Bilan de régate

Pourquoi ont-ils raté leurs Jeux ?

Ingrid Petitjean en 470 et Xavier Rohart en Star. D'Athènes en 2004, la première avait retiré un premier échec, le second rapporté une médaille de bronze. A Qingdao, cet été, tous deux comptaient parmi nos meilleures chances de médailles. On les attendait. On croyait en eux. Mais rien à faire : les filles du 470 terminent 11e et les garçons du Star 6e. Aujourd'hui, les deux barreurs reviennent sur les raisons de leurs échecs et tirent des conclusions riches d'enseignements.

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  • Publié le : 14/01/2009 - 16:36

Enrouler en tête... et perdre sa manche. En Star, Rohart et Rambeau étaient donnés favoris des Jeux de Pékin. Mais un enchaînement d'événements malheureux les a contrés. Photo © Gilles Martin-Raget (FFV) Une préparation olympique, c'est quatre ans - et souvent les coureurs en ont enchaînées plusieurs. Les Jeux, c'est quinze jours. Faire le bilan de tout ça, ce n'est pas rien.
En tout cas, cela ne risque pas de se faire en dix minutes, ni même en une quinzaine de jours, comme le souligne Petitjean. Surtout quand il s'agit d'entamer son troisième tour de piste pour la barreuse de 470 et son cinquième pour Rohart.

Xavier Rohart Xavier Rohart, 40 ans. Barreur de Star. Médaillé de bronze en 2004. Photo © Gilles Martin-Raget (FFV) Star : une gestion de projet à flux tendu
Dans son interview bilan des Jeux, le DTN Philippe Gouard revient sur la prestation chinoise des staristes, jugeant que l'équipage était déjà en difficulté six mois avant les Jeux... Ce que ne dément pas Rohart. Il précise : <Nous étions à flux tendu. Pas en retard, mais dans l'impossibilité d'assumer la moindre anicroche. Et manque de pot, nous n'avons eu que des emmerdes.>
Et Rohart d'énumérer : retard dans la commande du nouveau bateau, quille endommagée, mises en chantier successives, mauvais jeu de voiles. A l'évidence, pour conduire un projet ambitieux, il faut ménager une marge de manoeuvre. Mais le temps file entre les doigts des médaillés d'Athènes.

Au printemps, lorsque les événements majeurs du calendrier se courent en Europe, les deux staristes sont bloqués aux Etats-Unis, empêtrés dans leurs différents problèmes de matériel. <Nous nous sommes retrouvés isolés, sans partenaire d'entraînement et nous n'avons plus eu l'occasion de régater.> Les nombreux allers-retours entre les deux continents finissent par user moralement l'équipe.

<Aux premiers grains de sable, cela se désagrège assez vite>

Rohart souligne la pression que l'équipage a commencé à subir et analyse : <Sur le papier, nous avions le meilleur potentiel après celui du Brésilien Scheidt. Mais pour exprimer ce potentiel, il nous fallait une stabilité parfaite et une sérénité totale quant à la marche du bateau... Le problème humain est donc la clé de notre affaire.>

La fatigue accumulée depuis janvier et le manque de confiance en la vitesse de leur bateau grippent le fonctionnement de l'équipage. A bord, la conversation se bloque, les comportements se modifient. <Aux premiers grains de sable, cela se désagrège assez vite. Si nous sommes encore capables d'identifier les problèmes, nous ne trouvons plus leur solution... Lors de notre Medal race, par exemple, nous étions trop à fond. Nous sommes partis derniers, avons remonté, puis nous sommes plantés à la porte. Parce que nous avions trop la tête dans le bateau.>
Aux Jeux, les staristes enroulent souvent en tête, mais ne parviennent pas à s'extirper, à prendre de la hauteur. Ils manquent d'air.

Rohart conclut : <Je ne pense pas que nous ayons raté nos Jeux. Nous avons fait une belle régate. Mais nous n'en avons pas non plus fait une superbe, comme nos adversaires Loof et Percy.>



Ingrid Petitjean Ingrid Petitjean, 28 ans. Barreuse de 470 au palmarès impressionnant. Deux participations aux Jeux. Photo © Gilles Martin-Raget (FFV) 470 : une stratégie de l'urgence
Lorsqu'en mai dernier, le couple star du 470 français annonce que l'équipière Nadège Douroux est remplacée par Gwendolyn Lemaître, les rumeurs vont bon train. Mais Ingrid Petitjean tient bon : <Nadège a réellement rencontré des problèmes de santé. [...] Il n'était pas possible qu'elle navigue et qu'elle participe à un tel projet.>

