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Interview d’Antoine Albeau

Le planchiste qui voulait faire le Jules Verne

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  • Publié le : 10/04/2010 - 00:54

Antoine Albeau, 17 titres de champion du monde A 37 ans, Antoine Albeau a glané 17 titres mondiaux dans à peu près toutes les disciplines de windsurf. Natif de l'île de Ré, A2 passe deux à trois mois par an à Hawaï et planche aux quatre coins du monde. Photo © D.R. (FFV) Je sais, les puristes n'apprécieront pas que l'on parle d'un planchiste... Bouh ! Un babouin !

N'empêche qu'il devient difficile de résister à Antoine Albeau, 37 ans, gueule d'amour !

Ce colosse de 98 kg pour 1,86 m est indiscutablement le roi de sa discipline : il y a une quinzaine de jours, il a remporté son 17e titre mondial sur le lac Potrerillos, dans la province de Mendoza en Argentine.

Dix-sept titres mondiaux en une vingtaine d'années de pratique, c'est carrément du délire !

D'autant qu'Albeau - surnommé A2, probablement parce qu'il développe une puissance au carré - court et excelle dans tous les formats !
Neuf fois nominés au titre de marin de l'année - il n'a hélas jamais été élu, mais reste hyper sympa et décontract' en toute occasion, avec un sérieux penchant pour la rigolade.

Le Rétais est en outre fan de foil, affiche un record personnel à 49,09 noeuds, a une grosse envie de passer les 50 noeuds et s'appuie sur une belle culture nautique et quelques projets ambitieux... (Mais oui !) Bref, c'est le gendre idéal de la voile fun avec lequel il est grand temps de faire connaissance !


v&v.com : Euh, la dernière fois que vous avez croisé vos concurrents en Argentine, dans quel état étaient-ils ?

Antoine Albeau :
(Eclats de rire.) Oh, ils étaient quand même contents de m'avoir vu ! (Rire.) Non, la victoire n'était pas si facile.


v&v.com : Comment s'est passé le championnat ?

A2 :
La Formula Windsurfing, c'est une discipline que je n'avais pas exercée depuis deux ans, parce que je m'étais vraiment consacré à l'épreuve du slalom. Et puis mon sponsor a développé une nouvelle planche pour cette discipline, donc je me suis retrouvé là-bas une petite semaine avant pour m'entraîner. Potrerillos est un endroit assez particulier : c'est un lac de montagne au centre de l'Argentine. Je m'y suis bien fait... On a eu du vent tous les jours et avons couru 15 manches, le maximum prévu. Le premier jour a été un peu dur pour moi, puis ça a été beaucoup mieux.


v&v.com : Vous gagnez finalement avec 27 points d'avance, en ayant claqué près de la moitié des manches... Est-ce que votre gabarit de géant vous avantageait-il ?
A2 :
Non, en fait je suis un peu désavantagé, parce qu'un petit peu trop lourd. C'est vrai que dans les manches de petit temps, je suis un peu en difficulté. (Il faut un minimum de 7 noeuds pour courir en Formula Windsurfing, ndr.)

Multi-carte Slalom, vitesse, Formula Windsurfing... Rien ne résiste à A2 ! Photo © D.R. (www.diabolofunboard.com) v&v.com : Il y a beaucoup de coureurs qui, comme vous, jouent sur plusieurs disciplines ?
A2 :
Quelques uns. Mais depuis quelques années, la tendance est à la spécialisation dans une seule discipline. Moi, j'ai toujours couru en vague, en Freestyle, en slalom, en Formula Windsurfing...


v&v.com : Donc, plus les années passent, plus vous devenez un OVNI de la planche qui glane des titres mondiaux dans toutes les disciplines !

A2 :
Presque toutes, oui, c'est ça.


