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disparition

Jean-Louis Guillemard a largué les amarres

Premier directeur de la rédaction de Voiles et Voiliers et cofondateur de la course de L’Aurore, devenu la Solitaire du Figaro, Jean-Louis Guillemard, grande figure de la presse, vient de s’éteindre des suites d’une longue maladie.
  • Publié le : 02/03/2017 - 17:44

Jean-Louis GuillemardEn 1970, année où fut prise cette photo, Jean-Louis Guillemard fut à l'origine de la Course de l'Aurore (qui deviendra Solitaire du Figaro) avant, un an plus tard, de faire partie des créateurs de Voiles et Voiliers.Photo @ Jean Dousset/Voiles et Voiliers

À 80 ans, malgré une maladie musculaire orpheline, il avait l’enthousiasme d’un junior, et s’était mis en tête de disputer la Solitaire du Figaro 2010 qui fêtait alors ses 40 ans ! Lui se voyait déjà sous spi dans le golfe de Gascogne à la barre d’un Figaro 2… Mais à l’issue de deux stages à Port-la-Forêt, Jean-Louis a vite compris que si l’idée était belle, elle n’était pas réalisable. Dans l’article qu’il avait écrit dans le numéro 474 d’août 2010, et en référence à Sir Francis Chichester, après avoir bouclé son tour du monde à la voile à 66 ans (comme Rich Wilson lors du dernier Vendée Globe !) il concluait : «la vie s’allongeant, j’avais le dessein, toutes proportions gardées, de tenir le même langage aux octogénaires de 2010 au travers d’une modeste, très modeste participation à la Solitaire du Figaro. Ce ne sera pas moi… en tous cas cette année.» Il faut dire que 40 ans plus tôt, alors rédacteur en chef adjoint au quotidien L’Aurore, et après avoir lancé une page hebdomadaire «yachting» connaissant un important succès auprès des lecteurs, il décide avec Jean-Michel Barrault rédacteur de cette rubrique, de lancer une course en solitaire par étapes sur des half-tonners, protos IOR de 9 mètres, et parvient à convaincre sa direction. L’histoire raconte que l’épreuve, baptisée Course de l’Aurore, est née sur un coin de nappe dans une pizzeria ! La première édition a lieu en 1970 et est remportée par Joan de Kat.

Un an plus tard, Jean-Louis Guillemard et quelques amis lancent un magazine grand format au ton différent. Il se nomme Voiles et Voiliers. Compte tenu de son expérience dans la presse, Jean-Louis est bombardé directeur de la rédaction, poste qu’il va occuper jusqu’en 1985 ! Fourmillant d’idées, un brin paternaliste, d’une extrême rigueur dans la construction des textes, l’ancien pensionnaire des Glénans qui a débuté sur Vaurien, est avant tout un passionné de mer et de voile. Peu à peu, Voiles et Voiliers va devenir le solide leader de la presse nautique. Huit ans plus tard, L’Aurore est absorbée par Le Figaro, et en 1980 la célèbre épreuve est rebaptisée Solitaire du Figaro, avec le succès que l’on sait.

Guillemard en FigaroDans le but d'une éventuelle participation à la Solitaire du Figaro 2010, Jean-Louis Guillemard se rendit à Port-la-Forêt et navigua avec François Gabart.Photo @ Philippe Guégan/Voiles et Voiliers

Il y a encore quelques semaines, Jean-Louis Guillemard lisait «Voiles» de la première à la dernière ligne, avec une vivacité intellectuelle exceptionnelle pour un homme malade et âgé de bientôt 87 ans. Il se régalait de découvrir de nouvelles plumes et surtout de nouveaux bateaux, s’insurgeait – mais toujours avec élégance et retenue - quand un sujet ne lui semblait pas à la hauteur de ce qu’il appelait «la revue», n’hésitait pas à distiller des conseils le plus souvent pertinents. Ce lien avec les rédacteurs en chefs ayant pris sa suite, était pour lui indispensable, afin de se sentir rassuré et constater que l’aventure Voiles et Voiliers se poursuivait dans la continuité. Toujours impeccable dans sa veste bleu marine et son pantalon de flanelle, attentif et bienveillant, il réservait toujours la même table dans la même brasserie à La Bastille, à midi pétante et à deux pas de Voiles et Voiliers alors encore à Paris. Il avait très envie de venir à Rennes, où est installée désormais la rédaction, pour y rencontrer l’équipe en partie renouvelée.
Mais sa santé ne suivant plus, il s’en était fait une raison, et n’hésitait pas à prendre des nouvelles par mail.
Avec sa disparition quelques semaines après celle de Jean-Olivier Héron, c’est une partie de l’âme de Voiles et Voiliers qui s’est envolée.