Actualité à la Hune

Complément VV 526, Décembre 2014

Anne-Claire Le Berre : «Allez voir autre chose !»

  • Publié le : 27/11/2014 - 00:01

Championnes de France de match-raceAnne-Claire Le Berre (tout à droite) rafle le titre de championne de France Promotion de match-race pour la deuxième année consécutive et avec le concours d'Anne Goasguen, Mathilde Géron et Alice Ponsar.Photo @ FFVoile

Troisième circuit mondial de match-race, championne de France Promotion pour la deuxième année consécutive, Anne-Claire Le Berre veut promouvoir sa discipline… Et défend ardemment la transversalité.

> Un extrait de cette interview est publié dans le n°526 de Voiles et Voiliers (actuellement en kiosque).

 

v&v.com : Comment s’est joué ce titre français ?
Anne-Claire Le Berre : On rentrait juste de Corée où s’était disputée la dernière étape du circuit mondial, donc on n’était pas au top physiquement. Mais on s’est tout de suite entraîné car on avait à cœur de retrouver l’Elliott (sur lequel Anne-Claire a couru la préparation olympique pour Londres ; ndlr). On a gagné tous nos matchs de round-robin… En se concentrant sur les choses les plus simples, en navigant comme on sait le faire. Par ailleurs, c’est vrai qu’on connaît bien le bateau, même si de naviguer à quatre nécessite une organisation un peu différente – on s’y est adapté assez vite, sachant qu’on est capable de le faire marcher à trois. Le dimanche, on a gagné nos demi-finales 2-0 contre les Havraises, sans trop de difficultés. C’est en finale, contre l’équipage de Pauline Courtois, que cela a été un peu plus compliqué, mais on a remporté le titre 3-2. On a perdu le deuxième match en se trompant de parcours… Mais on était plus à l’aise en vitesse, sur les manœuvres et en match-race pur… L’expérience a joué pour nous.

 

v&v.com : Sur ce championnat, il y avait quelques équipages jeunes : comment se porte le match-race féminin en France depuis qu’il n’est plus olympique ?
A-CLB :
C’est vachement encourageant qu’elles soient venues ! Car en faisant la promotion du match-race, on s’est rendu compte que les filles ne connaissent pas la discipline, ne savent pas que c’est sympa et accessible. Les jeunes du Pôle Espoir de Brest se sont très bien débrouillées, par exemple. Je crois qu’elles finissent 5e – c’est la preuve que le niveau est bon chez les filles. Maintenant, il faut qu’elles découvrent mieux la discipline et y prennent goût !

 

v&v.com : Pourquoi le match-race féminin n’a-t-il pas continué de se développer, ne serait-ce que parce que la discipline est enrichissante pour les autres pratiques ?
A-CLB :
Moi, c’est comme ça que j’y suis venue, alors que j’étais en transition entre le 470 et le Yngling*. J’avais un peu de temps, je m’y suis mise et après, j’ai continué. C’est clair que le match-race peut se pratiquer en parallèle d’une PO. Ne pas naviguer que sur son support permet de s’aérer et d’apprendre autre chose. Pour moi, c’est une clé de la performance – les Anglais le savent très bien. J’essaie de véhiculer cette idée et n’hésite pas à dire aux parents que je croise que de rater une interligue de 420 pour faire du match ne va pas leur faire perdre leur saison, bien au contraire ! Mais je pense qu’il y a un manque de volonté de la part des entraineurs et des structures pour faire de la transversalité et ça, c’est dommage. Chacun reste sur son "petit" objectif. Pour moi, là où l’on progresse le plus – surtout quand on est jeune –, c’est quand on va voir autre chose : du skiff, du cata, du 420, du match-race… Qu’il y ait aussi de la transversalité entre les générations est important. Et pourquoi tout ça n’a pas continué après les Jeux ? Déjà pendant la PO, la politique était de fermer l’accès au match-race. Il n’y avait que l’équipage de Claire Leroy et le mien, qui sommes allés au bout des sélections. Il n’y a rien eu en direction des jeunes… Donc forcément, après, il y a un trou. On savait très bien que d’offrir le statut olympique au match-race était à double tranchant, car cela allait tuer la discipline. Aujourd’hui, elle se relance tranquillement.

 

Discipline rallentieDepuis la PO de Londres, le match-race féminin a connu un net recul de pratique, en France ; mais Le Berre note avec plaisir que des équipages jeunes sont venus disputer le championnat de France. Photo @ FFVoile

v&v.com : La Fédération Française de Voile vous aide encore, aujourd’hui ?
A-CLB :
La FFVoile nous a aidées financièrement pour l’étape de la coupe du monde qui était à Cork, en Irlande. En préparation, on a également eu un entrainement commun, sur Pornichet, avec l’autre équipage français… Mais c’est plutôt nous qui étions moteurs. En revanche, si nous avons pu être présentes sur le World Tour, c’est grâce à notre sponsor personnel – Xavier Bourhis, l’Assureur Plaisance – qui nous a financé le reste de la saison. 

