Actualité à la Hune

Dyen, Christidis, Gouron, Fischer et les autres

Comment le skiff français est-il en train de percer ?

Finie la chasse gardée ! La maîtrise des skiffs, ces dériveurs modernes aux lignes tendues sur des carènes à bouchains et au comportement vif et agressif, n'est plus l'apanage des Anglo-Saxons. En France, de plus en plus d'adeptes pratiquent 29er, 49er, RS et autres 14 Pieds. Au dernier championnat du monde de 49er et de 29er, les Français ont confirmé ce succès, bousculant la hiérarchie en prenant les meilleures places. Echo auprès des intéressés.

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  • Publié le : 20/01/2010 - 00:16

Pagaille ? Hum... De haut, un passage de bouée sous le vent sur un championnat du monde de 49er ressemble à une belle pagaille ! Mais ne vous y méprenez pas... Photo © Fried Elliott (49er Class) Lorsque fin 1996, l'ISAF annonce que le 49er, un skiff dessiné un an plutôt par Julian Bethwaite serait aux Jeux de Sydney, en France, il y a eu... Comme une hésitation.
Jusqu'ici, ce genre de dériveur était plutôt du goût des Australiens et des Anglais et nous restions un peu étrangers à cette nouvelle pratique...

Et puis, près de quinze ans plus tard, Emmanuel Dyen et Stéphane Christidis terminent 4e du championnat du monde de 49er - la meilleure performance jamais réalisée par des Français dans cette série - et leurs cadets Kévin Fischer et Glenn Gouron prennent le titre en 29er. Aurait-on changé de dimension ?


Plus physique, moins statique

Glenn Gouron, 19 ans, a bien un titre de vice-champion de France en Equipe. Mais Kévin Fischer, 18 ans, décrit ses performances en Optimist comme très moyennes et tait celles du 420.

Les deux jeunes viennent pourtant d'être sacrés champions du monde de 29er aux Bahamas, début janvier, sans que cela signifie que le niveau de cette série est bas... Bien au contraire ! Le 29er, version réduite du 49er, est devenu l'antichambre de la série olympique depuis plusieurs saisons : Rick Peacock, John Pink, Iain Jensen sont d'abord passés par là...

Le barreur raconte qu'en 2007, Glenn et lui naviguaient ensemble en 420 depuis un an, quand Fabrice Jaunet, l'entraineur de la ligue Pays de Loire, les a conviés à la sélection du mondial ISAF Jeunes qui se courait en 29er. Ils ne l'ont pas remportée, mais on eu le coup de coeur pour le skiff de 14,5 pieds.

Kévin Fischer et Glenn Gouron dominent leur sujet Kévin Fischer et Glenn Gouron ont dominé le dernier mondial 29er, techniquement et mentalement. Photo © Fried Elliott (29er Class) Kévin : <Le 29er est centré sur la glisse ! Il est plus instable, donc plus technique et plus physique. La fréquence cardiaque de l'équipier monte entre 190 et 195 pulsations par minute, c'est vraiment du sport ! Par rapport au 420, où l'équipier ne fait pas grand chose au près et où au vent arrière, il s'occupe juste de son spi, la différence est nette. C'est aussi ce qui nous a plu dans le 29er. Au près, c'est l'équipier qui fait presque tout, la régulation de la GV, l'équilibre. Au portant, il s'occupe de l'assiette et du réglage du spi. Il faut être beaucoup plus dynamique.>

En 2008, Kévin et Glenn remportent la sélection à l'ISAF Jeunes qui leur avait échappé l'année précédente et terminent 6e. En 2009, ils prennent la 7e place du championnat du monde.
Six mois plus tard aux Bahamas, début janvier, Kévin et Glenn étaient prêts et ils sont devenus champions du monde.
Le barreur se justifie : <Le vent de terre levait un clapot marqué dans lequel nous étions avantagés. Techniquement, on était au-dessus et la préparation physique que nous avons mise en place cet hiver nous donnait encore un plus. En 29er, on est toujours dans la vitesse, il faut faire avancer la machine, mais ce qui va faire la différence, c'est la capacité à trouver du temps pour tactiquer.>


<Je suis de plus en plus persuadé que le mental
et la qualité des relations de l'équipage sont vraiment la clé
.>

Son équipier rebondit : <Comme le 29er est beaucoup plus rapide - au près comme au portant en moyenne, on va plus vite qu'un 470 -, les prises de décision sont vachement plus rapides. Au moindre refus, il faut réagir dans les dix secondes. D'autant que les manches sont plus courtes, donc laissent moins de temps pour poser le jeu.>

