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KITEFOIL

Coureur d’océans

Mini 6,50, Figaro, Longtze… A 45 ans, Matthieu Girolet s’est lancé un défi sur un support de taille réduite : un tour de France en kitefoil, de Dunkerque à Nice. Parti le 22 mai dernier, le coureur d’océans – comme il se définit – a déjà accompli les trois quarts de son tour. Malgré un début de parcours peu venté et une météo orageuse, Matthieu accumule les milles depuis Audierne (Finistère) à la vitesse moyenne de 15 nœuds. Une performance exigeante physiquement. Actuellement à Hendaye, Matthieu Girolet fait le point avec nous.
  • Publié le : 18/06/2018 - 00:01

Matthieu GiroletPhoto @ Raphael Sauze / The Apertures

Voilesetvoiliers.com : Après 19 étapes, comment te sens-tu physiquement ?
Matthieu Girolet : Bien ! On prépare le projet depuis un an. On avait fait une répétition à blanc en Méditerranée au printemps dernier pour valider la logistique et nous assurer de mon endurance. J’ai également suivi une préparation au sein du CREPS (Centre de formation et préparation pour les sportifs de haut niveau) de Montpellier avec l’équipe de France de kitefoil et leur préparateur. Ce genre de défi, ça se prépare.

Voilesetvoiliers.com : D’où est venue l’idée de faire un tour de France en kitefoil ?
M.G : Je pense que c’est plus un projet de navigateur que de kitesurfeur. Le kite, ça reste un engin de plage. Avec l’ajout de foil, on change de dimension. On est plus sur un outil de navigation. Préparer la nav’, trouver le bon créneau météo, gérer le courant… Avec mon vécu de course au large (circuit Mini en 2005 et 2007, 4e bizuth Solitaire du Figaro en 2009, NDLR) additionné au kitefoil, ça se complète bien. Après, l’idée du tour de France, c’était de faire un parcours côtier – plus visible qu’une traversée – et qui dure dans le temps. Il fallait également qu’on puisse être autonome d’un point de vue sécurité. Si les conditions se dégradent ou si j’ai un problème, je monte dans le semi-rigide et on rentre à la côte.

Matthieu GiroletPhoto @ Raphael Sauze / The Apertures

Voilesetvoiliers.com : Pourquoi avoir choisi de le faire en kite plutôt qu’en bateau à foils, un moth par exemple ?
M.G : Un tour de France en moth aurait été plus compliqué en termes de logistique. Le kitefoil, c’est un bateau réduit à sa plus simple expression. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de supports qui tiennent dans le coffre d’une voiture et qui permettent d’enchaîner des navigations de plus de 80 milles à 15 nœuds de moyenne. C’est d’ailleurs ce paradoxe que je trouve intéressant. Quand on fait le rapport performance/poids/coût, le ratio est exceptionnel ! Et le foil permet de redonner de l’angle au support. On descend et on remonte facilement au vent. Un des gros atouts de cet appendice, c’est qu’on est comme sur un tapis volant. Une fois qu’on a décollé, l’aile de kite est plus facile à tenir.

Voilesetvoiliers.com : Tu as une équipe qui te suit tout au long de tes traversées ?
M.G : Nous sommes trois. Deux personnes sur l’eau – moi et le pilote du semi-rigide qui garde un œil sur moi pendant toute l’étape – et une personne à terre qui nous suit en camping-car. C’est un peu notre maman ! Ce rythme est assez fatigant à tenir donc il y a un roulement tous les 15 jours. Ce projet ne fonctionne que collectivement. Et aucun de nous ne peut se permettre de se mettre dans le rouge.

Matthieu GiroletPhoto @ D.R

Voilesetvoiliers.com : Quel matériel as-tu embarqué avec toi ? Combien de voiles et combien de foils ?
M.G : J’ai un jeu d’ailes complet (sept voiles, NDLR) de la 15 mètres à la 3 mètres. J’ai également deux foils avec une taille de mât, d’aile et de stabilisateurs différents. En gros un foil pour le près, un foil pour le portant. Et deux tailles de planche aussi : une pour le petit temps et vent médium. Avant de partir, je détermine l’aile en fonction de la météo. Et si les conditions évoluent, je peux changer avec une autre qui se trouve dans le Zodiac. Mais depuis le début, on n’a pas eu de changement d’aile à faire en navigation.

Voilesetvoiliers.com : Quelles ont été les principales difficultés que tu as rencontrées depuis le début ?
M.G : On a pas mal galéré au début avec des créneaux d’étape très courts. Peu de vent, une météo orageuse… On est resté deux journées en stand-by durant les étapes normandes. Depuis Audierne, les fenêtres sont meilleures, on accumule les milles et les heures sur l’eau (lors de la 15e étape entre Quiberon (Morbihan) et Port Bourgenay (Vendée), Matthieu a parcouru 102 milles et a enchaîné 6 heures 30 de navigation, NDLR). C’est ce que je trouve intéressant dans ce projet. Même s’ils sont parfois très limités, on arrive à exploiter chaque créneau (pour préparer sa navigation, Matthieu Girolet utilise le logiciel Adrena, NDLR). Et sinon il y a les algues… Sur certaines étapes, j’ai passé mon temps à m’arrêter pour les retirer.

Voilesetvoiliers.com : Toi qui viens plutôt de la course au large et pratique des supports à foils, quel regard portes-tu sur les bateaux à foils ?
M.G : Je suis ça à fond, surtout le Figaro 3. Je suis encore dans le bureau de la Classe et j’attends ses débuts avec impatience. C’est comme si ça faisait passer le monde de la voile dans une dimension plus fun. Pour un public extérieur au monde de la voile, nos compétitions et régates paraissent un peu opaques. Avec les foils, le support devient plus impressionnant, suscite plus d’intérêt pour les non-initiés. La voile vit avec son temps. On peut être pour ou contre, mais selon moi, ça va dans le bon sens.

VIDEO. Revivez le départ de Matthieu Girolet et toute son équipe de Dunkerque le 22 mai dernier.

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