vendredi 03 septembre 2010

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New York-Lorient en catamaran de sport

La folie des grandeurs !

Traverser l’Atlantique Nord en catamaran de sport c’est un peu comme prendre la route du Paris-Dakar avec une mobylette de 50 cm3, en principe ça ne viendrait à l’idée de personne... C’est pourtant le projet fou d’un duo de marins pas comme les autres : Benoît Lequin et Pierre-Yves Moreau s’élanceront, début juillet, de New York à Lorient en catamaran de 20 pieds !

  • Par Flavien Bascoul
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  • Publié le : 20/06/2009 01:00
La traversée New York-Lorient en catamaran non habitable n’a encore jamais été tentée. Après trois ans de préparation, les Français Benoît Lequin et Pierre-Yves Moreau espèrent établir un premier temps de référence. La traversée New York-Lorient en catamaran non habitable n’a encore jamais été tentée. Après trois ans de préparation, les Français Benoît Lequin et Pierre-Yves Moreau espèrent établir un premier temps de référence.
Photo © Martin Coudriet
A priori, quand on pense transatlantique, on imagine plutôt autre chose qu’un cata de plage… Mais tout le monde ne raisonne visiblement pas de la même manière : déjà auteurs d’un record Dakar-Guadeloupe, Benoît Lequin et Pierre-Yves Moreau se préparent à la traversée inédite New York-Lorient en catamaran non habitable.
Benoît Lequin (à gauche) et Pierre-Yves Moreau (à droite) partagent les mêmes envies et le même goût du défi. Ils se connaissent depuis l’âge de 17 ans, lorsqu’ils naviguaient ensemble au Centre Nautique des Glénans. Benoît Lequin (à gauche) et Pierre-Yves Moreau (à droite) partagent les mêmes envies et le même goût du défi. Ils se connaissent depuis l’âge de 17 ans, lorsqu’ils naviguaient ensemble au Centre Nautique des Glénans.
Photo © Martin Coudriet
Les deux hommes seront en stand-by, début juillet, au pied de la statue de la Liberté pour un parcours de 3 000 milles qui les conduira devant la Cité de la Voile Eric Tabarly à Lorient. Un hasard du calendrier qui amène leur catamaran de 20 pieds (6,10 mètres) à se retrouver aux côtés des trois géants que sont Groupama 3, Banque Populaire 5 et Sodebo. Trois maxi-trimarans et un mini cata face à l’océan… Cherchez l’erreur !
Courants froids du Labrador, systèmes météo instables… Se risquer sur un tel parcours à bord d’une embarcation légère tient de la gageure. Mais les deux skippers de 35 et 37 ans sont bien déterminés à faire mentir leurs détracteurs.
Ce qui les motive ? Le défi. «Comme la traversée n’a jamais été tentée, nous n’avons aucune référence, confie Pierre-Yves Moreau. C’est donc un projet très excitant, à l’opposé d’une course classique où l’on peut facilement prendre modèle sur son voisin.»
Les deux skippers peuvent compter sur trois années de préparation rigoureuse ainsi que sur leur grande expérience du large, avec de nombreuses transats courues en Mini 6.50, en Figaro et même en 60 pieds. «Tout ce qu’on fait est mûrement réfléchi pour que tout soit impeccable, déclare Lequin. Alors quand on nous dit qu’on est des allumés, ça ne nous dérange pas, mais faut quand même faire la nuance.»
Ils s’élanceront à bord d’un prototype de 20 pieds, entièrement conçu et construit par eux-mêmes en 2006 en vue de battre le record de la traversée Dakar-Pointe-à-Pitre en catamaran non habitable. Un objectif réalisé le 9 décembre 2007, après onze jours et demi de mer et d’innombrables péripéties.
Pour ce nouveau défi, les deux navigateurs, qui se basent sur les polaires du bateau et une moyenne de 9-10 nœuds, estiment la durée de la traversée entre 15 et 20 jours.