Difficile ? Longtemps, les Français n'ont pas été inspirés par les skiffs jugés trop ardus techniquement... De fait, même au championnat du monde, les risées de terre ne font pas marrer tout le monde ! Photo © Fried Elliott (49er Class) Aujourd'hui, une trentaine de 29er naviguent régulièrement en France, dont une bonne moitié en Pays de Loire car la ligue met des bateaux à disposition de ses jeunes coureurs. En France, le succès croissant des autres skiffs, Laser, RS et autres, plus facile à mener, a indéniablement inspiré certains dirigeants.
Au pôle de Brest, en revanche, la plupart des jeunes sont repartis en 420 car le mondial ISAF Jeunes va à nouveau se disputer sur cette série. <C'est un cercle vicieux, lâche Kévin. Pendant deux ans le 29er risque de subir un recul.> Mais les deux champions du monde, eux, ne sont pas retournés au 420 : leur projet est d'entamer une préparation olympique en 49er, en rejoignant leurs ainés au pôle de Marseille.


Dyen et Christidis, équipage fusionnel et serein
En 2000, Dimitri Deruelle et Philippe Gasparini inauguraient les performances olympiques françaises en 49er par une 14e place à Sidney. En 2004 à Athènes, Marc Audineau et Stéphane Christidis terminaient 11e. En 2008 à Pékin, Emmanuel Dyen et Yann Rocherieux ont fini 10e.

A peine un an et demi plus tard, Dyen et Christidis crèvent le plafond de verre en prenant la 4e place du championnat du monde. A quoi peut bien tenir une telle progression ?

<Je suis de plus en plus persuadé que le mental et la qualité des relations de l'équipage sont vraiment la clé, répond Dyen. Parce que techniquement ou en vitesse, tout le monde va arriver au même point ; ce qui va faire la différence entre finir dans les dix ou sur le podium, c'est la qualité de la collaboration et l'entente.>

L'équipage, qui s'est formé par affinité avant d'établir un cahier des charges ultra précis, a vraisemblablement réussi à trouver la sérénité dans la confiance réciproque et une complémentarité parfaite, que ce soit sur l'eau ou à terre.
A l'image des Espagnols et des Italiens qui tournent sur le circuit depuis des années, les Français commencent à tirer bénéfice de leur expérience et de plus de maturité.

Faisant écho aux propos de ses cadets, Dyen décrit le fonctionnement de son équipage : <Le point de vue mental est primordial : on reste tout le temps dans le même niveau d'émotions. Il n'y a pas d'embrasement, ni de terribles déceptions. Cela nous permet de maintenir un très haut niveau de jeu, de rester mobilisés quoi qu'il arrive.>
Christidis répond : <Mais il faudra faire attention : cette sérénité ne doit pas non plus devenir une chape de plomb qui nous empêche les coups d'éclat. Parce que pour gagner des manches, c'est aussi ce qu'il faut.>

Dyen et Christidis, 2e du classement mondial... Joli ! Lors du championnat du monde aux Bahamas, couru début janvier, Emmanuel Dyen et Stéphane Christidis terminent 4e : c'est la meilleure performance jamais réalisée par des Français en 49er. Photo © Fried Elliott (49er Class) Les deux garçons regrettent un peu les premières manches de leur mondial, courues dans du vent fort. Alors que chacun leur tour, ils ont été blessés cet hiver, ils sont arrivés sur le championnat avec un déficit d'entrainement.
Dyen confirme : <Je pense que notre niveau technique actuel est inférieur à celui que nous avions respectivement avec nos anciens équipiers. Là-dessus, nous avons encore une grosse marge de progression.> Mais son équipier nuance : <Le nouveau 49er nous a beaucoup aidés. Le gréement carbone et la modification des ailes - beaucoup plus raides et fixes - ont débouché sur une nouvelle manière de faire avancer le bateau et nous nous sommes bien adaptés à ces évolutions, ce qui nous a permis de nous rapprocher des Anglais.>

Dyen et Christidis n'auront pas forcément besoin de beaucoup de temps pour accrocher le podium qui leur échappe depuis quelques mois - la saison dernière, ils ont signé trois places de 4e. Car l'équipe de France de 49er, composée de deux équipages séniors et de deux équipages jeunes, tire vers le haut et génère de la performance. L'ensemble des équipages ayant incroyablement progressé ces derniers temps, ils se trouvent aujourd'hui en passe de prendre la place des Anglais au premier rang des nations emblématiques du skiff.

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Découvrez les conseils d'Emmanuel Dyen pour bien manoeuvrer en skiff, ici.

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