Actualité à la Hune

Interséries en dériveur / 10e Challenge Basset Sauvage

«Je suis champion du monde (de mon club) !»

L'intersérie en dériveur, c'est un truc un peu bizarre où des dériveurs qui n'ont rien à voir entre eux régatent les uns contre les autres. Généralement, ça ne branche pas les puristes, ni ne concerne les aficionados de la monotypie. Moi-même, je n'aurais su dire si j'aimais, jusqu'à ce dimanche matin sur un bras de Seine, où j'ai couru en Snipe avec Didier... C'est vrai que c'est un truc bizarre... Mais c'est plutôt amusant, de se sentir champion du monde ! (Ou quasiment.)

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  • Publié le : 02/07/2010 - 07:43

Ciseaux, ciseaux... Naviguer au portant, les voiles en ciseaux... Ciseaux, ciseaux, comment ça marche ? Pas évident, le Snipe. La série, surtout pratiquée chez nous en Île de France, en Bretagne et dans le Sud-Ouest, remporte un très gros succès en Espagne et aux Etats-Unis. Photo © Pierre-Marie Bourguinat <On avance pas mal, là, non ? - Ouais, ça a l'air par mal, on tient le Fireball... - Il est où, l'autre Snipe ?> Comme cela fait une heure que l'on navigue en Snipe, Didier et moi ne sommes pas à proprement parler des flambeurs de ce dériveur double sans spi ni trapèze, dessiné en 1931 par Cosby aux Etats-Unis... Trouver nos repères de vitesse n'a donc rien d'évident, d'autant que le vent est lèg' et que nos adversaires sont une douzaine de 470, deux Laser, deux Europe, un Jet, deux Fireball et un seul Snipe... Drôle de flotte ! Mais flotte typique des interséries en dériveur.

Dur ! Les régates de quartier ne sont donc pas si tranquilles

Cette formule de régate, où les concurrents courent normalement leurs manches avant que leurs temps de parcours soient dotés d'un coefficient selon le rating en cours, très appréciée chez les habitables, rencontre un public plus restreint chez les dériveurs français. Mais pour les séries où il y a peu de coureurs et dans les zones moins riches en pratiquants, au fond, pourquoi pas ? (*) En Région parisienne justement, la formule est courante.

Ambiance... intersérie dériveur Drôle de mélange, hein ? L'intersérie, courante en habitable, gêne davantage l'oeil quand il s'agit de dériveurs. C'est assez beau, pourtant, non ? Photo © Sylvie Le Bour Boisaubert Invités au CN Ablon - un plan d'eau situé sur un bras de Seine, à l'Est des pistes d'Orly - pour le 10e Challenge Basset Sauvage, nous la testons avec enthousiasme. Notre Snipe nous a gentiment été prêté par Sylvie Le Bour Boisaubert, la présidente de classe, mais on ne nous moque pas moins (gentiment) parce que le rating de ce dériveur de 172,8 kilos s'avère très favorable dans le petit temps.

Encore faut-il rester dans le coup. Donc prendre un départ canon. Or, sur la ligne, c'est la misère. Dans la molle, le courant de Seine qui monte la flotte est un piège mortel. Aucune chance de garder sa place. Nous cerclons, un oeil sur la bouée de départ et tâchant d'anticiper au mieux, car les adversaires sont sans pitié, n'hésitant pas à se lofer les uns les autres, quitte à mordre la ligne dans le même élan... Dur ! Les régates de quartier ne sont donc pas si tranquilles.

Dernière minute. L'annonce autoritaire - <Attention ! Péniche montante !> - redistribue les cartes. Mais comme souvent en pleine pagaille, les plus appliqués et les plus silencieux sont ceux qui s'en tirent le mieux. Avec leur Fireball, Eric Basset et Bertrand Daniels font des étincelles. Et d'autant mieux que Basset connaît le coin comme sa poche. Lui ne se trompe guère dans les bords à tirer. <Le 470 dessous a touché du vent, non ? - Je sais pas, moi j'ai rien dans la barre.>

Diable, Basset ! Au départ, difficile pour nous de tenir le Fireball... Eric Basset, plusieurs fois champion de France de la série, et Bertrand Daniels, ancien de l'équipe de France de 470, filent comme des balles ! Photo © Sylvie Le Bour Boisaubert Lire le plan d'eau et interpréter les options des autres n'ont rien d'évident, quand les comportements des bateaux sont si différents. Le jeu tactique paraît... légèrement déformé. Finir au plus vite devient vite notre seul objectif.

Au milieu du bord de portant, un équipage qui descend en bâbord nous réclame de l'eau (?!). A l'enroulement sous le vent, le courant rabat inexorablement sur la bouée ceux qui la serrent de trop près et les bateaux extérieurs de demeurer inflexibles, laissant de l'eau au compte-goutte. Ici, on se bat pour la moindre cause, on sort son panache pour la moindre broutille. Et si on filait en douce, plutôt ? Non ! Dans cet acharnement à gagner des secondes, les têtes tournent. Enfumer les adversaires, virer au plus près des caissons, choisir des options ambitieuses, travailler la bascule aux virements, rocker à l'occasion - voire plus souvent -, régler les voiles en ciseaux au portant, ou faire porter le spi nous occupent pendant quatre manches. Quatre manches !

Quasi impossible de calculer son classement en avance... Ah, si ! Celui du Laser qui a enlevé deux manches, dont la dernière avec un wagon d'avance. Il doit probablement gagner.

Oui, il gagne. Au vu de l'empoignade qui s'est jouée sur l'eau, c'est quasiment aussi beau que d'être champion du monde ! Nous, nous ne sommes que cinquièmes... Notre rating dingue n'a pas effacé notre OCS ! Il y a donc une justice... Mais quand même ! Qui n'a pas rêvé de finir cinquième d'une telle régate ?

(*) Dans le numéro de juillet de Voiles et Voiliers, lire à ce propos le billet d'humeur de Gilles Chapelin et la réponse faite par Jean-Pierre Churet, vice-président de la FFV.

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Découvrez le Snipe sur le site de la classe, ici.
Pour tout savoir sur l'intersérie en France, en dériveur comme en habitable, rendez-vous sur le site de la Fédération, ici.

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Vos commentaires

    • C'est ça aussi la voile.Bravo pour cette séquence démocratique.

      Ajouté par celou3pa le 02/07/2010 - 22:44
    • Séquence démocratique, oui, et reflet d'une passion. Tant de bonheurs différents sur l'eau et à la voile - tant mieux ! Amicalement, Hervé, V&V

      Ajouté par Hh le 03/07/2010 - 11:11