 
Pour cette navigation inédite, Lequin et Moreau utiliseront le même catamaran de 20 pieds (6,10 mètres) que lors de leur traversée record Dakar-Guadeloupe en 2007. Pour cette navigation inédite, Lequin et Moreau utiliseront le même catamaran de 20 pieds (6,10 mètres) que lors de leur traversée record Dakar-Guadeloupe en 2007.
Photo © Martin Coudriet
Les clés du projet dingue de Benoît Lequin et Pierre-Yves Moreau
Un bateau spécifique. En 2006, Moreau et Lequin prennent le pari de «rendre navigable un bateau qui n’est pas fait pour la navigation hauturière.» Ils décident de concevoir un prototype «de A à Z» et se basent sur les moules du trimaran Bandit 800 pour les flotteurs.
Le résultat est un catamaran à foils de 20 pieds, très volumineux (pour supporter la charge de l’équipement), haut sur l’eau, équipé de ballasts et de deux bancs recouvrables avec une tente à arceaux. Large de 3,50 mètres pour 10,50 mètres de tirant d’air, il supporte 29 mètres carrés de voilure au près et un spi de 30 mètres carrés.
Cet hiver, le bateau a été principalement adapté à la question du froid et à la protection des embruns. Il a aussi été sécurisé d’un ballast d’inertie supplémentaire, de nouvelles lignes de vie et d’un système électronique qui choque les deux voiles au delà de 20 degrés de gîte.
L’obsession sécuritaire. «On a exactement le même équipement de sécurité à bord que n’importe quel grand bateau de course au large», explique Moreau. AIS, transpondeur, balises de positionnement, téléphones satellites, radeau quatre places, sac de survie… tout y est. En plus, chacun dispose en permanence d’une sacoche avec balise de détresse autonome, flash-light, fumigènes, feux à main, couteau, fluorescéine et VHF.
Une préparation minutieuse. Sur ce genre de projet, la préparation humaine et matérielle se doit irréprochable. «On essaye de tout anticiper, déclare Moreau. La technique ne nous pose plus de problème. Nous connaissons le bateau par cœur et pouvons répondre, sur l’eau, à n’importe quel type d’avarie.»
En revanche, l’ennemi numéro un est beaucoup plus difficile à appréhender. «La fatigue est un paramètre sur lequel on ne s’attendait vraiment pas à aller aussi loin lors de la précédente traversée, reconnaît Lequin. La fatigue est liée au stress et c’est elle qui engendre les erreurs.» Ces derniers mois, les efforts se sont donc concentrés sur l’optimisation du confort à bord, la gestion du sommeil et la nutrition.
Historique des transatlantiques en catamaran de sport
Alors que la traversée New York-Lorient constitue une première mondiale, on dénombre officiellement huit tentatives de transatlantiques sur le parcours Dakar-Guadeloupe.
En 1986, le Français Jacques Pradel et l’Australien Tony Laurent effectuent la traversée sur un Hobie Cat 18 en 18 jours et 22 heures.
La même année Laurent Bourgnon (également parrain du bateau de Moreau et Lequin) et Frédéric Giraldi traversent sur un parcours différent entre les Iles Canaries et la Guadeloupe en 20 jours.
Trois tentatives ont ensuite échoué, et ce n’est que 13 années plus tard, en 1999, que le record Dakar-Guadeloupe est battu par le Hollandais Hans Bouscholte et le Français Gérard Navarin, qui terminent en 15 jours, 2 heures et 26 minutes, sur leur Nacra 19 pieds.
En 2005, Les Italiens Andréa Gancia et Matteo Miceli bouclent la traversée en 13 jours, 13 heures et 58 minutes, sur leur prototype de 20 pieds.
Deux années plus tard, Pierre-Yves Moreau et Benoit Lequin signent le nouveau record en 11 jours 11 heures et 25 minutes, sur leur prototype de 20 pieds.
Enfin, en avril 2008, l’Italien Vittorio Malingri effectue la traversée en solitaire, sur un prototype de 20 pieds également, en 13 jours 17 heures et 48 minutes.
F.B.

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