 

v&v.com : En clair, l’implication fédérale est minime…
A-CLB :
Disons que je pense que le match-race féminin n’est pas une priorité pour la Fédération. Quand il s’agit de championnat de France ou de championnat du monde, elle est présente, mais pour le reste…

 

v&v.com : Quel est votre bilan sur la saison internationale ?
A-CLB :
Nous sommes contentes d’avoir accrocher la troisième place mondiale ! Les équipes qui sont devant, danoises et suédoises, sont sur le circuit depuis très longtemps et se connaissent très bien en tant qu’équipages. Elles ont fait la PO de Londres ou non, mais ont continué à matcher de toute façon, donc s’y remettent rapidement. Derrière, il y a des jeunes, entre 20 et 25 ans, qui poussent fort. C’est donc super ! Mais il est certain que l’on n’a pas encore récupéré le nombre d’équipages qui tournaient avant la préparation olympique, notamment parce que le circuit s’est entre-temps étiolé. Il n’y a plus beaucoup de régates, ce qui signifie moins d’occasions d’aller naviguer, de s’entraîner et de progresser. Moins de chances aussi de découvrir l’existence de ce circuit. Mais tout ça renaît ! Des équipes se sont engagées cette année et ont déjà signé pour l’année prochaine.


 

Elliott 6ML'Elliott 6M ayant été le support retenu pour l'épreuve de match-race olympique (Londres, 2012), l'équipage d'Anne-Claire Le Berre avait pour lui de le connaître sur le bout des doigts. Lors de WIMSeries (ici), elles naviguaient à trois. Sur le championnat de France, elles étaient quatre à son bord.Photo @ FFVoile

v&v.com : Tu évoques la stabilité de certains équipages : quelles sont les filles qui forment le noyau dur du tien ?
A-CLB :
Je navigue toujours avec Alice Ponsar (avec qui j’ai fait les deux précédentes préparations olympiques, en match-race et auparavant en Yngling). Mathilde Géron nous a rejointes l’année dernière, après qu’elle a arrêté le 470 (elle équipait Camille Lecointre avec laquelle elles ont terminé 4e des Jeux de Londres ; ndr). Il y a Ophélie Theron – qui n’était pas là au championnat de France, car elle ne va plus pouvoir naviguer pendant quelques temps, mais qui reste dans l’équipe. Anne Goasguen, une ancienne Quatre-Septiste, a le poste de Numéro 1. Enfin, il y a Sigrid Longeau, qui est une Rochelaise qui vient du Mini 6,50. C’est important d’avoir un effectif fixe. C’est la force des étrangères, sans compter qu’elles habitent au même endroit et s’entraînent le soir après le boulot.

 

v&v.com : Vous êtes basées où, vous ?
A-CLB :
Moi, je suis architecte naval et bosse en partie pour le cabinet Finot-Conq, à Vannes, et je suis basée à Lorient. Donc on s’entraîne quand on peut et où on peut trouver des bateaux qui correspondent à ce que l’on cherche. Cela peut être à La Rochelle, Pornichet, Saint-Quay-Portrieux…

 

v&v.com : Programme 2015 ?
Couverture n°526A-CLB : Tour de France à la Voile, en Diam 24. J’ai le bateau, je suis inscrite… Et je cherche actuellement des financements pour essayer de monter un équipage pro. Évidemment, selon le budget que l’on réunit d’ici janvier, on verra comment on peut faire les choses. Aujourd’hui, il est sûr que Mathilde Géron sera avec moi, car cela nous tient vraiment à cœur de continuer de naviguer ensemble. Pour les autres, l’idée serait de voir avec les filles du match-race lesquelles seraient motivées et en capacité de faire le Tour – car c’est quand même une autre discipline ! On passe sur du catamaran de sport, donc c’est un autre engagement physique et cela fait appel à d’autres compétences. On reçoit le bateau en janvier, donc on commence les entrainements à cette date. Reste à voir comment on articule cette préparation avec le calendrier du match-race… On attend donc la publication, en décembre, des dates du World Tour. C’est jouable de faire les deux ! Même si je sais déjà que le championnat du monde tombe pendant le TFV… Mais il y a quatre autres rendez-vous, donc faire mieux que 3e reste notre objectif ! Et pour y parvenir, il faudra multiplier les entrainements sur des gros bateaux – on en manque, en France !

 

………..
* En 2003, Anne-Claire Le Berre a abandonné la préparation olympique pour Athènes qu’elle courait en 470 avec Marie Riou (l’actuelle équipière de Billy Besson en Nacra 17), après une place de 11e au championnat du monde. Jusqu’en 2008 (Jeux de Pékin), elle a couru en Yngling, le quillard olympique (6e au mondial 2008). Puis elle est passée en Elliott 6M, le support du match-race féminin pour les Jeux de Londres (2012).