Numéro de voile : F 12445. Millésime : 1988. Série : 470. Constructeur : KD. Couleur de pont : bleue, avec des bandes rose fuchsia. Signe particulier : champion olympique à Pusan (Corée du Sud), Thierry Péponnet à la barre et Luc Pillot au trapèze. Pour autant, ce F 12445, 470 au sacré pédigrée, n'a pas toujours eu un destin idyllique. Plus de vingt ans après être entré dans la légende olympique, le dériveur traînait dans un club de la région parisienne... Avant d'être repéré puis racheté par un passionné. État : quelques travaux à prévoir.
Note :
Sur cette photo prise à Pusan (Corée) et parue dans le numéro de novembre 1988 de Voiles et Voiliers, Thierry Péponnet et Luc Pillot naviguent au près dans la brise sur le F 12445... L'or olympique est au bout !
Photo © François Salle (Voiles et Voiliers)
Septembre 1988, Pusan. Sur un plan d'eau venté et agité par de forts courants, Thierry Péponnet et Luc Pillot remportent le titre olympique en 470, devant les frères Tyniste (Union Soviétique) et Shadden-McKee (Etats-Unis).
Alors qu'ils avaient été médaillés de bronze à l'arraché, quatre ans plus tôt à Los Angeles, les deux Français sur leur 470 bleu roi portant le numéro de voile F 12445 ont été impressionnants lors des Jeux de Corée du Sud, confirmant qu'ils sont de très loin le meilleur équipage de 470 de la planète.
Au passage, ils décrochent le premier (et seul) titre olympique français en 470.
Destin contrarié
Photo prise durant la préparation olympique, en 1986, peu de temps avant que Péponnet-Pillot ne deviennent champions du monde. J'avais embarqué avec eux pour une séance photo au large de Hyères.
Photo © Didier Ravon
Pourtant, en France cette médaille d'or passe totalement inaperçue : le soir de leur victoire, Ben Johnson qui vient de souffler l'or olympique à Carl Lewis sur 100 mètres, établissant un nouveau record du monde, est contrôlé positif, déchu de son titre et exclu des Jeux... L'info fait le tour du monde et les ouvertures des JT. On ne parle que stéroïdes anabolisants et de la musculature monstrueuse du tricheur !
Et "Pépon" et Pillot, qui ramènent pourtant l'une des rares médailles d'or de la délégation française (avec Le Déroff / Hénard en Tornado), n'ont même pas droit à la une, ni même à la manchette de l'Equipe... Juste un petit papier en dernière page. Ces maigres retombées ont un arrière-goût amer, mêlé à un irrépressible sentiment d'injustice... Après tant d'années d'efforts, c'est rude.
A leur retour en France, Thierry et Luc rament carrément pour valoriser leur médaille... Rien d'étonnant alors à ce qu'ils ne reviennent pas sur leur décision d'arrêter le 470. Ils passent ainsi à autre chose, se séparent et poursuivent chacun à la barre d'un Soling.
Lorsque le 470 est récupéré par Nicolas Guichet et le CN Ablon, ses sangles de rappel sont "mangées" et les cale-pieds structurels littéralement écrasés.
Photo © D.R. (Nicolas Guichet / CN Ablon)
Leur 470 rentré en conteneur de Séoul est vendu à David Lanier, un jeune régatier, aujourd'hui dans la cellule météo de l'équipe de France olympique.
Après quelques saisons de compétition, le club de Ris-Orangis dans l'Essonne acquiert le célèbre 470 bleu et rose pour son école de voile. Guère ménagé par les pratiquants qui s'y font les dents à bord, le F 12445 vieillit doucement mais sûrement sur un parking ou dans un hangar... Avant d'être débusqué par un "doux dingue" d'un club de voile voisin.
Planche de salut
Après de nombreuses années en école de voile, le 470 champion olympique est bien fatigué et le gel-coat accuse le poids des ans...
Photo © D.R. (Nicolas Guichet / CN Ablon)
Nicolas Guichet, professeur des écoles et historien de formation - il a travaillé sur une thèse à propos de la naissance et du développement de la navigation de plaisance - est aussi un accro du "Quat sept'" ! Régatier amateur acharné, membre du Club Nautique d'Ablon-Sur-Seine, à deux pas des pistes d'Orly, il aime les bateaux glorieux et les symboles. Il a déjà racheté à Gildas Philippe et Tanguy Cariou le 470 Mackay avec lequel les deux Finistériens ont remporté le championnat du monde 1998 en Espagne... Et en novembre 2008, lorsqu'il apprend que le CN Ris Orangis veut céder le bateau champion olympique de Séoul, mais suivre et encourager sa restauration, il décide de lancer une souscription auprès des membres de son club, à raison de 150 € par donneur.
