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JO Londres 2012 – Interview croisée

De Turckheim vs Steyaert : la guerre des miss

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  • Publié le : 28/09/2009 - 07:21

Sophie de Turckheim, 28 ans A 28 ans, Sophie de Turckheim cumule deux titres de vice-championne du monde de Laser Radial (2005 et 2009), un de vice-championne d'Europe (2008) et une multitude de podiums sur les semaines olympiques. Photo © Jean-Marie Liot (FFV) Elles forment un couple terrible, comme Walt Disney en produit de mythiques. L'une est toute dorée par le soleil, porte ses cheveux châtain tirés en arrière, a des yeux bruns en amande et la voix grave. L'autre a le teint rosé, ses mèches blondes ondulent libres sur ses épaules, a les yeux verts et la voix claire...

Sophie de Turckheim, Sarah Steyaert. Un seul point commun. Le naphte puissant de la victoire qui coule dans leurs veines, décrassant tout, même la douleur de l'effort.
A elles deux, elles cumulent l'un des plus beaux palmarès Laser Radial du moment - podiums aux championnats du monde, podiums aux championnats d'Europe et sur toutes les Semaines olympiques...

Mais le cliché d'un romantisme gnangnan ne tient pas longtemps.
Les deux belles cruelles ne s'aiment pas. Aux Jeux olympiques de Pékin, il n'y avait qu'une place ; Steyaert l'a prise et a terminé 5e. A ceux de Londres, même règle, une seule ira. Laquelle ?

v&v.com : Etes-vous amies dans la vie ?
(Un blanc. Un regard échangé.)
Sarah Steyaert : Je pense, pas trop. Enfin, il faut se le dire honnêtement...
Sophie de Turckheim : Non, non, on n'a rien en commun. A part le bateau... Mais si on ne s'aime pas, il y a du respect. On fait des régates ensemble toute la saison parce qu'il y a un circuit international et qu'on court sur le même support, mais on ne vit pas forcément ensemble.
Sarah Steyaert, 22 ans A 22 ans, Sarah Steyaert a déjà terminé 5e des Jeux de Pékin (2008) en Laser Radial et répond d'un titre de championne du monde (2008), de trois de vice-championne d'Europe (2005, 2007, 2009) et de pléthore de podiums sur les semaines olympiques. Photo © Jean-Marie Liot (FFV) S.S. : Le plus important, c'est de comprendre que dans notre sport, il n'y a qu'une seule place aux Jeux. A partir de là, c'est très difficile de vivre avec son adversaire. On a donc mis en place un système qui protège notre bulle... même si cela ne veut pas dire qu'on ne se dit pas bonjour le matin. Ceci dit, pour en avoir discuté avec les autres, on se rend compte que c'est dans toutes les séries pareil.
S.d.T. : Dans les sports où la sélection olympique dépend d'un chrono, donc où plusieurs athlètes d'une même nation peuvent se sélectionner, il peut y avoir une émulation. Et c'est probablement plus simple de se sentir proches.

v&v.com : Qu'est-ce qui vous rapproche ? Qu'est-ce qui vous différencie ?

S.S. :
On a plus de différends que de points communs. En terme de fonctionnement, que ce soit sur l'eau ou à terre, on est l'opposé l'une de l'autre. Moi, je suis quelqu'un d'assez marginal, dans le sens où je ne suis pas calée sur la préparation physique, ni sur les doses d'entraînement. Au contraire, Sophie est plus dans les clous, elle est très rigoureuse là-dessus.
S.d.T. : Les deux modèles marchent ! Mais c'est vrai qu'on fonctionne différemment, que ce soit dans notre préparation ou dans notre relation avec les entraineurs.
S.S. : Moi, je suis très autonome, probablement du fait de mon parcours, parce que j'ai longtemps été seule sur La Rochelle, sans entraineur. L'entraineur est important pour moi, mais ce n'est pas quelque chose d'aussi cadré.

v&v.com : Toi, Sophie, tu es très fidèle à tes entraineurs, tandis que Sarah, tu as tendance à les faire tourner, non ?
S.d.T. :
Euh... Fidèle, euh... Oui, c'est vrai que j'aime bien travailler avec des entraineurs que je connais bien... Particulièrement avec Lionel Pellegrino et François Lecastrec.
S.S. : Moi, je préfère en changer, c'est vrai. Pour ma part, je trouve qu'actuellement, dans le système qui nous est proposé par la Fédération, les relations avec les entraineurs peuvent être fortes, mais néanmoins pas suffisamment. Cette intensité n'est pas à la hauteur de ce que l'on attend de nous en tant qu'athlète.