Ce coup du sort pourrait faire vaciller la fin de préparation de la barreuse. Petitjean analyse : <Il y a eu une situation d'urgence, donc un remplacement d'urgence que tout le monde a subi. [...] Les difficultés, ça s'arrête là.>
Ses entrainements reprennent à la mi-mai avec Lemaître. Une nouvelle problématique se profile : <Arriver au top en trois mois.> Chance pour l'équipage, Petitjean et Lemaître ont des techniques proches. Se caler leur coûte néanmoins du temps et de l'énergie, les forçant à <remoduler [leur] planning de préparation>. Notamment, elles remettent à plus tard un travail jugé essentiel juste avant le départ de Douroux : leur GV qui n'est pas suffisamment performante. Choix fatal.

Lors de ses derniers entrainements en Chine, l'équipage constate que sa vitesse est irrégulière. Petitjean et Lemaître augmentent les doses d'entraînement et font <des raccourcis importants pour essayer de gagner du temps.>

Un problème - aussi minime soit-il -, peut jouer le rôle de détonateur.

Le stress monte. Les filles décident de miser sur ce qu'elles maîtrisent plutôt que de se focaliser sur leurs manques, mais leur lucidité baisse. <Je pense que je ne disposais pas de la fraîcheur nécessaire à mon arrivée aux Jeux, se reproche Petitjean. Mine de rien, la saison avait été éprouvante : un changement d'équipage n'est pas anodin. Il y a eu une période d'incertitude et humainement, c'était difficile.> Petitjean - dont la réputation d'indestructible n'est plus à faire - flanche.

Les attentes des coureurs face au DTN

Xavier Rohart. <Qu'il sanctionne n'est peut-être pas ce que j'attends, mais qu'il ait un droit de regard plus important sur nos projets et qu'il soit impulsif ne me semble pas aberrant. Sur le fond, cela ne me dérange pas, car je sais que mes projets sont tout à fait valables. Par contre, cela ne pourra bien se passer que si on trouve suffisamment d'argent.>

Ingrid Petitjean. <Je sais que Philippe a un discours qui paraît très dur certaines fois, mais cette manière de communiquer ne me gêne pas. J'y suis habituée et je préfère que les gens me disent les choses clairement plutôt qu'elles soient dites avec des rondeurs et que je ne comprenne pas bien le message.>
<Je pense qu'un DTN a une position intéressante parce qu'il nous suit, et en même temps il n'est pas là au quotidien. Il est donc capable de prendre du recul et d'être pertinent.>

Manque de fraîcheur, manque de vitesse : Petitjean a du mal à sentir le plan d'eau de Qingdao, ne parvient pas à pousser les bords, se plante stratégiquement. L'équipage plafonne.

Plutôt que d'accuser le sort, Petitjean préfère souligner la réalité des enchainements en cascade : un problème - aussi minime soit-il -, peut jouer le rôle de détonateur.


Et maintenant...
Si les contre-perfomances olympiques des deux équipages n'ont pas la même histoire, un point commun ressort : la planification des derniers mois de préparation ne doit pas être trop serrée et laisser de l'air. Dans le but de préserver la lucidité, de laisser de la place au repos, de détourner la pression et d'arriver frais sur l'objectif...

Pour 2012, une gageure sera de trouver la meilleure équation, afin que les équipages ne soient pas sélectionnés trop tard et que leur confiance et leurs repères soient préservés...

Mais à l'évidence, quand il s'agit d'aller chercher une médaille, la tentation est grande d'en faire toujours plus. Alors, gare à celui qui veillera au grain !


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Lisez ou relisez les chroniques de Gilles Martin-Raget et revivez les Jeux olympiques 2008 aux côtés d'Ingrid Petitjean en cliquant ici et de Xavier Rohart en cliquant ici.

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Voiles et Voiliers (février 2009), pages 44 et 45.

Interview de Philippe Gouard, Directeur technique national de voile. Propos recueillis par Manon Borsi. Photos Gilles Martin-Raget / FFVoile.


<De Londres, nous ramènerons quatre médailles dont deux en or.>

Nommé directeur technique national depuis 2001, Philippe Gouard s'est illustré par sa capacité à générer de la performance. En deux olympiades de règne, cinq médailles ont été rapportées par ses athlètes. Bon technicien, il tire les leçons de Qingdao et n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat. Habile politicien et excellent communicant, il affirme qu'à Londres, en 2012, les Français vont faire un carton ! Explications.



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