Nicolas Guichet, instituteur de profession, s'est pris de passion pour le bateau de Péponnet et Pillot. Mais lui-même régate également en 470, disputant tous les championnats. Avec Hervé Bernard, ils ont terminé premiers des classiques (470 construits avant 1989) à l'Open de Madine en 2009.
Photo © D.R.
Ils sont une douzaine à y aller, le club complétant la différence et devenant donc propriétaire du F 12445.
Mais Nicolas Guichet a de la suite dans les idées et ne s'en contente pas ! Ce qu'il veut, c'est restaurer le bateau à l'identique, le remettre exactement dans sa configuration d'origine, en n'utilisant - si possible - que du matériel d'époque, voiles, espars, accastillage...
Bientôt, lorsqu'il n'est pas en cours, il ne vit que pour ça ! Et remue ciel et terre.
Il me demande les emails et téléphones de Thierry Péponnet et Luc Pillot. Je lui scanne les articles parus dans Voiles et Voiliers en 1988.
Hormis les travaux sur la coque, le budget global pour tout le matériel, remorque comprise, s'élève à 4 500 euros. Nicolas lance un appel via le site web du CN Ablon et recherche des partenaires. Et ça marche !
Thierry Péponnet et Luc Pillot utilisaient à Séoul l'un des premiers compas électroniques - un cadran de part et d'autre de l'étambrai. Des compas à bulle Plastimo ont été posés par le propriétaire suivant.
Photo © D.R. (Nicolas Guichet / CN Ablon)
Chantier titanesque
Pierre-Jean Gallo, brillant coureur en 505 et patron de Paris Voile à Montreuil, à deux pas de la porte de Vincennes, est l'un des premiers à plonger dans l'aventure. Paris Voile, grand spécialiste du dériveur, prend en charge une partie des travaux et récupère le F 12445 dans son atelier dirigé par Laurent Chevassus.
La coque est très fatiguée et accuse le poids des années. Le fond du bateau est à refaire tout comme le tableau arrière, les renforts du puits de dérive ou les cale-pieds. Bref, il y a du boulot sur la structure !
Les renforts de fond de coque ont été repris tout comme le puits de dérive.
Photo © D.R. (Nicolas Guichet / CN Ablon)
Mais tous les gens qui ont baigné dans le monde du 470 depuis plus de vingt ans sont approchés et la démarche de Nicolas Guichet intéresse de plus en plus de monde. En témoigne le palmarès 470 cumulé par les destinataires de la mailing list faisant état de l'avancée de la restauration du bateau !
Nicolas le dit et le répète. Il souhaite retrouver le matériel d'époque. Mais malgré son réseau, il n'est pas facile de trouver le jeu de voiles de 22 ans et du même pedigree !
Alors, il contacte directement Elvström France, qui est immédiatement séduit par la démarche. La voilerie cannoise devient partenaire officiel de l'opération.
Le F 12445 vient de recevoir son jeu de voiles - des Elvström spécialement coupées selon le dessin de 1988 par la voilerie de Cannes. Mais il manque encore un spi Ullman !
Photo © D.R. (Nicolas Guichet / CN Ablon)
Avec l'aide bienveillante de Laurent Delage, ancien champion de 470 et dessinateur à l'époque des voiles de Péponnet-Pillot - qui est aujourd'hui chez North Sails France -, la voilerie Elvström fabrique gracieusement un jeu de voile flambant neuf, dans un tissu en Yarn approchant, selon la coupe <vintage 88>... Et va même jusqu'à refaire le fameux logo de la voilerie - une couronne verte !
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Avis de recherche ! |
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Il manque encore une lame de safran JPH et un spi Ullman Sails d'époque, plus une remorque de route, afin de permettre au F 12445 de sillonner les plans d'eau du pays. |
Mais l'histoire du F 12445 est loin d'être finie ! La suite viendra prochainement sur www.voilesetvoiliers.com.
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