<Leurs 60 pieds et leurs 100 pieds qui sont vachement lourds,
il faut les remuer !>


v&v.com : Sauf l'olympisme...
A2 :
Parce que la planche olympique est faite pour naviguer dans des endroits où il n'y a quasiment pas de vent. Elle a une dérive, les mecs sont très rarement au planning... Et la voile est assez petite, donc là, moi je suis vraiment trop lourd : je fais 98 kilos alors qu'il faut en faire 75 maximum. En février, j'ai participé à un stage de l'équipe de France en Martinique : dans le vent, je les tenais, mais dans le petit temps, ça ne servait à rien que je continue ! (Rires.)


v&v.com : Avez-vous réussi à convaincre votre sponsor de préparer le Vendée Globe à vos côtés ?
A2 :
(Rires.) Bon, il me faudrait un bateau donc... J'aimerais bien le faire, bien sûr, mais je ne sais pas si j'en serais capable.


v&v.com : Blague à part, c'est quelque chose qui vous attire ?
A2 :
A mon avis, je serais plutôt typé transat. Et pour le tour du monde, plutôt en équipe, pour essayer de battre des records - cela me semble plus proche de la planche, où on essaie tout le temps de repousser les limites. (Il réfléchit et se ravise.) Je crois que pour le Vendée Globe, le fait d'être tout seul, c'est vraiment difficile humainement.


v&v.com : Une Volvo Ocean Race, alors ?

A2 :
Oui, un tour du monde par équipe me dirait bien. Encore mieux, ce que voulait faire Bidégorry, le tour du monde à fond pour le Trophée Jules Verne ! Parce que ces mecs commencent à avoir de ces engins ! Je suis déjà monté sur des tris et j'ai vraiment retrouvé des sensations que j'ai sur ma planche. Enfin, il y a des sensations qui sont encore plus fortes dessus : le carbone, notamment, le bruit que ça fait !


v&v.com : Vous avez déjà eu des propositions pour des transats ou des courses en double ?
A2 :
Non, je n'en ai jamais eues. Mais j'aimerais bien !

Albeau, second de Desjoyeaux Lors de la dernière Soirée des champions, Antoine Albeau s'est vu "chipé" le titre de marin de l'année par Michel Desjoyeaux. Sans rancoeur ! Photo © Franck Faugère (DPPI / FFV) v&v.com : Et l'Hydroptère, avec lequel vous êtes toujours un peu en compétition pour le record de vitesse absolue, c'est un engin qui vous attire ?
A2 :
Ouais, c'est vrai que l'Hydroptère, c'est un engin incroyable. Il navigue carrément dans une autre catégorie ! L'équipe d'Alain Thébault a mis du temps, mais a finalement accroché le record du monde de vitesse sur 500 mètres en septembre dernier. Et maintenant, ils vont justement s'intéresser à des records sur des traversées... Peut-être qu'ensuite, ils s'attaqueront au tour du monde.


v&v.com : Les foils sont d'ailleurs une technologie à laquelle vous travaillez aussi, non ?
A2 :
Effectivement, j'essaie de les développer avec Neilpryde Maui. La différence avec les bateaux, c'est qu'on est beaucoup plus légers, donc on a très peu de frottements et on est tout de suite au planning. C'est évident que sur une planche, le foil est beaucoup moins intéressant que sur leurs 60 pieds et leurs 100 pieds qui sont vachement lourds. Il faut les remuer ! Pour ça, les foils sont une super technologie. Pour nous, les foils pourraient probablement être intéressants dans du vent léger, mais il faudrait vraiment travailler dessus, avec du temps et du budget pour. Mais j'aime bien en faire ! Travailler dans les trois dimensions offre d'autres sensations et c'est beaucoup moins bruyant !


v&v.com : Quel programme s'annonce pour vous ? Vous allez probablement vous attaquer de nouveau aux 50 noeuds ?
A2 :
Normalement, le canal des Saintes Maries va rouvrir en novembre pour les cinq mois d'hiver (s'ils trouvent des sponsors)... Evidemment, nous, on n'a pas trop de chance parce que le record se fait en hiver ! Même si Hawaï m'habitue mal, battre un record de vitesse par zéro degré, comme la dernière fois, c'est vraiment dur ! Demandez à Usain Bolt de battre un record sur 100 mètres à une température de zéro degré, vous allez voir ! Mais je suis sûr qu'on peut passer les 50 noeuds ! Avec de bonnes conditions et quelques degrés de plus ! Sinon, je dois défendre mon titre de champion du monde de slalom et courir la coupe du monde !


v&v.com : Un programme parfait pour devenir marin de l'année 2010, en somme !

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