORT. D AUTRE PART NE PENSEZ VOUS PAS QUAND IL EXISTE UN AUTRE MOYEN (PRIVE OU AUTRE) DE LAISSER LE REMORQUAGE AFIN QUE LA MISSION PREMIERE DE LA SNSM QUI EST LE SAUVETAGE DE VIE HUMAINE PUISSE ETRE EFFECTUE? D'EVITER DE FAIRE CROIRE AUX ABONNEES DES DIVERSES STATIONS QUE S' ILS DEVIENNENT ADHERENTS ILS ONT DROIT A UN REMORQUAGE GRATUIT.

      Ajouté par frank le 31/08/2011 - 08:12