Discussion polémique : changement de règles de classe

Caprices de Star

Pour la saison 2009, la classe des Star nous joue un scénario à rebondissements, prenant de surprenantes décisions concernant son règlement. Pour seulement deux petits ajouts et une timide proposition, le niveau de pratique du Star risque fort de baisser. Au pire, le statut olympique de la voile est menacé. Démonstration.

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  • Publié le : 17/02/2009 - 08:45

Ajout de la règle 31.1.4
Aux Jeux olympiques, sur les championnats du monde, championnats continentaux et d'hémisphère, les Star ne pourront plus recevoir d'aide extérieur. Du moins, à partir du moment où ils quittent le port jusqu'à ce que la dernière manche du jour soit courue.
(Allez, sauf s'il y a urgence, bien sûr, et que l'organisateur le demande. Faudrait pas non plus que la classe internationale des Star édite un paragraphe qui va carrément à l'encontre de la première règle fondamentale !)
La classe se justifie par l'économie faite sur les coûts de fonctionnement... (Est-ce bien le problème d'une classe ?) Et se targue de supprimer les nuisances causées par les vagues d'étrave et les sillages des bateaux à moteur.
Daniel Dahon - entraîneur de Xavier Rohart et Pascal Rambeau, médaillés de bronze à Athènes - dénonce une telle hypocrisie. <Xavier a parfois exprimé que le ressac causé par les bateaux des coachs forme un clapot pénible. Mais dans la plupart des cas, les entraineurs font gaffe à rester en arrière de la flotte, évitant que leurs sillages atteignent les concurrents et les gênent.>

<Il y a des mecs comme ça, comme Alain Prost, tiens,
qui disait que les entraîneurs ne servent à rien !>

Par ailleurs, ce qui alarme le plus Dahon, c'est que le Star est un bateau fragile qui subit beaucoup de casse. Il énumère : tangon, émerillons, goupilles, hâle-bas, bouts... En mer, il emporte d'habitude pour son équipage : <un foc, une GV, un tangon, la boîte à outils... et surtout l'eau et la nourriture en quantités nécessaires pour tenir deux manches.>
S'il revenait à chaque équipage d'embarquer tout ça, le Star tiendrait davantage du dayboat que du quillard de sport. Dahon ricane : <D'autant que la zone de course des Star est souvent très éloignée de la côte et que les coureurs ont l'habitude de se faire remorquer jusque là !>
Au-delà de la question pratique, le débat porte sur le rôle de l'entraîneur. S'il n'est plus sur l'eau, il n'a plus la possibilité d'observer ses athlètes. Et sans ce regard extérieur, objectif - synonyme de progression - il est évident que le niveau de la flotte va baisser. <Il y a des mecs comme ça, comme Alain Prost, tiens, qui disait que les entraîneurs ne servent à rien ! Pourquoi pas ? On peut revenir à un sport amateur, moi je ne suis pas contre>, ironise Dahon. Sauf que le Star - et la voile en général - a aujourd'hui un statut olympique.

Ajout de la règle 35.4
Parcours triangle Selon les cas, les lignes de départ et d'arrivée sont décalées ou non. Un troisième bord de près peut nécessiter que l'arrivée soit mouillée au vent. Photo © D.R. Dans les bords de largue, sur les parcours en triangle, la règle 42 sur la propulsion est supprimée.
En plus d'utiliser le vent et l'eau et de naviguer en bon marin, les staristes peuvent maintenant propulser leur bateau avec l'aide de leurs corps. Soit : pomper, balancer, saccader, godiller, virer et empanner à loisir.
Bien sûr, tout l'intérêt d'une règle est qu'avec tout le reste, elle interdit les abus - à partir du moment où la règle n'est plus, plus de raison de retenir ses gestes.
C'est alors que remonte généralement une vieille angoisse : que la voile devienne un concours d'athlètes bodybuildés...
A voir. A l'usage, on remarque que lorsque la règle 42 est abrogée, le résultat des courses ne change guère : les meilleurs skippers restent les meilleurs. Avoir le droit de pomper, rocker, godiller ou quoi que ce soit d'autre ne garantit pas d'accomplir ces gestes de manière performante ! Et ce sont donc les meilleurs techniciens qui continuent d'y mieux réussir... Sans qu'il leur soit nécessaire de se changer en Goliath.

L'immobilité extatique d'un équipage s'accorde plutôt mal avec la navigation sur des embarcations légères.