v&v.com : C'est une critique directe à l'égard de la Fédération ?
S.S. :
Ce n'est pas une critique directe. C'est juste que le fonctionnement d'une équipe dans laquelle les athlètes sont des adversaires, mais où il n'y a qu'un seul entraineur, ne peut pas offrir à chaque athlète la relation qu'il attend d'avoir avec son entraineur. Sophie donnera son avis, mais pour moi, après ce que j'ai vécu lors de la préparation olympique pour Pékin, je trouve que les entraineurs sont opportunistes et évitent d'avoir un point de vue tranché. Il y a là-derrière quelque chose de malsain. Aujourd'hui, ce sont surtout des personnes qui pensent à elles.
S.d.T. : Mais ils doivent aussi défendre leur propre place...
S.S. : Peut-être, mais pour moi c'est l'athlète qui doit être au centre du projet. Quand les entraineurs disent <Moi, je veux aller aux Jeux>, et pas <Je vais emmener l'athlète aux Jeux pour faire une médaille>, je trouve ça dégueulasse.
S.d.T. : Ce n'est pas le cas de tous...
S.S. : Non, pas de tous.
S.d.T. : Heureusement, d'ailleurs. Mais pas mal veulent effectivement aller aux Jeux, pensant finalement plus à eux qu'à nous.

v&v.com : J'imagine que c'est un thème tabou quand vous vous adressez à votre DTN ?
S.S. :
Oui, c'est un thème tabou, mais je pense que le DTN a conscience de cette situation.
S.d.T. : Personnellement, ça ne me touche pas particulièrement.

v&v.com : Quels sont les qualités et les défauts que vous attribuez à l'autre, en tant qu'adversaire ?
S.d.T. :
Oula ! (Un temps pour inspirer bien fort.) Sarah a beaucoup de feeling sur son bateau. Elle a vachement confiance en elle quand elle décide de faire quelque chose - quand elle fait un choix tactique, elle le mène à fond et souvent ça paye, parce qu'elle y croit. Au portant, elle avance très bien, surtout en fausse-panne. Elle a un bon toucher de barre. Elle prend des supers départs au viseur. Et pour les défauts... J'en sais rien. Je ne regarde chez elle que les choses que je peux lui prendre. Bon. Disons que techniquement, elle carbure dans le médium, mais a plus de mal dans le petit temps et le vent fort.
S.S. : La première qualité de Sophie est son physique ; dans les conditions ventées, elle est très rapide. (Un temps de réflexion.) Ses départs au comité. Comme points faibles, je dirais le portant, même si elle a progressé.

v&v.com : Alors, quelle est LA qualité que vous voudriez récupérer chez l'autre ?

S.d.T. :
Oh p*** !... Sa technique au portant.
S.S. : Son physique.

Des années de Laser Radial Des années de pratique du Laser Radial ont fait de Sophie une technicienne hors pair, physique et habile. Son tempérament agressif en course fait d'elle une redoutable compétitrice, une adversaire mordante. Photo © Gilles Martin-Raget (FFV) v&v.com : Comment expliquez-vous que vous ayez eu de si bon résultats, cette saison, alors que l'une comme l'autre aviez peu navigué, du fait de la préparation de vos concours ?
S.d.T. :
J'ai repris un peu avant Sarah, au mois de mars, au rythme d'un entrainement par semaine. Le fait de moins naviguer a probablement boosté notre envie et nous a permis d'arriver fraiches sur les régates. A contrario, les filles qui font beaucoup de foncier l'hiver sont généralement émoussées sur les premiers rendez-vous... Et surtout, nous avons fait un gros volume de nav' ces dernières années qui nous est resté. Et pour ma part, j'ai quand même maintenu mon programme de préparation physique.
S.S. : De mon côté, j'ai un peu repris la nav' en mai, mais ai complètement lâché la préparation physique... Je suis assez d'accord avec Sophie, sauf pour ce qui est de l'envie. Je suis arrivée sur l'Européen (où Sarah termine 2e, ndr) en ayant appris la semaine précédente que j'avais échoué à mes concours (IUFM, ndr)... J'ai vécu le championnat avec une sorte de nonchalance, en étant là sans être là... L'important pour moi cette année était vraiment d'avoir ce concours - j'ai tiré quelque chose de mon échec, me rendant compte que de rater une manche en mer n'avait rien de grave. En relativisant plus, je me suis sentie plus libre... De fait, le championnat d'Europe était d'abord pour moi l'occasion de me préparer au championnat du monde et à la Préolympique de Weymouth - mais quand l'avant-dernier jour, je me suis retrouvée 10e, il n'a plus été question de me contenter d'un tel résultat. Ma combativité est toujours là.

