Actualité à la Hune

Exocet, Dart, Tornado… Disparition d’un géant du cata de sport

Lucien Gourmez s’en est allé

Infatigable promoteur du cata de sport populaire qu’il a contribué à lancer en France dans les années 60-70, Lucien Gourmez nous a quittés le 19 décembre. Exocet, Tornado et Dart lui doivent leurs succès.
  • Publié le : 20/12/2012 - 12:47

Lucien en DartC’est notamment grâce à Lucien Gourmez que le Dart a connu un tel succès en France : depuis 1976, la «fléchette» a été lancée à 2000 exemplaires chez nous !Photo @ Collection Gourmez Lucien Gourmez était un homme d’une rare énergie et à la bonne humeur communicative. Depuis Angoulême où ils avaient fondé France Catamaran et l’association Ascat, Lucien, fidèlement accompagné par sa femme Monique, fut pendant quarante ans une référence militante en matière de multicoques de sport.

Le jeune sportif, qui vit après guerre apparaître les premiers catamarans anglais Shearwater, travailla dès la fin des années 50 avec Michel Nivelt (père de l’architecte naval Bernard Nivelt) et un ami suédois à la création de l’Exocet, catamaran à la française succédant à de premières tentatives du marché, dont le Véloce des frères Le Marrec. Doté de réelles performances et sûr, démontable dans sa seconde version, l’Exocet fit tomber beaucoup de préventions sur les catamarans de sport.
Lucien Gourmez, fada de cataInfatigable promoteur, importateur et défenseur du cata de sport, Lucien Gourmez (à gauche) a aussi été un pratiquant acharné, qui a enlevé nombre de titres sur deux coques !Photo @ Collection Gourmez

Co-créateur du Zef et des catas populaires

Invité en 1961 par Michel Nivelt à créer un département nautisme dans sa société de camping La Prairie, Lucien Gourmez y participa d’emblée à la création du Zef, bientôt construit en série à 12 000 exemplaires. L’Exocet standard ainsi que deux versions Senior et Junior y furent également produits ainsi que des dériveurs Surf, Apache, Strale…sans omettre les croiseurs Océanix et Midget.

«Pour le Zef, je n’ai jamais touché un centime de redevances, pas plus que Michel Nivelt, car c’était un bateau La Prairie, nous confiait Lucien Gourmez il y a quelques années. Personne ne sait que c’est un Gourmez-Nivelt, mais ça ne m’empêche pas de dormir ! D’un point de vue personnel, j’avais atteint mon seuil de capacité personnelle avec cent personnes dans le département nautisme, six représentants et plus de 200 points de vente. Quand je me suis mis à mon compte, je me suis dit que je voulais rester modeste avec seulement ma femme et moi.»
Une 404, un ExocetUn Exocet derrière une 404 – tout une époque. La nacelle rigide repliable de l’Exocet a contribué à sa popularité, avant qu’une dernière version entièrement démontable voit le jour.Photo @ Collection Gourmez

Monique et LucienMonique et Lucien Gourmez lors de leur raid en Exocet autour de la Corse, en 1964. Cinquante ans de complicité – et d’aventures commerciales avec la société France Catamaran.Photo @ Collection Gourmez Une nouvelle vie commence. Lucien développe les catamarans et passe bientôt à la vitesse supérieure avec le Tornado qu’il construit, importe ou propose en kit ainsi que d’autres catamarans plus marginaux comme l’Hydra, l’Apollo, l’Unicorn ou l’Australis. Jovial, très actif, sachant communiquer avec la presse et menant ses bateaux en tête de classement, il effectue même une préparation olympique en Tornado en vue des Jeux de Montréal. Facétieux, il imagine une publicité vantant ses catas intitulée : «Merde aux bidets !», proposition gentiment écartées par les revues nautiques.
 

Le Dart, coup de maître

En 1976, coup de théâtre, Lucien Gourmez présente le Dart au Salon de Paris, bateau dont il soutiendra très activement le développement pour finir par constituer en France la flotte la plus nombreuses d’Europe avec quelques 2 000 unités vendues. Courant toujours sur ses bateaux, Lucien fut champion de France et d’Europe de Dart, deux fois champion d’Europe de Dart 20, vainqueur du Texel et 11e en temps réel avec 800 bateaux au départ. «De temps en temps il faut se faire plaisir !» concluait ce bon vivant.

Retraité actif, Lucien Gourmez courut le monde pendant dix ans de marathon en marathon : New York, Auckland, Paris, Berlin ou Londres. Bien que jamais attiré par la croisière, il traversa l’Atlantique sur un Lagoon avec des amis dartistes. «En dehors de 48 heures par 45 nœuds de vent, j’ai trouvé le temps long, confiait-il. Entre les quarts il n’y a rien à faire ; or moi, il faut que ça bouge !»

Après le coup très dur de la disparition de Monique en 2005, Lucien se lança dans de longues randonnées dans le désert, à travers le Sud algérien, en Ethiopie, au Népal et devint un golfeur enthousiaste.

Disparu à 79 ans, cet épicurien tonique, qui a lancé le catamaran de sport, laisse un sillage durable dans la plaisance française.
 

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Vous pouvez lire ici en feuilletage numérique le portrait que le magazine Voiles et Voiliers lui avait consacré dans son numéro 455, janvier 2009 (réservé à nos abonnés).

Lucien Gourmez : son portrait dans Voiles et Voiliers, en 2009