Souvenez-vous qui de David et du géant emporte le combat ! Réussir un geste technique peut demander de la force - mais la puissance seule ne peut remplacer la virtuosité ! Sans concession : donner douze coups de pumping par vague ne vaudra jamais un seul, unique mais bien placé.
La classe des Star n'est du reste pas la première à modifier la règle 42 ; les classes des 470 et des Finn ont avant elle fait ce choix. L'immobilité extatique d'un équipage s'accorde plutôt mal avec la navigation sur des embarcations légères...
Ne reste qu'un seul point gênant dans la démarche de la classe des Star : pourquoi d'un côté décider d'annuler la règle 42 - ce qui tend vers une augmentation de la performance - et de l'autre proposer d'interdire à l'équipier d'investir le pont du bateau ?

Proposition : définir une position normale de l'équipier de Star
Surfer en star (1) 1. Pour surfer une vague, le barreur place d'abord son Star en lofant. L'équipier se tient prêt à s'avancer. (Xavier Rohart et Pascal Rambeau, 6e aux Jeux de Qingdao.) Photo © Gilles Martin-Raget La proposition émane de deux flottes de Suisse allemande. Il s'agit de déterminer une position normale de l'équipier. (Que signifie au juste une position normale ?)
Equipier assis sur le caisson - position de rappel comprise.
Il deviendrait évidemment hors de question que l'équipier se trouve debout sur le pont du Star... une attitude habituelle chez eux.
Les Suisses s'intéressent-ils à la sécurité ? Aucune chute n'est recensée ; la raison n'a pas été invoquée.
Côté performance, Dahon, lui, n'hésite pas : <Le Star est un bateau long qui a tendance à traîner de l'eau au portant. Lorsque l'équipier s'avance, la surface mouillée diminue et le bateau accélère.> Surfer en star (2) 2. Pour déplacer le centre de gravité du Star et dégager ses lignes arrière, l'équipier est autorisé à monter sur le pont, depuis 2004. (Hamish Pepper & Carl Williams, 9e des Jeux de Qingdao.) Photo © Gilles Martin-Raget Cas classique.

Les disciplines croulantes où les sportifs sont posés sur leur caisson ne risquent pas de faire recette.

<L'arrière du Star est plat ; en le soulageant, le bateau devient plus vivant. En jouant sur l'équilibre longitudinal assuré par l'équipier, la conduite du barreur est plus coulée et il peut mieux placer sa carène dans les vagues.>
L'entraîneur des médaillés français souligne que Rohart et Rambeau étaient particulièrement habiles à ce jeu. <Ils naviguaient avec très peu de hâle-bas, la voile partait en cornet et le bateau devenait très instable - c'est à cet instant Surfer en star (3) 3. Lorsque le Star est pris par la vague, son assiette longitudinale s'équilibre et la coque entre dans ses lignes. (Hamish Pepper & Carl Williams, 9e des Jeux de Qingdao.) Photo © Gilles Martin-Raget qu'ils étaient les plus rapides.>
Ce n'est qu'à partir de 2004 que la position debout de l'équipier de Star est autorisée. Se mouvant avec plus d'aisance et plus de précision, les équipiers offrent des déplacements longitudinaux d'autant plus bénéfiques.
<Bien sûr, à partir de là, il y a eu des excès, remarque Dahon. Certains se sont mis au "pas vu, pas pris" avec le jury, tirant sur leurs mâts comme des ânes, de manière ridicule.>
On en revient à la question de la règle, de son enjeu et de sa signification... Et à celle de la valeur d'un sport - à mesurer à celle de ses arbitres ?
Du reste, si la proposition des Suisses est Surfer en Star (4) 4. L'équipier néo-zélandais monte debout et se déporte encore plus en avant pour suivre le surf du Star. (Hamish Pepper & Carl Williams, 9e des Jeux de Qingdao.) Photo © Gilles Martin-Raget retenue, la classe ferait marche arrière, quatre ans après.

Marche avant, marche arrière. L'équilibre qui fait qu'un sport est beau et digne reste précaire... Espérons alors que les Star ne servent trop d'exemple aux autres classes.
Car à l'heure où le statut olympique d'un sport ne tient (presque) plus qu'à son potentiel médiatique, les disciplines croulantes où les sportifs sont posés sur leur caisson ne risquent pas de faire recette.

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Règle fondamentale 1.1 :
<Un bateau ou un concurrent doit apporter toute l'aide possible à toute personne ou navire en danger.>


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Comment la voile pourrait-elle perdre son statut olympique ?
Retrouvez la polémique née de la modification des règles de classe du Star dans le numéro n°457 (mars 2009) de Voiles et Voiliers. Rubrique Voiles Journal.











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