v&v.com : Est-ce que cela vous a permis de vous rendre compte qu'il est nécessaire d'avoir autre chose, à côté du sport ?
S.S. :
Oui, j'avais déjà ce besoin dans la PO précédente. Je dois absolument construire un équilibre entre études, ce que je fais chez moi et la voile. J'ai toujours besoin de breaks ; je suis incapable d'enchainer, enchainer, enchainer.
S.d.T. : Moi, je garde toujours mon esprit de compétition... Si je n'ai pas navigué pendant huit mois, j'ai fait d'autres choses : natation, squash... Et puis j'allais à la fac (Sophie a préparé un CAPES d'anglais, ndr) et rencontrais d'autres personnes.

v&v.com : Concrètement, quelles sont vos fréquences habituelles d'entraînement ?
S.S. :
Sur l'année, je dirais deux à trois fois par semaine.
S.d.T. : Alors là, je n'en sais rien. Je ne calcule jamais mes quotas d'entraînement...

v&v.com : Est-ce que le niveau de la flotte Laser Radial a changé ?
S.S. :
Disons qu'aujourd'hui, on fait toutes nos manches dans les huit. Cela ne signifie pas que c'est facile, mais avant ce n'était pas systématique. Des filles sont parties - même si certaines comme Anna Tunnicliffe pourraient revenir : le niveau est moins dense.
S.d.T. : Mais attention, les plus jeunes risquent aussi de progresser.
S.S. : Il y a un changement de génération qui nous sert. Comme certaines jeunes, d'ailleurs, qui ont effectivement profité de notre break pour s'entraîner à fond et qui commencent à accrocher notre niveau. Mais aujourd'hui, on a encore une belle avance. Ce n'est pas question d'être vantarde, mais notre expérience compte beaucoup.

L'intelligence du geste La réputation de Sarah n'est pas d'avoir un gros physique... Mais ce défaut, rédhibitoire chez la plupart des barreuses de Laser Radial, est compensé chez elle par son toucher de barre et une intelligence tactique remarquable. Photo © Gilles Martin-Raget (FFV) v&v.com : Vous parlez des filles qui ont arrêté, mais vous, vous n'en avez pas marre du Radial ?
(Rires.)
S.S. : Ouais ! Je sais que j'arrêterai un jour, c'est sûr !
S.d.T. : J'aimerais bien faire un bateau qui est un peu plus rapide, oui !
S.S. : Un truc d'équipage, histoire de rigoler sur le bateau pour une fois.
S.d.T. : 29er ou 470...

v&v.com : Qu'est-ce qui vous fait avancer dans cette nouvelle PO ?
S.d.T. :
Je me dis déjà qu'il y a plus d'années derrière qu'il n'en reste devant. Cela ne va plus durer longtemps.
S.S. : Moi, c'est de prendre ma revanche sur les Jeux. (Sarah a terminé 5e des Jeux, ndr.) C'est sur moi, en fait, que je dois prendre cette revanche... J'aurais pu les gagner. Mais il faut savoir transformer ce sentiment, pour ne pas avancer sur la frustration.

v&v.com : Qui vont être vos principales adversaires ?

(Silence.)
S.S. : Elle, Sophie. (Rire cynique.) Et aux Jeux ? Anna Tunnicliffe et Paige Railey, les Américaines...
S.d.T. : ... Sari Multala, la Finlandaise.
S.S. : Marit Bouwmeester, la Hollandaise.
S.d.T. : Xu Lijia, la Chinoise... Beaucoup de monde. Des jeunes comme les Danoises qui sont en pleine progression.
S.S. : Evi Van Acker, la Belge.

v&v.com : Laquelle est la meilleure pour le plan d'eau de Weymouth ?
(Eclats de rire.)
S.S. : Comment veux-tu qu'on réponde à ça ?!
S.d.T. : C'est hyper dur ! Bon, cette année, déjà, on a eu un secteur de vent qui apparemment est exceptionnel... Vu nos résultats, sachant qu'avant de courir la Medal Race on avait exactement le même nombre de points ! Probablement que le plan d'eau va très bien à l'une comme à l'autre ! Sarah fait 2e, moi 4e, ce sont de très bons résultats... Je ne sais pas quoi dire.
S.S. : C'est difficile à dire : je connais mes points faibles et mes points forts sur ce plan d'eau, j'en connais certains de Sophie. De là à dire laquelle est capable de gagner les Jeux... Je n'ai pas cette réponse. Surtout en sachant que les sélections ne se feront pas à Weymouth...

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